14/11/2001
art mécanik
hurle
motels murder
xia

 

Les tours de Babels.
Pause publicitaire.
Nous habitons tous au 84ème étage.
Personne ne se relèvera.

Mon cœur is on Ground Zero. Je suis seul contre ma télé.
Le 11 septembre, les deux Babels sont tombées comme deux numéros 1 qui se haïssent. La tour Est, l’Orient, la tour Ouest, l’Occident. Personne ne se relèvera. 1 + 1 = 11. Et s’en est fini de la pax americana. Personne ne se relèvera. Et quoique les gens meurent tous les jours sous les bombes mondialisées, quoique l’horreur est quotidienne dans nos quotidiens, le World Trade Center nous est tous tombé dessus, et c’est la panique générale, la 4ème guerre mondiale. You do not mess with trade when you speak to the center of the world. Nous sommes en guerre. L’Amérique a perdu deux dents à son sourire blanc sous les flashs des caméras mais elle en a gardé ses lunettes fumées. Sa canne blanche est un missile tomahawk. Et la fumée est plus opaque que jamais. C’est que leur souffrance est mieux médiatisée. Now, death, smile to the camera. Les poumons de Bhopal, les enfants embargués uranium appauvri de l’Irak, les massacres Ogonis sous la coquille de Shell, les millions de machettes du Rwanda n’avaient pas le charisme des vols planés du 84ème étage. Les machettes ne font pas les manchettes.

The world will not trade his center.

Et les barbus rient dans leurs barbes. Les guerres mondiales ont été les premiers produits de la mondialisation. La peur n’a plus de frontière. Elle passe comme une lettre à la poste. Et les barbus rient à notre barbe. On parle d’eux. Tout à coup, leurs femmes hantent nos écrans, elles servent de numéro pour les dons, ce sont les veuves qu’il faut défendre, nous orphelins, elles, encagées depuis 1996, elles dont on n'a jamais vu les yeux, tout à coup, elles sont là, sous nos yeux, voilées, violées, comme un numéro chanceux. Pendant 5 ans, ont regardait ailleurs. Tout à coup on parle d’elles comme un coup d‘état dans nos télés, tout à coup, on s’indigne, tout à coup le coup a frappé et on se retrouve la corde au cou. Et la haine au bout du doigt. Et on censure des chansons à la radio, comme à Kaboul où personne n’a le droit d’écouter de musique. De toutes façons les postes radios ont déjà explosé, ils l’ont dit à la télé. Qui gagne ?

Tout le monde part en guerre sainte. Les bons contre les bons, God is on our side, Allah is on theirs. Billy the Kid against El-Quaïda, dead or alive. Nous allons éradiquer le terrorisme, celui qu’on a financé, les Talibans qu’on a mis au pouvoir contre les Russes, El-Quaïda qu’on a entraîné CIA, les Irakiens qu’on a armés Iran Gate. And the gates of fear are wide open like the gates of paradise towards Allah. Ils font peur, ils sont bien armés, ils ont même les armes chimiques, on le sait, c’est nous qui leurs avons froidement donné gracieuseté guerre froide. La ligue mondiale contre le terrorisme a ses éliminatoires, comme une ligue de base-ball. On compte les scores. On crie terrorisme, celui que l’autre équipe appellera toujours résistance, celui qui traîne aux quatre coins de ma télé, à Beyrouth, à Belfast, à Ankara, à Oklahoma. C’est tout ça qu’ils veulent éradiquer ? Ils disent chercher les leaders. Comme Saddam Hussein en 90 ? Il est encore emmitouflé dans son embargo Uranium et pays appauvri, à l’abri depuis 11 ans, inaccessible, entouré des cadavres de ses 1 500 000 enfants. Comme Eric Rudolph ? Le parachutiste US qui a battu les records du saut avec sa bombe aux jeux d’Atlanta, le Robin Hood de la farine blanche de l’extrême droite blanche intégriste américaine qui reste encore introuvable, caché depuis quatre ans dans les Appalaches de la Caroline du Nord, comme d’autres se cachent dans les sommets stupéfiants de l’Afghanistan. Eric Rudolph à Atlanta, Mc Veight à Oklahoma, comme des tumeurs au cœur même du Fat America. Are you gonna bomb the red necks? Are you gonna bomb Ireland? Bhopal, 6000 morts. Are you gonna bomb Union Carbide? And what about le sommet de Québec ? Are you gonna bomb Montréal pour Germinal ? What is the difference between the bomb in Oklahoma and the bomb in Kandahar? Et la différence entre un F-14 et un 747 ? La guerre du golf, ce n’est pas le match Tiger Woods, Jean Chrétien. Sachons suivre l’histoire. Le 11 du 9, 911, 5500 morts. 1990, 47 jours de bombardements, 200 morts chez les alliés, 200 000 à 300 000 morts chez les Irakiens. C’est 4000 à 6000 morts par jour. À chaque jour, un World Trade Center gracieuseté ONU. Ça fait combien de jours qu’ils frappent en Afghanistan ? Sachons compter sans nous conter d’histoire. Juste sur des cibles stratégiques qu’ils disent. Comme en 1990. Le 16 octobre 2001, les entrepôts de la Croix Rouge explosent. Ils étaient stratégiques ? Bin Laden y était caché ? Boum. Il y est revenu le 26 octobre ? Deux autres entrepôts qui explosent. Boum boum. Une erreur ? Le mot terrorisme ne vient pas du mot erreur. On bombarde, on envoie du riz par parachute comme de la publicité placebo, on met tout ça dans les entrepôts, on bombarde les entrepôts ? Boum boum boum. Entre temps qu’est-ce qu’il faut lire entre les lignes ?

