19/06/2000

     

 

 

 

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6 juin 2000
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Je me souviens.

C'est une toute petite ville au bout d'un continent seul,
avec un grand frère au bras de fer et au poids lourd,
c'est un bled
au fond de l'argent, d'un baril plein de poudre,
de l'Amérique,
c'est le silence au bout d'une explosion.

Je me souviens de toi,
ville cachée,
immigrée dans le bout du blanc des yeux
d'un continent honteux
sans histoire ni passé.
Je me souviens qu'on est tous des expatriés
des fils de putes et de bagnards,
un peuple fait de restes,
sans envergure avec des espaces verts,
je me souviens du plus grand pays vide au monde
où politique rime avec écho.
Je me souviens très bien de rien.

Je n'ai rien à me souvenir.

Je suis sans mémoire,
sans ancètre, sans identité.
Je veux l'Amérique,
je rêve de l'Amérique dans ma banlieue, dans mon lit
j'ai une piscine, une auto à laver, 1.3 chiens,
je suis un bon Américain.

Je n'oublierai jamais
le refus d'être.
La honte sans lendemain de la majorité indécise
d'un peuple qui mendie sa personne.
Je n'oublirai jamais
le Titanic à la mairie
qui ne déneige pas son iceberg pour mieux couler,
Montréal vendu pour une Vision,
une hallucination,
je n'oublierai jamais
les syndicats bleus de paresse qui longent les murs,
qui passent leurs hivers à Key-West,
le parler blanc et le blanc parler des Partis
et l'anglais unilingue dans toutes les assiettes,
je n'oublirai jamais
le coma du chauffeur de taxi
libérez Barnabé !
la police, sa matraque
et ses congés payés,
je n'oublierai pas le type de Lima
et les jeans volés de la Petite Patrie,
le type de Lima
perforé de la balle du maladroit,
une balle bleue encore une fois,
c'est un accident tous y ont droit,
c'est quoi son nom déjà ?
Je n'oublierai pas.

Je serai de retour sur les lieux du crime.
Ma ville.
Mon pays.
La démocratie que je choisis de croire,
que je crois avoir choisie.

Et je baisserai les yeux devant le rien.
Et je baisserai les yeux et ce sera bien.
Comme hier,
comme demain.

La guerre se fait à la télévision, dans les journaux, partout.
Les steppes mongoles parient au Superbowl,
le Kremlin est une station de train,
la lune est une colonie
et les étoiles sont prisonnières des barreaux du seul drapeau en ville, en vie,
le drapeau américain.

Il vaut mieux perdre,
c'est meilleur pour les lendemains
regardez Tokyo, regardez Saïgon,
vous verrez bien.

Il souffle un vent de faillitte
dans le ventre creux du peuple le plus heureux,
au plus haut niveau de vie
au plus haut taux de suicide
tellement haut qu'on a peur de tomber
tellement haut qu'on sait pas comment l'atteindre,
tellement haut qu'on se lance en bas
sur le froid du pavé pas encore déneigé,
qu'on se lance en bas
d'un océan à l'autre
sans y penser.