26/09/2000

     

 

 

 

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Diapodiaspora

2ème partie

La semaine dernière, nous avons vu la rencontre de Tsovo, le troupeau fantôme de 30 000 éléphants morts et de Jhon Smith, volontaire de la croix rouge à Srebrenica, Yougoslavie.

Jhon Smith : Le caméléon qui interprétait le rôle de Brise de Mer dans le spectacle Le 4ème Round est mort le 7 août 2000. Chez moi, la mort a la peau Kaleïdoscope d'un caméléon séché. Sa femme, Rosseana Mardekian l'a suivit une semaine après. Chez les caméléons, la mort comme l'amour, est contagieuse. Ils ont été enterré dans un pot de fleurs. Un pot chacun, chacun son caveau.

Ma tante Mireille, ma tante Juliette sont mortes toutes les deux du cancer. La mort dans ma famille a la multiplication des cellules. Elle a la bouche cousue, la peau fardée et les mains croisées sur un ventre vidé, dans une boîte de soie. On l'expose, la mort, on se rencontre, on revoit les cousins, les oncles et les arrières tantes qu'on avait oubliés, dont le visage avait disparu. On sort les vieilles photos, les souvenirs de famille. Chez moi la mort est une réunion de famille autour d'un corps maquillé. Mon père n'a plus qu'un frère et de voir le bébé de la famille partir avant lui, suivit 9 mois plus tard de la grande sœur qui l'a élevé, ça donne les larmes clandestines à la figure autoritaire. 9 mois plus tard. Comme si la mort avait besoin d'un temps de gestation. Mais non.

Dren a dix ans. Il a vu 19 membres de sa famille être tué devant lui. Il nous a donné son témoignage. Il est Kosovar. Chez lui aussi, la mort est une réunion de famille. Mais ne reste plus que son père et lui, exposé au soleil.

La mort est une salope sous toutes les lattitudes.

Mais mes morts à moi, ne sont resté qu'à moi. Ces morts à lui sont internationales, ce sont les porte-parole de la Kosovo déchiquetée. Dren est une célébrité. Il est devenu le symbole de la guerre du Kosovo.

Le 8 juin 1972, j'avais 1 ans et 5 jours. Je marchais, je faisais des bulles et je chiais encore dans des couches.

Le 8 juin 1972, Kim Phuc Phan Thi avait 9 ans. Le Viet Nam explosait. Elle s'était réfugiée au temple, mais le napalm coulait et Buddha n'a pas encore été assez gros pour empecher les petites filles de brûler. Elle court, elle crie, elle se consumme comme un pétard à la fête du Tet. Nick Ut, photographe de l'Associated Press la prend en photo, et l'emmène aussitôt à l'hopital. Kim Phuc Phan Thi est devenue le symbole de la guerre du Viet Nam. Elle est devenue célèbre.

Le 26 novembre 1999, le petit Élian Gonzales, le boat kid cubain échoue comme une mouette dans une piscine de Miami. Il devient le symbole de l'injustice cubaine. Il devient célèbre.

Et me voici à nouveau. Jhon Smith. Agent Suzanne Giroux, Pléïades, 282-8048. Symbole du gars qui est chez lui, et qui ne comprend rien aux guerres lointaines. Qui ne sait plus lire les informations de 6 heures. Et qui a la mauvaise impression que le fait qu'il ne comprènne rien, est prémédité.

Chez nous, il n'y a pas de bombe. Chez nous, les enfants sautent sur les lits, pas sur les mines antipersonnelles. Chez nous, les mots compliqués, ce sont les marques des médicaments, non pas les sortes d'armes, d'obus ou d'engins militaires. Chez nous, la guerre est à la télé, à l'heure du souper. Mais ailleurs, ils y en a qui mangent un mauvais quart d'heure. Et peut-être que notre richesse, c'est leur pauvreté, que notre café, c'est leurs récoltes, que notre dépotoire, c'est leur continent. Que notre main d'œuvre, c'est leurs enfants.

J'ai la tête pleine d'images, je ne sais plus les triller, ma vie est une pin-ball, je me fais propulser de tout bords tout côtés, les images me punchs et mes petites émotions de banlieusard globale sont KO. Une image vaut mille mots. 24 images secondes. 24 000 mots à la seconde. La guerre de 6 heures est un casse tête dont certain morceaux sont confidentiels. Alors, je suis parti. Je suis allé changer le monde comme on change de poste, I switch the world on channel 6. Mais la terre n'est pas une télé. C'est un bidonville. C'est une image porno violence explicite.

Tsovo : En 1995 a eu lieu le massacre de Srebrenica, en pleine crise yougoslave. Les Serbes égorgeaient les Croates qui égorgeaient les musulmans qui égorgeaient les Serbes. Après le massacre, 374 cadavres n'ont pu être identifié par la croix rouge. Ils en ont fait un livre d'images. Ils ont pris en photos les vêtements et les biens personnels des morts sans noms. Les morts n'ont jamais de noms. Ce sont leurs souvenirs qui en ont. Un membre de la croix rouge devait aller de village en village présenter le livre aux familles séparées. À ceux qui cherchaient quelqu'un. Pour contrer l'oubli. Pour aider à savoir.

Jhon Smith : Vous reconnaissez quelques choses dans ces vêtements ? Peut-être ces souliers ?

Tsovo : Arrivé en Yougoslavie, aux frontières de la terre, la où la vie s'arrête et où vivent les monstres, Jhon Smith a pris le travail.

Jhon Smith : Et ces pantalons, ça vous dit quelques choses ?

Janvier : Cette semaine le steak haché est en vente, 7.99 $ la livre. Avec le coupon.

Jhon Smith : Ce chandail ? Peut-être cette veste ?
Janvier : Le numéro chanceux est le 6 avec la barre en dessous. Et maintenant la météo. Aujourd'hui, il fait encore beau, mais demain qui sait ?

Tsovo : Jhon Smith est parti de village en village. Il est accompagné de son meilleur ami Janvier Kino qui n'est pas un photographe, mais un caméléon, sa peau est une péllicule sensible à la lumière. Il vend ses photos de guerres aux plus grands magazines. Jhon Smith arrive avec ses photos de morts intimes, Janvier repart avec ses photos de morts violentes, photogéniques. Les photos de guerres que l'on offre aux journaux sont une arme puissante.

À suivre.

(La semaine prochaine, pourquoi Janvier est devenu photographe de guerre).

Même poste, même heure.

 

 

 

 

 

 

 
 

 

 

 

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