29/08/2000

     

 

 

 

Des commentaires ???
motelmurders lecabinet.com

21 août
Le roi est mort. Vive le roi. À mort la mort.

14 août
Les chainstores de l'engagement

8 août
la nuit d'amour de Osaka Habibi

Love 31 juillet
Loch Ness

24 juillet
Low Tide, Colgate, Coca-Cola

17 juillet
Sexy spirit gum

12 juillet
L'abri.

4 juillet 2000
Les chainstores de l'engagement

26 juin 2000
Spiritual makeup

19 juin 2000
Je me souviens.

12 juin 2000
Motel Murders part 1

6 juin 2000
Babel des Troubles y de Santa Sangre.

25 mai 2000
IS EVERY ONE CONFORTABLE ?

 





Photoshoot.
CBC News, Bob Guccione, Dren et moi.


Et les images sont de plus en plus percutantes. Et les photos sont de plus en plus osées. GI Joe a les bras de plus en plus gros, Lolo Ferrarie a les seins de plus en plus gonflés, et le Pet of the Month a les jambes de plus en plus écartées. À quand l'annonce de ma mort dans les journaux ? À quand ma photo sous la rubrique décès ? À quand le grand jour où j'apprendrai la dâte de mon exposition et de ma crémation en page F-13 après la section voyage ? À quand la fin du monde privatisée à la télé, avant la météo, après la publicité ? Vive l'ère du grand Prozac Nationale. Les morts se décomposent, le vrai sang coule, on monte le son, les morts explosent, le vrai sang éclabousse, zoom in, fade out. C'est bon ça, écarte bien, montre-nous tes entrailles, doggy style.

N'importe quoi. On nous passe n'importe quoi, et on ne réagit plus. On répond au sondage, on est contre, on est dont contre. On traverse la rue.

Mais on est pas seul. Ce qui se passe à six heures ce n'est pas la nouvelle production d'Oliver Stone. Les morts ne sont pas maquillés, ni syndiqués. Le sang n'est pas un mélange de sirop de mais et de colorant. Ce monde là existe. Ils sont 1 300 000 000 en Chine, 1 000 000 000 en Inde. Ils travaillent pour peu pour que nous on paye peu. Et c'est la multinationale qui empoche. Ils sont là. Ils rêvent en cinéma muet, peut-être, mais ils savent que nos stars ont les seins plus gros que les leurs, que nos supermarchés sont pleins. Ce ne sont pas des figurants, la guerre n'arrête pas à la pause publicitaire. On ne comprend rien. On est ému, mais on ne sait pas quoi faire, on ne sait pas quoi croire. On ne comprend plus rien. On dit que le sénario des nouvelles n'est pas claire. Le sénario n'est pas claire. On enfonce dans le sofa et dans le doute.

Et si on n'entend plus parler des balles et des lances roquets de Sierra Leone, ce n'est pas par manque de budget, ni par vacance de la construction. Les soldats ne sont pas en Day off, leur contrat n'est pas terminé avec avantages sociaux, la CSST n'est pas débordé. La guerre n'a pas fait faillite. La paix n'est pas en rabais. Si on entend plus parler des treize guerres du monde, c'est que l'information est un vieux char, qu'il faut la vendre. Tant que l'information sera un produit, on ne pourra pas avoir une idée claire de ce qui se passe.
Il faut la vendre, il faut écouler la marchandise. Marketing, études de marché, sondages, promesses et gadgets. Rabais, air climatisé, crédits, garanties, plan de paiement, solvabilité, boxing day.

L'information, il faut la vendre, et celui qui la contrôle, contrôle ce que pense les autres. Rien de nouveau sous le Daily Sun. Mais, on ne réagit plus. On trouve ça normal. L'information, c'est un vieux char et celui qui le conduit décide où on s'en va. Mais nous, tant que ça roule pour nous, peut importe les autres autos, ça fera moins d'embouteillage !

On est assit dans nos salons petits mais propres, on regarde la guerre du golf, comme une game de Space Invaders, avec le gros générique, la grosse musique, les 2000 sorties par nuits, tous sur des sites militaires, ben oui, 2000 sorties par nuits et les 7 morts et demi, on est désolé. Les 400 000 Tutsies empaillés au Rwanda, on n'a rien fait. Pourquoi ? On ne sait pas. Pis après les 78 jours de bombardements sur le parapluie de Saddam Hussein, les 2000 sorties par nuits tous sur des sites militaires, la guerre est finie, fin de l'histoire, à la semaine prochaine pour les nouvelles aventures de l'Otan ou de l'Onu, fier défenseurs de la paix, la démocratie et toutes les autres valeurs chères à la veuve et à l'orphelin. Sans peur et sans reproche, regardez les journaux. C'est écrit. On n'y voit que du feu. Eux, le feu, ils s'y brûlent. Ce qu'on ne voit jamais, c'est les milliers de Chiites Irakiens encore entassés dans les camps iraniens 10 ans après la dernière bombe après que le dernier puits de pétrole ait arrété de brûler pour rien, et soit passé dans les mains des Américains. Dans les camps de réfugiés en Iran, les journalistes n'y vont pas. La guerre du golf, c'est de la vieille nouvelle, le golf maintenant, c'est Tiger Woods. Le retour du modèle 1990, ce n'est pas payant, il n'a même pas l'air climatisé. Le touriste n'aime pas. Le lecteur est roi. La Publicité est dieu. Je pense donc je lis, je lis et je relis le paragraphe, je recommence au début, je relis et je n'agis pas. Regarde, après les nouvelles, il y a un film de guerre mon amour, ça nous changera, nous on ne connaît pas ça la guerre, c'est exotique la guerre, comme les palmiers et les bordels de Bankok. La guerre chez moi a les doigts pleins d'encre.

