30/10/2002
art mécanik
hurle
motel murders
xia

 


EDEN’S MOTEL
NO TRESPASSING

Roman en construction,
Speed limit 50 m/h

Chapitre 1 : Our Highway has a Dead end.

Autoroute 2002 JCT 666
    La vente d’antidépresseur a augmenté de 800 % au cours des années 90.
EDEN’S MOTEL, WELC ME.

Parce que. Parce que la vie, ça ne peut pas être juste ça. Être enfermé dans sa piscine hors terre comme dans une boîte de conserve, regarder les nouvelles de la même manière qu’on regarde un plat se réchauffer dans un micro-onde, être en prison dans sa pelouse, bâillonné par les payements. Entendre le tic tac monotone d’une bombe, pis remarquer que la bombe, c’est les jours vides, les jours répétés, calqués, espérer ne pas exploser à grand coup de 12 dans un supermarché bondé. Attendre. Attendre. Avoir une télé dans le coude et un téléroman dans le nez. Commander l’amour en appuyant sur une touche pour continuer, commander la mort en appuyant sur la détente pour arrêter, choisir la femme de sa vie dans un magazine porno et la commander en latex parce qu’on ne peut pas tout avoir dans la vie. La vie ne doit pas être une mise en attente. Le paradis ne doit pas être un fond de retraite, la liberté ne peut pas arriver à l’heure du cancer, l’espoir n’est pas un numéro chanceux nul si découvert. Parce que l’amour ne devrait pas être un virus iloveyou.com qu’on attrape en solitaire. Parce que la tendresse ne devrait pas être center-fold en papier glacé, parce que les contacts humains ne devraient pas attendre pour garder leur priorité d’appel.

Parce que j’avais de plus en plus besoin de fumer un joint et de prendre des pilules pour dormir. Hash et Somnonal, comme un cocktail fancy avec boucane, olive multicolore contact-c et Martini. Parce que je me levais plus fatigué que quand je m’étais couché médicamenté, parce que je me réveillais déçu, toujours plus déçu que la vie n’ai aucun rapport avec les rêves parce que j’enviais le rapid eye movement, parce que je me réveillais vide, vide et seul. Parce que Dieu n’est pas responsable des balles perdues et que les statistiques sont déjà hautes, plus haute que les ponts si invitant d’où on se lance, parce que ma prescription ne pouvait pas être plus forte et que les pilules dans les contenants datés ne réussissaient plus à me sortir du lit, de la télé, parce que j’avais peur d’affronter le petit déjeuner, parce que l’envie de faire un vol plané vers le pavé pour vivre quelque chose une fois pour tout dans les quelques secondes avant l’impact négociait trop dure avec les raisons de faire semblant, parce que tout ça, je suis parti.

Je suis parti.

J’avais beau me mettre des bas en fleurs, me saouler tous les soirs en utilisant des faux noms et des faux dollars, j’avais beau baiser les yeux fermés dans des lits naufragés, ça n’y était pas.

Je suis parti. J’ai tout vendu, télé, bottin de téléphone, rêve de piscine, et idées de gazons, de RÉER, de plan de paiement prémâché et de drogues fortes. Je me suis acheté une auto, j’ai pris l’autoroute vers une raison de me lever le matin. Avec rien d’autre qu’une canne à pêche à la mouche, une valise de pilule, le Pet of the Year Play-off, et d’autres stupéfiants. Tout ça dans le coffre noir et lourd de l’auto usagé qui allait me servir d’arche de Noé. Le déluge se passe toujours derrière des yeux brouillés.

Je suis parti essayer de vivre. De rencontrer la vie. Parce que la vie ça ne pouvait pas être juste ça. Et depuis, je roule. Je poursuis la ligne au centre de l’autoroute secondaire qui m’amène où elle veut. La ligne jaune, parfois droite, parfois double, parfois pointillée. Ça me fait du bien. Je fuis. Je regarde les arbres aussi. Heureux celui dont les rêves sont assez forts pour colorer l’eau des piscines qui nous tiennent lieu de vie. Heureux celui qui ne voit pas, qui ne se pose pas de question. Qui ne sait plus comment être touché par l’encre rouge des journaux, par les rayons ultra violent qui émanent des nouveaux téléviseurs et des nouvelles télévisées. Heureux celui qui réussit à se sentir se réaliser. Moi, j’ai des pilules qui font le travail. Je ne veux pas accepter de prendre des médicaments pour trouver une raison de vivre. Parce que c’est le retour de l’ère glacière, l’Amérique sera complètement gelée dans quelques années.

