03/04/2001
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Quand la vieillesse est un holocauste privé.
De Auschwitz à Kaligath

On a tous un petit Auschwitz en nous qui sommeille plein de possibilités. On a tous une adresse possible à Kaligath, un accès privé aux quais de la destruction, un tapis rouge qui coule vers l’horreur d’être vieux seul, de mourir seul.
La solitude est la Gestapo de l'âme, le S.S. de la santé mentale.
On a tous les mort-vivants des camps comme horizon possible, les os qui veulent sortir du corps pour ne plus rien avoir à faire avec le vide, les squelettes gémissants sur des lits plastiques verts, les vers qui s'installent avant la mort, comme le corps qui redevient poussière, qui pourrit debout avant que l'âme soit partie, la grande noirceur au fond du cœur comme une marée noire, un paquebot crevé dans les yeux qui pleurent des larmes de goudron et de pue.

Les rêves partent, les autres partent, l'amour part, la dignité s’assassine. Le courage de se battre baisse les bras et capitule. Même l'envie de vivre part avec les muscles, les dents et les cheveux, la raison lève le camp face à la surpopulation laide de nos souvenirs infectés qui s'arrachent notre crâne seul, notre crâne rasé par des médecins étrangers imbus de recherche personnelle et de piété. Quand le vide est plein du manque et qu'on meurt plus profond à chaque heure, la vie devient un camp de concentration privé tout service compris, tous sévices, toute horreur inclue. L'humiliation, la faim, la torture inhumaine. Quand l'extrémité de nos jours est un holocauste privé, personnalisé, partout, dans les hospices dépotoirs de nos banlieues industrialisées et terrifiées ou dans les camps de réfugiés des 7 tiers monde, dans toutes les métropoles arides et anonymes, la vieillesse devient un pays sous développé, une purification ethnique à l'échelle individuelle, un preview de la mort violente vécu au ralenti. On meurt seul.

Et la solitude is made in America.





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