17/10/2000

     

 

 

 

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Diapodiaspora

5ième partie

En mission, Jhon et Janvier ont sauvé Naozi, l'enfant muet, fils de la guerre et du sang froid. Caché derrière le portrait du président de la guerre, Naozi a assisté à la décapitation de sa famille. Mais ses frères et sœurs, son père et sa mère et le petit dans le ventre ne sont pas morts, ils sont cachés dans la tête du petit muet de peur. En occident, les mères de familles et les organismes de charités ont versé des larmes sérilisées et ont changé de poste.

Jhon Smith : Et les images sont de plus en plus percutantes. Et les photos sont de plus en plus osées. GI Joe a les bras de plus en plus gros, Lolo Ferrarie a les seins de plus en plus gonflés, et le Pet of the Month a les jambes de plus en plus écartées. À quand l'annonce de ma mort dans les journaux ? À quand ma photo sous la rubrique décès en page F-13 après la section voyage ? Vive l'ère du grand Prozac Nationale. Les morts se décomposent, le vrai sang coule, on monte le son, les morts explosent, le vrai sang éclabousse, zoom in, fade out. C'est bon ça, écarte bien, montre-nous tes entrailles, doggy style.

N'importe quoi. On nous passe n'importe quoi, et on ne réagit plus. On répond au sondage. On traverse la rue.

On est assit dans nos salons petits mais propres, on regarde la guerre du golf, comme une game de Space Invaders, avec le gros générique, la grosse musique, pis le tableau des morts. La guerre finie, fin de l'histoire, à la semaine prochaine pour les nouvelles aventures de l'Otan ou de l'Onu, fier défenseurs de la paix, de la démocratie et de toutes les autres valeurs chères à la veuve et à l'orphelin. Sans peur et sans reproche, regardez les journaux. C'est écrit. Mais ce qui se passe à six heures ce n'est pas la nouvelle production d'Oliver Stone. Les morts ne sont pas maquillés, ni syndiqués. Le sang n'est pas un mélange de sirop de mais et de colorant. Nous, on n'y voit que du feu. Eux, le feu, ils s'y brûlent. Ce qu'on ne voit jamais, c'est les milliers de Chiites Irakiens encore entassés dans les camps iraniens 10 ans après la dernière bombe, après le dernier puits de pétrole. Ce qu'on ne sait pas, qu'on oublie, ce qu'on ne veut pas savoir, c'est qu'ils sont 300 000 à être morts sous nos bombes. En 47 jours.

L'information est un vieux char. Il faut la vendre. Et tant qu'elle restera un produit, on ne pourra pas avoir une idée claire de ce qui se passe. Il faut la vendre. Écouler la marchandise. Marketing, études de marché, sondages, promesses et gadgets. Rabais, air climatisé, crédits, garanties, plan de paiement, solvabilité, boxing day. L'information, c'est un vieux char et celui qui le conduit décide où on s'en va. Rien de nouveau sous le Daily Sun. Mais, on ne réagit plus. On trouve ça normal. La guerre chez moi a les doigts pleins d'encre.