Alors depuis quelques jours, j’erre entre les aiguilles des différents tableaux de bord de l’immense carcasse de ferraille qui fait la norme ici en Amérique lorsqu’on parle d’auto. J’ai une grosse auto. Un immense cachalot noir sur roue. Les autos en Amériques ont l’aiguille du spidomètre dans le coude du chauffeur. Et la liberté ici n’est peut-être qu’un excès de vitesse comme une publicité pornographique du moteur de l’année. J’erre en auto dans toutes les Amériques chaudes comme un road movie où il ne se passe rien. Depuis quelques jours déjà. Combien ? Je ne sais plus, mais mes yeux sont rouges amphétamines, et les cafés s’entassent. Je ne dors pas. Je cherche. Je suis la ligne blanche. Le pavé coupé en deux. L’illusion et la réalité. La nuit comme le jour. La ligne blanche qui se pointille parfois, qui se dédouble à d’autres moments, qui devient jaune, simple, qui s’efface. La ligne blanche comme la mémoire. La mémoire. La ligne pointillée CUT HERE entre le rêve et le reste. La ligne que je poursuis pour basculer dans le monde du rêve. Je regarde les arbres peints en blancs sur le bord de l’autoroute. Les arbres peint jusqu’à la taille comme une robe contre les insectes. Je les regarde et j’imagine que c’est des moulins à prière tibétains. Je les fais tourner, les arbres comme je ferais tourner les moulins entourés de Tibétains courbés, en récitant le mantra le plus puissant que ce nouveau millénaire ait récupéré. C’est pas d’hier que l’homme cherche. Je regarde les arbres, je les fais tourner sur eux-mêmes en me disant ohm madne padme ohm vroum vroum vroum.

Je ne suis plus très sur de savoir où je suis. Quelque part proche de la frontière Canada-Mexique. Sur une autoroute de service. Je crois avoir croisé une affiche Dead End plutôt aujourd’hui. Ou hier ? Je ne sais plus, les médicaments me mélangent. Et mes nerfs chauffent et tirent, et la peau de mon visage me semble trop courte à certains moments. Dead End. Sur une autoroute. Sur le coup, ça m’a semblé bizarre. Puis, j’ai accepté.

La fin du monde est, elle aussi, un Dead End. Elle n’est peut-être pas une chose à venir, une prophétie, c’est peut-être une date de l’histoire, une chose du passé. Une balle de foin oublié au grenier, une balle perdue de plus. Une photo qui rougit de honte par le temps. Et les animaux sont les taxidermistes de l’humanité. J’aime les animaux. Premier constat de ma fuite. J’aime les animaux.

Puis, je l’ai vu le Dead End, au moment où mes yeux se fermaient sur le volant. Au bout de la ligne pointillée, la fin de l’autoroute, mes yeux se sont fermés. Et pour me sauver la vie, mon moteur aussi s’est arrêté. Mon auto s’est étouffé et s’est échouée sur la voie d’accotement. J’ai rouvert les yeux, un peu paniqué, un peu mélangé. À quelques pas de là, il y avait une affiche de motel. Mon véhicule était éteint. Comme une promesse non tenue. C’est peut-être contagieux, le fait de simuler la vie. Je suis sorti sans prendre la peine de refermer ma porte et j’ai regardé l’affiche du motel en m’étirant. Rouillé par l’air de la mer comme si, à marée haute les vagues engouffraient le motel au complet. Une affiche de motel qui semblait servir plus de perchoir que de publicité. Un clan complet de mouettes me regardait sans bouger, pétrifié par la chaleur. Par la lumière trop forte. Surexposée. Une affiche brune rouille, blanche guano, rouge lettrage délavé par le soleil impudique. EDEN’S MOTEL WELC ME. Avec le O qui manque comme une gène. Comme un chromosome manquant. J’ai laissé la porte ouverte et je m’y suis dirigé. Mon auto noir ressemblait à un cachalot mort sur le bord de l’autoroute. Je me suis dirigé vers le motel.

EDEN’S MOTEL
Sea food, cargo ship, heart shaped beds, porno movie, color Tv, fishing facility.
WELC ME


motelmurders

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