20/03/2002
art mécanik
hurle
motel murders
xia

 

L’ANNÉE DU CHIEN
07- Teaching a new dog old tricks

BEWARE DANGEROUS DOGS

Septième rizière rouge.

Comme un chien au travers les époques, on m’a entraîné à attaquer. Pour un os vide, sans moelle, pour des restes, des grains de riz fermentés, on me fait courber l’échine. Des milliards à japper pour survivre, chien de garde, garde rouge, rouge sang, rouge drapeau, les yeux injectés, autocritiqués, envoyé comme un chien en rééducation par le travail, en camps de dressage, fait le beau, tire la langue, donne la patte, fait un grand pas vers l’avant. On m'a castré, contre-culturé, on m’a volé mon passé, year zéro et amnésie forcée, on m’a dressé à creuser le sol pour un os, à enterrer ma musique, mes sculptures, mon art et mes enfants. Je n’enfante plus d’idées, plus d’idéaux, juste un chiot si l’unité de travail qui me travaille le cerveau met son étampe rouge sous ma médaille. Je ne suis plus qu’une médaille. On me retourne de tous sens pour savoir qui je suis et où j’existe, mais on ne trouve rien, juste ma langue qui pend, avide. Je suis un chien. J’ai une immense muselière à mes paroles, on me fait hurler à la lune, on me fait déterrer mes parents pour qu’ils meurent à l’abattoir, au Qinghai, on me fait hurler de rage, mordre mes ancêtres, dénoncer mes voisins, je suis un chien de garde, je hurle. Le chien est l’habitant de la Chine. Je ne suis pas l’ami de l’homme. On m’accouple sous l’œil expert de l’unité de travail. Elle dira si j’aurai un enfant. Je suis en laisse, en niche dans un chenil 100 étages de haut, je ronge les restants, castré, pouilleux, médaillé, à espérer un bol, à faire le beau, à marcher au pas. Il n’y a qu’un maître, alors je jappe avec les autres. Seul, encerclé des milliards d’autres canins les canines avides de ma chair, je mets ma queue vide entre mes jambes maigre et je me lèche pour me faire croire que je suis encore vivant. J’ai voulu me faire pousser des ailes, courir les champs, mais on m’a abattu comme un chien fou, la bave au museau, dans les stades bruyants remplis de bêtes qui hurlent, qui m’ont mordu. Et, moi aussi, j’ai mordu. Alors, galeux, je suis retourné à ma niche, j’ai fais les tours de chiens savants et je suis allé chercher le journal d’un autre, en attendant la piqûre au bout de ma vie d’homme. Je vieillis 7 fois plus rapidement. On a fait de ma femme une chienne qui enfante des bâtards.

Et maintenant que ma laisse s’étire, que les muselières se desserrent, le cuir trop vieux pour garder la rancune, maintenant qu’on m’envoie chercher un os, qu’on me dit d’oublier les squelettes entiers, on m’arrache la peau, on détruit les ruelles à vidanges où je me suis accouplé en parfaite inégalité, et on me bâtit un immense chenil. Maintenant que j’ai toujours faim et que je sais qu’ailleurs la moelle est tendre, on me demande de faire le chien aveugle. Alors, je ferme les yeux encore une fois, et je me retrouve sans peau, vidé, empilé aux marchés internationaux. Sans peau, sans entrailles, sans mémoire, sans droit. Et on me mange. Et on me dévore, et les dents qui me déchirent sont manufacturées, chaque bouchée qui fait de moi un animal domestique porte le joli logo d’un étranger. J’habite maintenant sous les semelles des souliers luxueux made in China but sold in America au prix de mon salaire d’un mois. Et lorsque je chie, on ramasse mes excréments pour les mettre aux champs. On a ouvert ma femme, on l’a vidée d’elle même et les PGD gras se vident en elle dans les salons respectables, sur les étalages aux ampoules rouges. Nous sommes des chiens de traîneaux dans le froid glacial des marchés internationaux.

Mais à la pression de mes colliers, face à l’odeur de mes gales et de mes poux, je développe la rage. Je bave blanc. Ma salive coule sur un peu d’espace, un peu de confort et sur le biscuit de la liberté, de la démocratie. Et je sens que c’est tout proche. J’ai la rage d’être oublié. Je me regroupe en meutes, en cartiers, je jappe à en perdre la voix et je réveille celui qui dort.

J’ai la rage d’être oublié. D’être sur les balances des marchés. D’avoir encore à accepter les os cassés et la peau arrachée. Je suis les restes.

J’ai la rage d’être moins qu’un homme. Et un jour, je mordrai.

" I am Chairman Mao’s dog. Whoever he told me to bite, I bit. "
Jiang Qing at the Gang Of Four’s trial.

1- Sit

2- Buy

3- Kill

PRODUCT OF
CHINA

SOLD EVERYWHERE NEAR YOU

 


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