02/05/2001
art mécanik
hurle
motels murder
xia

 

L’assommé des Amériques.
Mes larmes ne sont pas que lacrymogène.

Je suis l’assommé des Amériques.

Je suis inquiet. Ils sont inquisiteurs. Je n’ai qu’un peu d’encre virtuel face au sang probable. Lorsqu’on m’empêche de dialoguer, j’écris comme une bouteille à la mer, à Amérique, à l’amère réalité. D’autres mettent des poings fermés à mes phrases, d’autres font ma ponctuation avec des débris de béton. On parle comme on peut. Je n’ai plus de mots. On nous bâillonne avec des clôtures, avec des mots comme démocratie, on nous gave de dollarstores, de slogans comme des oies qu’on abat.
Dans l’immédiat, les médias me montrent le mur de la honte au lieu de me parler du contenu de l’entente. La cage au lieu du lion. Et on ne parle toujours pas. C’est peut-être parce que ceux qui les possèdent, ces médias, par en arrière comme un monolithe du monopole ont des intérêts multinationales de lions sur le contenu de la cage ? Les lions aiment biens les oies. Ils les accotent au mur. Le mur de la honte. Après, comment appellerons-nous celui de Berlin ? Le mur des lamentations ? C’est ça, la mondainialisation. Face aux cocktails mondains je n’ai que les Molotovs. Mais la violence ne règle rien, elle réglemente mon quotidien, elle engraisse les journaux à sensation qui ménopausent le journalisme comme les états riches engraissent l’ignorance confortable de leurs citoyens. La violence ne règle rien, elle réglemente. Et le discours de la non-violence est la berceuse du pouvoir sur son peuple. Ils ont le monopole du sang versé, de la matraque légale, de la fumée, des larmes même, des mots vides comme démocratie, démolition ou démon. Ils s’occupent seuls de la démonialisation, de la mondidéalisation. Ils ne disent rien. Et moi, je ne peux rien dire. Alors, je crie avec des cailloux comme un homme de Cro-Magnon qui lui non plus n’a pas de mots. Vive le progrès, compagnon. Et mes cailloux sont live à la télévision pendant qu’ils sont 34 en huis clos. Non à la violence, c’est bien beau lorsque les points rouges de vos mires jouent avec banalité aux dards de caoutchouc avec la cible facile de mon cœur. Il est sûr que des balles se perdront si on utilise les balles. Mais lorsque les balles se perdent avec précision, je perds le contrôle de la situation. Mire exacte. Confusion.

D’ailleurs, ailleurs, sur d’autres fronts, certains sont morts d’une de ces balles au front. Trois continents dans une mire. Ils sont 34 heureux élus qui parlent en cadence, gros comme des slogans, obèses obscènes, on est 800 millions à être seul, un point final rouge à notre phrase inachevé, comme un détail de trop, une erreur sur le cœur. Parce qu’avec leurs balles de caoutchouc Made in Palestine, ils visaient le cœur. C’est mieux que la tête, c’est mortel la tête, je pense donc je nuis*, c’est mieux que la gorge, cela dit gros la gorge, je ne parle pas donc je crie, mais le cœur qu’ils visent est celui de mon espoir, de mon amour. Ils visent le cœur de ma révolte. J’en ai gros sur le cœur. Je pleure des larmes lacrymogène. Par pudeur. Pour mettre de la fumée sur mes larmes de gène, de rage, d’impuissance et de peur.

Heureusement qu’il y avait un périmètre de sécurité pour me protéger des policiers.

Et le gaz est beau dans vos gasébeaux touristiques mesdames les jeunes premières des pays, 34 Miss Univers qui font du lèche vitrine pendant que les flammes lèchent les vitrines saccagées. Moi, j’apprends la chaîne alimentaire qui m’enchaîne à vos produits sans taxe et sans frontière. À la prochaine chaîne manifeste, pour le prochain carnaval de l’hypocrisie, je me masque à gazerai full face, full fear, et vos lacrymogènes ne me gêneront plus, mes larmes seront miennes. Que ferez-vous ? Allez-vous rouvrir les chambres à gaz ? Viserez-vous le cœur avec vos balles de caoutchouc en béton armé ? Alors, je ne m’armerai plus que de béton et ensemble nous monterons l’escalier de la violence jusqu’au sommet des Amériques. Les Amis Requins m’enverront leurs bombes Tomahawk version Huron et m’enchaîneront à la chaîne alimenteuse. Alimentez-moi de vos démocraties goor à la Al Gore et Bush dégout*, parlez-moi du processus d’élection démocratico-Florida en pointant Aristide d’un doigt aride comme un canon sur le front, faites-moi du Bush à Bush*, mur à mur de la honte, d’un océan à l’autre, empêchez-moi de dire que je me souviens.

Hitler too was elected*.

Avec leurs dernières élections, les US ont frappé un bon coup. Un coup d’état. Parce que les noms le disent, on sait que ce sont les Démocrates qui ont découvert la démocratie et que ce sont les Américains qui ont inventé l’Amérique. Qui l’ont éventrée.

