20/02/2002
art mécanik
hurle
motels murder
xia

 

MAUSOLÉE
03- Flags are to wrap cold bodies

Troisième rizière rouge.

Je me suis fardée. Fixatif à mes cheveux, à ma mémoire. Rouge à lèvre et poudre blanche sur pensée noire. Je vais voir mon homme. Il est là-bas, couché depuis si longtemps.

Je me suis lavée, j‘ai mangé peu, délicatement, discrètement, silencieusement. Une bouchée pour le père de mon père mort pour lui, une bouchée pour le fils de mon fils mort pour lui. Lui, mon homme. Je peux mettre un nom a chaque bouchée, un visage à chaque goût.

Je me suis habillée, poudrée, souliers cirés. Je suis sortie sur Chaoyangmennei Dajie, et me suis donnée au froid de Beijing. Le vent lave, le froid oublie. J’ai pris un taxi.

Tianenmen square.
Un taxi, pas d’autobus. Aujourd’hui, c’est un grand jour. Je me sens seul depuis qu’il est parti. J’ai mis un portrait de lui en haut de mon lit.

Tianenmen. La plus grande place publique au monde. On se ressemble, elle et moi, avec nos portraits. Elle, la place avec ses gardes, et moi avec mon lit. Chacun le même portrait. Là, j’ai fais la queue, comme à l’épicerie. Comme dans les camps. En ligne vers la mort. La sienne. Et je suis entrée dans le mausolée. J’ai avancé sur le tapis brûlé par les cigarettes comme un torturé des années rouges. Les années rouges, comme le tapis. L’odeur. Comme un vieux motel miteux qui sent la mort et le désinfectant.

Et lui. Là. Un instant seulement. Étendu. Le front plissé, la peau en papier ciré. Là, comme s’il réfléchissait, lui, le grand brûleur de tapis. Mao Zedong. La peau papier ciré, jaune bottin, huileuse comme les idées, comme le beurre glissant. Un instant seulement. Mao Zedong. Une momie. Comme Lenine, comme Stalin, comme Ho Chi Min. Comme Toutankamon. Vidé comme un poisson, maquillé comme de la viande rance, pétrifié, divinisé. Entouré de gardes. Dans son dernier hôtel, à attendre le check out time, à attendre la prochaine révolution.

Mon homme. Mon audio guide.

Quelques secondes.

Je l’ai vu un instant seulement. Ils m’ont poussé délicatement. Ils m’ont fait avancer. Je n’ai pas pleuré. J’en ai eu envi. J’ai repris le chemin du tapis brûlé. Ils n’ont pas voulu que je reste près de lui. Ils m’ont sorti escorté. Ils le gardent. Lui, il est resté, comme endormi dans la cire. Vide.

Dehors, les kiosques m’attendait comme les marchants du temple. Un briquet à son effigie. Un souvenir. Je me suis acheté un briquet qui fait de la musique quand on l’ouvre. De la musique. L’hymne du Parti Communiste Chinois. L’hymne de mon parti. Je l’ai ouvert et dans le froid métallique de Beijing la nouvelle, j’ai valsé avec la flamme de mon homme. J’ai remis du rouge a mes lèvres et étourdie, je suis repartie. Je me suis allumée une cigarette en pensant a lui. Le rouge a collé au filtre. Je flirte avec la mort. Je l’embrasse du bout de ma cendre, lui, l’homme cire, la carcasse du leader vidée de ses organes, vidée de son cœur, vidée de son sexe. Entourée de gardes.

Je flirte avec la mort. Le soir dans mon lit, je pense à lui. Il me regarde dans son cadre doré. Nous sommes couchés. Lui, entouré de gardes, moi, entourée de mes draps rouges tapis. Je pense à lui. Ma main descend vers mon nid. Elle s’humidifie. Je me mets nue. Mon rouge à lèvres tache l’oreiller. Mes jambes s’écartent, je courbe le dos, j’ouvre les yeux face au tableau. Mes hommes sont morts en son nom, je lui appartiens. Je lui suis restée fidèle. Plus rien n’existe. Que le tapis brûlée entre mes jambes, et lui.

Lipstick torture, eyelash ideology.

Put pain on the stock market,
Put sperm stains on my bed
Put starvation in my diet.
There has been more victims of the Laogais than of the gulags or of the nazis concentration camps. But we have never even heard the word.

Laogai. Deux caractères. Lao = travail, et gai = reformes.
Les Laogais sont les camps de rééducations par le travail.

MADE IN CHINA

 


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