17/07/2002
art mécanik
hurle
motel murders
xia

 

LE VIEUX SMOG EN MOI
24- Il n’y a pas d’autre vie dans l’univers.

J’ai trop de mots dans ma bouche. Trop de vocabulaire inutilisé. Trop de mots doux pour la solitude. Des mots comme je t’aime, je t’aime plus que l’espérance de vie du soleil, plus que la fin de l’univers, et si les galaxies sont infinies, mon amour pour toi l’est plus encore.
Toi qui n’existe plus.

Ces mots, je les garde cachés comme une récolte précieuse qui se gâte à l’humidité de mes nuits seules, de mes caresses monoplaces. Le silence des yeux me fait plier la tête. Il n’y a pas d’autre vie dans l’univers où mettre mon surplus de bras, de peaux, de regards. J’ai 100 000 bras de trop. J’ai la peau de 20 000 cachalots cancérigènes échoués sur les plages nudistes et chaudes. J’ai le regard des méduses. Mes pupilles tombent sur la fin du monde. Les jours violoneux et les levers de soleil larmoyant et Technicolor sont des remèdes à l’injustice, au silence des planètes.

J’ai trop d’amour pour un seul corps. Je lance mon surplus de quota à la rivière. Tout déborde comme les métropoles d’Asie. J’ai trop de salive pour moi seul, trop de souper heureux pour ne pas partager, trop de chaleur, de tendresse pour m’immoler seul, le soir devant les dames plastifiées. J’attends la réponse, le début des temps dans des bras délicats. Dans l’odeur enivrante des cheveux se cache mon surplus, mon déluge. Et toutes ces inondations intenses, ces raz de marées murmurés qui restent muets, tous ces continents que je veux donner restent en moi comme un smog qui s’épaissit nauséabond et qui cache la ville des jours de mille heures, des rêves aux mille nuits, des lits aux mille fleurs.

Le smog cache les souvenirs de mes jours jeunes et tranquillement, sournoisement me fait accepter de devenir adulte, soumis, stérilisé.

 


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