Vos textes promis arrivent trop tard comme une lettre dédouanée, comme un colis piégé, une carte postale d’une république bananière sur la pelure de laquelle les salaires de vos emplois créés glissent et tombent sous zéro. Sous les pavés, la plage et la destination soleil avec un hôtel 52 étoiles. Après vos prêts de glace, héroïque héroïne, ils sont gelés, coincés, ils fondent monétaire international, vous êtes des shylocks qui cassent des jambes pour que les pays puissent bien se relever, qui coupent des doigts pour que personne ne puisse pointer. Je suis au sommet de l’horreur, de m’en aller, on me somme mais je demeure. Parce qu’ailleurs on en meurt. Et dans le chapitre 11, les investisseurs ont le droit de poursuivre quand les manufactures se fracturent en grève et que la facture est de balles du sang des enfants impuissants sweat factory, des balles de métal, non pas comme chez-nous avec nos billes caoutchouc grosses comme des gourdins made in licenciement. Nous qui jouons à la guerre, aventuriers à vendre, qui parlons de Beyrouth, qui comptons nos blessés alors qu’à Addis-Abeba, l’émeute à l’université n’a pas droit de cité, information en quarantaine, avec sa quarantaine de morts et ses centaines de blessé, alors qu’en Kabylie, en Algérie aguerrie, au moment même, ils manifestent 30 à 60 morts, des centaines de blessés kalashniqués. Les yeux de leurs femmes ne pleurent pas lacrymogène. Et leur voile n’est pas zappatisto-fin de semaine. La guerre n’est pas un sport extrême. Chez Aristide Architriste, pendant que nous, on catapulte des toutous, ils ramènent les Tontons Macoutes comme un oncle pédophile. Nous haïssent-ils en Haïti ?

C’est ça l’immondialisation ? Ils ont sorti les balles de Gaza, on a sorti les cocktails de Belfast, et pour la première fois, on amène tout ça chez moi ? C’est ça le libre échange ? C’est le futur commerce de la Kalashnikov pour enfants, de l’Arwen 37 et de ses projectiles de plastique, comme le plastique TNT ? Des larmes bombées, une par minute ? Des prisons pleines de kids qu’on kidnappe comme une nappe qu’on tire dans le tas, dans une cellule sans téléphone ni cellulaire vers l’avocat ? Voulez-vous des cas ? C’est la charte des droits des investisseurs quand on châtre les droits de l’homme ? C’est la libre circulation des fonds injectés dans les caisses claires des fanfares militaires des états policiers ? C’est la concurrence des poulets gonflables injectés aux hormones ? C’est le rêve gonflable des seins injectés d’une silicone vallée d’un pôle à l’autre ? C’est ça ? C’est les dettes du F.M.I. injectées dans les coudes des pays du tiers-monde ? C’est les yeux injectés de rouge lacrymogène ? C’est la peine de mort injectée dans le Texas des pénitenciers des trois continents incontinents ? C’est ça ? C’est une injection, une euthanasie d’état ? La Fast track du congrès n’est-elle qu’une ligne de poudre aux yeux ? Nous enverrons tous nos enfants dans les garderies d’Oklahoma ? C’est ça ? C’est la Macdollarisation ? Peut-être que non. Je ne sais pas. Je ne sais rien. Ils ne m’ont rien dit. Ni en français, ni en anglais, ni en espagnol, ni en portugais. Cette démocratie me scie. Alors je suis inquiet. A sweat factory is not where we make sweets. Chapitre 11 et Arwen 37. Le mur de l’ignorance.

Pour toi, Éric Laferrière atteint à la gorge, Arwen 37, qui ne sait pas s’il reparlera, Éric, je crie pour toi. Laferrière, hier tu parlais, demain tu crieras à la barre de fer. Ta police se berce à la berceuse de la non-violence. Ta réalité est ma métaphore. On te donne des calmants aux quatre heures, moi j’ai la télé à six heures. Nous non plus nous n’avons plus de voix. Dis-moi, y a-t-il autre voix que la voix de
béton ?

Pour toi aussi, ta moelle épinière et policière cassée épineusement par la voie du béton qui tombe de 3 étages et qui fend ton casque storm trooper. Sous les pavés, l’hôpital ? Tu n’es pas un concept, tu es un homme toi aussi, tu ne fais même pas la sensation des papiers noirs d’encre.

Pour toi, manifestant manifestement aux soins intensifs pour fracture du crâne caoutchouc, ta facture intensive risque-t-elle de devenir privée ? Tu penses donc tu nuis ?*

Pour toi, ordinaire employé de l’ordre, 52 ans, une par étoile de la plus grande prison qu’est leur drapeau, officier officieusement battu à la barre de fer de mes mots étouffés, toi qui faisait circuler l’ordre, tu es victime de ton désordre, pour toi, pour tes enfants. J’ai honte et ma honte est un mur.

Pour toi, petite de 5 mois qui a vu une bombe lacrymogène passer par ta fenêtre, enfumer ta chambre et ton futur, demain, seras-tu non violente ? Habiteras-tu un périmètre dans la sécurité ? Seras-tu vendue sur le libre-échange de la prostitution comme les milliers de filles de l’état démocratique de la Colombie ?