Si les lignes téléphoniques sont dorénavant écoutées c’est parce qu’il s’y dit plus de choses qu’à la télé.
Terrorisme vient de terreur, c’est le facteur qui me l’a dit.

Qui gagne ? Et qui sait même à quoi on joue ? Ils savent qu’ils ne pourront pas avoir Ben Laden, ni contrôler l'Afghanistan, personne n’a réussi, ni les Anglais, ni les Russes, ni même les Talibans, ni l’Alliance du Nord, alors pourquoi enfoncer encore plus les femmes dans leurs burgas, pourquoi enterrer le pays dans ses champs minés ? Ban the Talibans, ok c’est sur, mais pourquoi maintenant ? Au lieu d’envoyer des sacs de riz, on envoie des sacs de ciment pour solidifier la haine ou des sacs de sable pour monter les tranchées. Notre argent, nos fonds spéciaux, ne font rien de spéciaux, ils font la mort. Ils cultivent la rancune et l’inégalité en plantant de nouveaux champs minés.

Tant qu’on tuera leurs héros, d’autres se relèveront. Et les Palestiniens en camps depuis 4 générations haïront encore plus. Et les Irakiens ne pensent qu’a apprendre à piloter. 3000 à 6000 enfants morts par mois là-bas depuis l'embargo ONU. Depuis 1990, Un World Trade Center par mois bourré d’enfants en bas de cinq ans. Elle est belle la justice du shérif. Les enfants survivants apprennent à jouer avec un cutter. Un tiers du monde fait des diètes pendant que les deux autres tiers crèvent de faim. Et ils le savent. Plus on frappera, plus la haine sera forte. Et plus les camps d’entraînement seront bondés. Comme nos supermarchés. Les têtes des leaders tomberont peut-être comme des tours, mais d’autres fanatiques se lèveront comme un tic nerveux psychosomatique, car seul un ventre nourrit n’a pas de rage. Et les entrepôts de la croix rouge ont explosé. C’est sur, c’était une cible, il y avait une croix dessus.

Combien de morts faudra-t-il pour venger l’Amérique ? Plus personne ne compte les victimes, là-bas. Le décompte était commencé avant qu’ils sachent compter. Et quand on fait les comptes, on se dit c’est au tour des US de saigner. Mais Gina Ferrerra qui travaillait au 84ème étage, elle savait l’embargo sur l’Irak ? C’est elle qui pilotait le B52 en 45 ? Et Joe Montana, 56ème étage, lui, est-ce qu’il les comprenait les effets de l’Uranium appauvri ? Who dropped Fat Boy on Hiroshima? Et en réponse à quoi ? En réponse à Pearl Harbor. Dès le 11 septembre, les soldats de l’information nous ont parlé d’un nouveau Pearl Harbor. And Fat Boy is fatter than ever. Where will be the new Hiroshima? Et combien de temps dureront les radiations ? Combien de pays sauteront du 84ème étage ? Les US, c’est la terre de l’ignorance confortable, ils ont une télé dans le coude, ils regardent des soap opera pour se laver les mains du reste du monde, et maintenant, à la télé, on leur pointe qui haïr et on leur dit d’avoir peur dans le courrier. Plus personne ne parle des mosquées américaines qui se font incendier. Plus personne ne parle de rien. Juste des lettres poudrées. L’information porte le tchador en Amérique. C’est une bombe à fragmentation. Elle est fragmentée pour qu’on pense tous la même chose. Qu’on éclate tous en même temps. Quand nos bombes à fragmentation n’explosent pas, elles deviennent des mines anti-personnelles. Elles ont alors la même couleur que les dépôts de nourriture si généreusement parachutés wrapped in an american flag 2 for 1. Et les réfugiés se trompent. Et ils explosent. De la mort camouflée en aide humanitaire. Voilà le plan américain depuis le plan Marshal. La machine somnifère est forte. Sowad Kouri travaillait, elle aussi, au 56ème étage. Avec Mohamed Tout Le Monde, et Miss Jamila N’importe Qui, avec les Sikhs microchip et les Portoricains, même Philippe Ducros travaillait au 56ème étage, à quelque part. Et quand on ne pleurera plus les innocents, la machine de la haine dirigera nos gestes comme un avion téléguidé CBC. Et on frappera.