De l'autre côté de l"argent, de l'autre côté de l'abondance, on sait tout ça. On sait l'Iran Gate, Le Zipper Gate, l'envahissement de Grenade, du Nicaragua, de Panama, on sait la mort de Stephen Biko, de Barnabé, de Pierre Laporte. On sait tellement de choses, les choses vont tellement vite, qu'on sait plus quoi croire, quoi lire dans la bible, quel poste regarder, quel intellectuel écouter. Quel penseur est réactionnaire, lequel est payé par le KGB, lequel est délateur pour Walt Disney ? On est submergé par la surinformation morcellée. Il y en a qui disent que Pierre Laporte aurait été tué par le gouvernement fédéral, il y en a qui disent que le crak aurait été inventé par la CIA pour que les ghettos noirs s'entretuent, il y en a qui disent que Pinochet c'est une marque de briquet, que l'holocoste n'a jamais eu lieu, que Battista était un pantin des États Unis, que Guevara était gay, Stallone aussi, que ma mère est japonaise et que Léwinsky n'a pas avalé. Il y en a qui disent. On ne sait plus quoi croire. On est bombardé à en devenir insensible. On se met de la crème solaire sur le cœur, des lunettes anti-UV pour regarder la télé. On écoute les sondages, on donne à Centraide, Oxfam, Monseigeur Léger, Pops dans la rue, au gars qui quête en faisant des rimes, à l'Itinéraire, au Grand Antonio, le fort qui tire des Bus. On donne ce qu'on peut, c'est tout ce qu'on peut faire. Parce qu'on ne comprend plus rien. Parce qu'on ne sait pas quoi faire. Immunisé dès l'enfance, on s'arrête sur l'autoroute pour voir l'accident et la tole déchiré. Mais lorsque les demoiselles se font attaquer dans les ruelles, on passe notre chemin, on regarde ailleurs, on pense à autre chose, on change de trottoir. Et on sait bien, quelque part, que c'est des pays au complet qui se font attaquer dans les ruelles, pis que nos gouvernements braves et libres, sans peurs et sans reproches y sont souvent pour quelque chose. On Fond Monétaire Internationnale, comme un shylock qui casse les deux jambes pour qu'un pays puisse bien se relever.

Chez moi, la mort est un directeur de casting pour les nouvelles de 6 heures.

Mais on n'est pas seul. Ce monde là existe. Ils sont 1 000 000 000 en Inde, 1 300 000 000 en Chine. Ils sont là. Ils rêvent en cinéma muet, peut-être, mais ils savent que nos stars ont les seins plus gros que les leurs, que nos supermarchés sont pleins.

Nous ne sommes pas seuls.

Mais, maintenant, il y a le Prozac d'État, le lithium galaxique. C'est la banlieue globale et le rêve de la piscine. Mais la terre ne finit pas aux frontières de l'Amérique. Il n'y a pas que l'Europe de l'autre côté de l'océan. Les morts ne sont pas des figurants, la guerre n'arrête pas à la pause publicitaire et le numéro chanceux ne rétablira pas l'ordre monétaire international. Nous ne sommes pas seuls. Ils sont là.

We are not alone. Et les autres ne sont pas des extraterrestres. Et le globe de verre qui nous sert d'économie est transparent. Notre pensé unique les excite. Ils ne sont pas indifférents. Ils prostituent leurs cultures pour avoir la recette de Coca-Cola, le secret de la Caramilk, le charme de la Labatt Bleue et les seins de Lolo Ferrarie.

Le radeau de la méduse, c'est mon sofa. À 6 heures, tous les soirs, c'est un rendez-vous. On s'indigne un peu, mais pour nous faire réagir, la photo doit être crue. La propagande et la surinformation sont à la démocratie ce que la censure est à la dictature. Mais l'opinion, ça se travaille. Alors, on vend notre point de vue. Si les gens voient une photo, c'est que c'est vrai. Alors on fait des photos. Dren 10 ans, sa famille morte et le paysage. L'afrique, le ventre ballonnée, les mouches, la musique et un numéro pour faire des dons. Les hamburgers de Burger King, saignants, les larmes aux yeux et le fromage fondant.

Ils vont cloner l'humain, là-bas, en Angleterre, chez nos voisins avec leur reine sur nos "coins", sur nos "bills". Nous, on ne réagit pas. On est devenu tablette. Comme la bière qu'on boit. Les choses les plus salées ne nous font pas pétiller. Prozac Internationnal Inc.


À suivre.

(La semaine prochaine, Naozi entre au Hall of Fame. Il rejoint les rangs de Elvis, Lady Die et Charles Manson. Il devient célèbre.)

Même poste, même heure.

 

 

 

 

 

 

 
 

 

 

 

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