Pour vous d’Orsainville, est-ce si sain dans ma ville ? 450 humiliations kidnappées dans le tas par l’état, qui ont comblé les prisons prévidées pour l’occasion, la prison à tout prix, on a compris, pour les cassettes volées, le crime de filmer, la charte des droits châtrée, la liberté l’expression excisée sous pression, si s’est comme ça chez-moi au plus bon pays, comment est la vie en Bolivie ?

Pour toi, Kyoto, ton protocole sera-t-il retiré par 34 francs-tireurs ? Les gaz carboniques imposés par les gaz lacrymogènes de mes impôts ? Les compagnies ont des droits, reste à voir les devoirs.

Pour toi, Haïti, puisses-tu ne pas nous haïr, ton P.I.B. par habitant est 30 fois inférieur à celui des US, es-tu au courant d’un concurrent déloyal ? La faim justifie les moyen-âges ? Tu leur fais peur Aristide, à ces tristes arides.

Pour toi, Bolivie, avec ton dictateur démocratitateurement élu, suces-tu mieux qu’Haïti pour qu’on ne parle pas de toi ? Ou est-ce les US qui se laissent le fast cash de se faire une fast track de tes sommets enneigés ? Pour ton peuple lynché qui n’a pas le droit de marcher malgré la libéralisation des marchés, la marche qu’ils veulent franchir sans franchise avec la privatisation de ton eau et de ses franchises est-elle en démarche chez-moi ? Ton eau privée te prive-t-elle d’eau ? À bas la vie en Bolivie ?

Pour toi, Cuba, existes-tu vraiment ? Avec ton embargo grossier le plus gros de l’histoire, ton rêve avait-il une chance au numéro extra USA ?

Pour toi, Guevara, étiquette de la révolution en spécial, toutes les causes parlent de toi au présent les larmes non gazées aux yeux non-violents, non-voyants, toi qui as tué, toi qui as vu le sang comment te sens-tu, trademark d’une révolte bon marché ?

Pour vous, nouveaux emplois dans les maquiladoras mexicains, payés 20 $ la semaine, pour 20 $ de l’heure un peu plus au nord, qui accouchez d’enfants sans cerveaux à cause des teintures Johnson & Johnson, c’est pratique des travailleurs sans cerveaux. Pour vous chez Sony qui travaillez 7 jours sur 7 et qui faîtes la grève à l’hôpital ou en prison, c’est ça le libre-échange de la qualité de vie ? C’est les maquiladoras, les emplois maquillés dont les clowns nous parlent tant ? Allez-vous prendre le maquis, maquiladoras, maquillage de mass killing ?

Pour vous, les sans-terre des Antilles qui habitez paradis sans un petit jardin à cultiver dans les jardins du paradis que d’autres appellent fiscal, qui dormez à terre, hors de vos terres devenues multinationales par voix anales, la terre de votre pays vous appartient-elle ou est-elle le terre-plein des pleins des compagnies étrangères ? Étranglé, on ne parle pas six pieds sous terre.

Pour toi, petit pays chaud, petite économie qui n’a que la petite entreprise et de petits moyens, tes chances sont petites, face aux bas prix des grands pays froid, pays chaud es-tu né pour un petit pain ou pour un petit point rouge mire exacte sans lendemain ? Joues-tu aux dés ta dépendance ?

Pour toi, démocratie, demain démagogie, devenue putain, tu te fais enculer par les deux pôles, double pénétration, tu es la matraque linguistique qui permet l’exclusion, la punition, et la démolition, tu es un moyen de pression. Tu es le slogan pute et larmoyant de l’oppression. Tu soumets les Amériques avec ton sommet.

Pour toi, lendemain, monteras-tu l’échelle de la violence ? Mes enfants aux hormones USA seront-ils menstrués à 4 ans ? Mon poulet aura-t-il quatre ailes pour gagner la course de la concurrence ? Les poulets seront-ils partout avec des jouets de larmes et de caoutchouc banalisé ? Où sera la balise ? Aurai-je une voie autre que celle de béton ? Aurai-je des mots autres que la peur ?

Pave the slums, so that they have something to throw.

Je ne voulais que lumière, je n’aie eu que fumée. Je voulais espérer, j’ai pleuré. Oui à la mondialisation de la responsabilité. Je voulais fêter, je voulais fesser, manifester. Votre indifférence est manifeste. J’ai été infesté, je me sens infecte. Tout ce que je voulais, c’était comprendre, entendre et parler. Maintenant, je dois apprendre et crier. Faire mon épicerie reste mon dernier choix politique. Je dois apprendre et me défendre. Et ne pas prétendre que ça ne s’est pas passé. Le sang ne fait pas semblant de couler. Je dois réapprendre à me faire entendre, peut-être avec des moyens moins tendres.

Pour la traduction de ce texte en portugais, en espagnol et en anglais, vous devrez attendre.

*Les parties en italiques sont issues des pancartes et graffitis des manifestants.



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