Bush a parlé vengeance avant de pleurer deuil. Débouchez-le quelqu’un crie la foule, et Ben Laden le chirurgien aux cutters arrive par avion. On a les B-52 qu’on peut.

Ils disent qu’ils ont été attaqués parce qu’ils représentent la démocratie, le bien. Le bien pour eux, c'est Hiroshima 120 000 morts, c'est Nagasaki 80 000 morts, c’est les embargos, la mort d’Allende, les Contras du Nicaragua, les escadrons de la mort du Salvador. C’est le pouvoir aux compagnies, c’est l’erreur Union Carbide, c’est les Ogonis du Nigeria que l’on pompe contre le pétrole de Shell. A Shell is an empty bullet. Ce sont les gardiens de la paix, eux, les plus grands pushers d’armes, les grands frères des Turcs contre les Kurdes, des Israéliens contre les autres. Le monde entier est indigné parce que les gentils tueurs en séries américains et photogéniques sont blessés, alors mort aux terroristes. C’est le début d’une nouvelle ère. Nous sommes en guerre, ils l’ont dit à la télé. La tête des innocents ne fait que commencer à tomber. Et la peur restera number 1 au mailing list. Peu à peu, tout le monde portera le voile. La faim. Le viol comme arme de guerre. La liberté d’expression comme un souvenir, le droit à la vie privée comme une idée périmée. Et nous les artistes, on s’indigne, on chiale, on fait ce qu’on peut, rien, et on passe des auditions comme d’autres passent des munitions. On fait des show bénéfice comme des putes dans un bordel militaire. Rasez-moi le crâne, je couche avec l’ennemi. Peu à peu, tout le monde portera le voile. C’est un Drive-Tru pour un Big-Maccarthysme mondialisé. Tout dissident, tout manifestant sera terroriste, les frontières ouvertes aux capitaux, fermées aux citoyens, la paranoïa postale nous rendra tous timbrés, toute ligne sera écoutée mais pour se faire entendre, il faudra se kamikaser. Plus personne ne dansera, la terre sera voilée, et l’information violée. Et les intégristes morts sous les bombes auront gagné.

In loving memories of the victims of the fall of the twin towers qu’on ne fait que commencer à compter. Dans ma télé, ils me préparent pour 10 ans. Je vais voir des gens sauter du 84ème pendant 10 ans. Des pays au complet vont sauter du 84ème. Les libertés aussi vont sauter. Je pleure pour tous ceux qui de près ou de loin sont morts à New York, Washington, dans les avions, dans l’Afrique au complet, dans les embargos, dans l'Intifada, à Nagasaki, à Hiroshima, je pleure ceux qui sautent du 84ème par désespoir, je pleure ceux qui sautent sur une mine que les Américains ont refusée de traiter ou de signer le traité, je pleure de rage envers ceux qui saute de joie, je pleure sur le peu de liberté acquise qui va sauter, je pleure pour une époque révolue qui prend l’ascenseur pour monter au 110ème étage de la peur, je pleure contre le début des guerres saintes américano-coranique, contre la haine et la vengeance, je pleure pour les victimes des idées des autres, des extrémistes capitalistes ou des intégristes fondamentalistes, je pleure pour les victimes des bouchers gantés de slogans, d'idées et du sentiment d'avoir suffisamment raison pour se donner le droit de tuer. Je ne peux pas m’arrêter de pleurer. L’injustice envers l’Amérique n'est pas plus grande, elle est mieux médiatisée. Nos panses sont bombées, leurs villages aussi. Nos supermarchés sont pleins, leurs camps d’entraînement aussi. Les régimes amaigrissants font face aux régimes totalitaires. Ils ont faim, nous sommes anorexiques. Ils ont peur, nous avons la télé. Nous avons des doctorats, ils n’ont pas de docteurs. Nous avons du Prozac, ils n’ont pas de vaccin. L’écart est trop grand. Et même si nous ne sommes pas plus heureux, notre cinéma publicitaire prétend le contraire, il vend le mode de vie silicone et supermarché. Et eux n’ont rien. Et ils le savent. Ils le disent même, mais personne ne les écoute. Alors, ils écoutent les slogans des bouchers gantés d’idées, des vendeurs d’espoir, de sens. Ils apprennent la haine à l’école. Cachés derrière leurs fausses barbes, les pushers d’armes et d’héro disent faire d’eux des héros. Ils n’ont que la mort comme vie. On leur promet le paradis, on leur donne un peu de poudre magique dans une enveloppe, un faux passeport pour l’espoir, ils prennent l’avion destination center of the world, et ils changent le monde. Ground zero. Les ventres vides sont des Ground Zero portatifs. Les cœurs sans espoirs sont des World Trade Center quotidiens. Je pleure et j'ai peur. Nous sommes en guerre. Et nous sommes l’ennemi.

Are we just gonna change the channel?

 


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