20/11/2002
art mécanik
hurle
motel murders
xia

 


EDEN’S MOTEL
NO TRESPASSING

Roman en construction,
Speed limit 50 m/h

1er partie / Chapitre 4

La chambre 1
    95% des prisonniers palestiniens dans les prisons israéliennes se font torturer.
Love me

Le tapis de la chambre 1 est en cor du roi, avec les trous de cigarettes propres à tous les royaumes. Les trous de cigarettes des tapis cor du roi sont la norme dans la mesure où les royaumes appliquent la torture. Sur le mur, un cadre bien encadré avec un voilier bien centré dans un couché de soleil bien horny. Un vrai tableau de chambre de motel sauf qu’ici, le voilier a un peu l’air d’être en cage face à la mer et aux milliers de tonnes de métal qui y flottent.

Le lit de la chambre 1 est d’une dureté de juge, d’une ossature sérieuse, il peut sûrement porter le poids de mes cauchemars. Ce qui semble déjà avoir un effet sur mon moral. C’est qu’on s’y attache, à la chambre 1. Et ce lit qui semble avoir son CPR...

Saül, muet comme une télé défectueuse m’indique rapidement la toilette, en ne me lâchant pas une seconde des yeux, fasciné par mes réactions face à la chambre. Réaction que je crois ne pas avoir, mais lui semble se délecter. Ses cheveux blancs sont duveteux comme des plumes ébouriffées. Il m’explique ensuite comment marche le ventilateur, il me regarde. Il a l’air soulagé que je sois là. Puis il regarde le voilier du cadre comme s’il attendait pour embarquer. Il me regarde encore, comme s’il voulait que je sois le capitaine, et je me mets à fondre. Comme un iceberg. Je ne montre rien, mais en dessous du niveau de flottaison, ça coule. Je me dis une nuit, pas plus. Une nuit. Le plein, ensuite je disparais et je suis la ligne pointillée blanche de l’autoroute où il est écrit Cut Here. Et je finis ma coupure avec les autres. Saül me regarde de ses yeux rouges laboratoire avec l’air qui dit les jours meilleurs sonnent. Ce qui me casse les deux jambes. Je m’assois sur le lit osseux, en pensant à la ligne Cut Here que je devrais tracer sur mon corps. Je me surprends à regarder le voilier comme si c’était ma seule chance face à la noyade de mon passé. Lui, va du voilier à moi, de moi au voilier comme s’il y voyait une association. Et il semble satisfait de son choix. Au concessionnaire de l’espoir il semble m’avoir choisit comme char. Il me regarde comme s’il venait de faire un bon deal sur une bagnole usagée. CUT HERE. Je pense à la ligne de l’autoroute. Et le silence devient peu à peu marin. On ne parle pas. C’est qu’on s’y attache au groom. À Saül. Il est albinos. Dommage que la pompe à essence soit défectueuse. Il allume le ventilateur et sort en courant. La porte se referme. Je suis seul.

Et l’iceberg se met à fondre sur la banquise du lit et le voilier semble se prendre dans les glaces de mon passé, entre les turbines et l’Antarctique. CUT HERE. Je tombe comme la nuit. Il faut que je dorme. Je prends quelques somnifères et j’attends que mes nerfs arrêtent de vibrer.



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