Nous ne sommes pas seuls.

De l'autre côté de l'argent, de l'autre côté de l'abondance, on sait tout ça. On sait l'Iran Gate, Le Zipper Gate, l'envahissement de Grenade, du Nicaragua, de Panama, on sait la mort de Desmond Tutu, de Stephen Biko, de Pierre Laporte. On sait tellement de choses, les choses vont tellement vite, qu'on sait plus quoi croire, quoi lire dans la bible, quel poste regarder, quel intellectuel écouter. Quel penseur est réactionnaire, lequel est payé par le KGB, lequel est délateur pour Walt Disney ? On ne sait plus trier l'information. On est submergé par la surinformation morcellée. Il y en a qui disent que Pierre Laporte aurait été tué par le gouvernement fédéral, il y en a qui disent que le crak aurait été inventé par la CIA pour que les ghettos noirs s'entretuent, il y en a qui disent que Pinochet c'est une marque de briquet, que l'holocoste n'a jamais eu lieu, que Battista était un pantin des États Unis, que Guevara était gay, Stallone aussi, que ma mère est japonaise et que Léwinsky n'a pas avalé. Il y en a qui disent. On ne sait plus quoi croire. On est bombardé à en devenir insensible. On se met de la crème solaire sur le cœur, des lunettes anti-UV pour regarder la télé. On écoute les sondages, on donne à Centraide Oxfam, Monseigeur, Léger, Pops dans la rue, au gars qui quête en faisant des rimes, à l'Itinéraire, au Grand Antonio, le fort qui tire des Bus. On donne ce qu'on peut, c'est tout ce qu'on peut faire. Parce qu'on ne comprend plus rien. Parce qu'on ne sait pas quoi faire. Immunisé dès l'enfance, on s'arrête sur l'autoroute pour voir l'accident et la tole déchiré, mais lorsqu'elles sont attaquées dans les ruelles, on passe notre chemin, on regarde ailleurs, on pense à autre chose, on change de trottoir. Et on sait bien, quelque part, que c'est des pays au complet qui se font attaquer dans les ruelles, pis que nos gouvernements braves et libres, sans peurs et sans reproches y sont souvent pour quelque chose. On Fond Monétaire Internationnale, comme un shylock qui casse les deux jambes pour qu'un pays puisse bien se relever.

Chez moi, la mort est un directeur de casting pour les nouvelles de 6 heures. Et l'info-pub ne vent pas des électroménagers.

Mais, maintenant, il y a le Prozac d'État, le lithium galaxique. La terre ne finit pas aux frontières de l'Amérique. Il n'y a pas que l'Europe de l'autre côté de l'océan. La misère ne s'arrête pas à la pause publicitaire et le numéro chanceux ne rétablira pas l'ordre monétaire international. Nous ne sommes pas seuls. Ils sont là.

We are not alone. Et les autres ne sont pas des extraterrestres. Et le globe de verre qui nous sert d'économie, est transparent. Notre pensé unique les excite. Ils ne sont pas indifférents. Ils prostituent leurs cultures pour avoir la recette de Coca-Cola, le secret de la Caramilk, le charme de la Labatt Bleue et les seins de Lolo Ferrarie.

Le radeau de la méduse, c'est mon sofa. À 6 heures, tous les soirs, c'est un rendez-vous. Les journaux nous parlent de l'injustice, de l'horreur, de celle qu'ils veulent bien nous parler, de celle qu'ils peuvent bien nous parler. On s'indigne un peu, mais pour nous faire réagir, la photo doit être crue. La propagande et la surinformation sont à la démocratie ce que la censure est à la dictature. La population doit accepter les gestes de l'État. Mais l'opinion, ça se travaille. Alors, on vend notre point de vue. Si les gens voient une photo, c'est que c'est vrai. Alors on fait des photos. Dren 10 ans, sa famille morte et le paysage. L'afrique a le ventre ballonnée, les mouches, la musique et un numéro pour faire des dons. Les hamburgers de Harveys sont saignants, les larmes aux yeux et le fromage fondant.

Ils vont cloner l'humain, là-bas, en Angleterre, chez nos voisins avec leurs reines sur nos "coins", sur nos "bills". Nous, on ne réagit pas. On est devenu tablette. Comme la bière qu'on boit. Les choses les plus salées ne nous font pas pétiller. Prozac Internationnal Inc.

 
 
 
 

 

 

 

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