12/06/2002
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L’AVEUGLE DE NANNING
19- Trois sous pour l’éternité.

DIX-NEUVIÈME RIZIÈRE ROUGE

J’ai vu l’aveugle de Nanning avec son violon trois cordes.
Une pour me rappeler le passé, une pour me prendre la main pour la journée, une pour l’espoir qu’arrive un jour l’été.

J’ai vu l’aveugle de Nanning changer le monde.
J’ai vu le silence s’installer et la terre tourner sans bruit, pour une fois, juste un peu. Tous qui s’arrêtent. Les vélos, les klaxons, les joueurs d’échec, de mah-jong, et la femme qui cire les chaussures, bien voyante et bienveillante. Je l’ai vue baisser les yeux, triste de n’avoir donné au monde que des enfants.

J’ai vu l’espoir dans l’air. Je l’ai vu s’installer dans la poussière, avec le silence, avec l’instant. Les gens s’écartent. La femme de l’aveugle, les pupilles blanches elle aussi, tient le bol de l’aumône. Quelques sous pour changer le monde. Quelques sous pour oublier les révolutions, les chambres trop étroites et le riz trop froid. Pour oublier la fin du monde et la mort qui sonne faux.

J’ai vu l’aveugle de Nanning ouvrir ses yeux bridés et dans l’œil gauche se tenait le temps et dans l’œil droit se cachait l’âme. Et tout les deux regardaient ailleurs, honteux que l’homme soit mortel, honteux que l’amour soit imparfait.

J’ai vu l’aveugle de Nanning jouer et j’ai donné. Si peu. Un peu. Pour acheter l’éternité.

 


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