11/12/2002
art mécanik
hurle
motel murders
xia

 


EDEN’S MOTEL
NO TRESPASSING

Roman en construction,
Speed limit 50 m/h

1er partie / Chapitre 7

Le stationnement.
    12% du Coca-Cola consommé en Amérique est bu le matin au petit déjeuner.
La mer recouvre 70 % de la terre. L’homme est fait de 70 % d’eau.

Je n’étais qu’une équation chimique. Mais je me suis réveillé. Lorsque j’ai levé la tête en sursaut comme tous les matins, lorsque mes cheveux dressés ont quitté l’oreiller moite qui me tient lieu de tendresse, j’ai vu cadré TV par la fenêtre un squelette de baleine avec ses côtes blanches soleil, immenses, comme des gardes pour un immense cœur desséché et disparu. Poussière redevenue poussière dans l’œil, une gigantesque carcasse comme un objet perdu, un coquillage sur la plage des dieux. Un regard par la fenêtre. Juste un. Et la tête qui retombe comme une bombe sur l’oreiller moite. Un regard lancé comme une bouteille à la mer. Une bouteille vide. Et la tête sur l’oreiller, les yeux ouvert, vers le plafond, à regarder l’hélice tourner comme un hors bord.

Les baleines, même mortes sont sympathiques. Je me redresse encore. Mais ce que j’ai pris pour un squelette, c’est une carcasse d’auto. De Cadillac, à vrai dire. Une décapotable dorée. Et très bon état la carcasse. Sans une trace de rouille. Huilée, chromée, mais découpée au rasoir. Plus de volant. Les roues brillante de propreté sur des bûches salées, blanchies par la marée. La carrosserie tranchée au compas. Décapoté. Comme une coupe de bœuf. Mais pas de baleine. Ni de plage. Juste le stationnement. Et un verger de l’autre côté de l’autoroute.

Je me lève. Un jour peut-être je me sentirai reposé. Ma bouche a un goût de désinfectant d’hôpital, ma langue semble être un chameau poilu endormi dans le désert. Je bois à même le robinet. Je me passe la tête au complet sous le robinet. Je sors ensuite ma pioche, mes lames, mon savon et mon blaireau. Le voilier se tient immobile dans son cadre. Immobile, romantique et imbécile. Mes pieds nus se traînent sur le cor du roi. Je vais me raser tranquillement, et ensuite, je vais aller me baigner. Je vais me planter les pieds dans le sable. Je vais avancer dans l’eau froide et salée, les pieds dans le sable. Puis, je vais plonger dans une vague froide. L’idée m’emballe. Ma lame fait des vagues avec la mousse. Et mon visage est une plage abandonnée. Une fois rasé, je repasse ma tête lourde sous l’eau froide. Puis j’ouvre la porte battante de ma petite chambre de motel, décidé à me lancer dans l’eau de la mer. Mais sur le perron, je surprends Saül en train de regarder par la fenêtre givrée. À son côté, une très jolie femme sursaute en me voyant. Elle me semble trop sexy pour que ce soit prudent. Elle me regarde avec un mélange de culpabilité et de sensualité. Elle respire l’amour. Un tablier blanc encadre ses seins comme une carte postale de cumulus confortables et invitants. Je les ai surpris, les deux, timides et souriant, et ils me surprennent à leur tour, le regard prisonnier de son décolletée. Un moment d’hésitation commun, un temps, comme de la drogue passée à la frontière, puis un sourire sincère. Ils partent en courant, en pouffant de rire. Un sourire sincère, comme un muscle endolori. Je manque d’amour. L’air sent bon la mer. Des palmiers sortent des cris des mouettes. Sur le perron d’une des chambres avoisinantes, un homme regarde la mer, la main sur un Thermos fumant. Il se lève, va vers son hamac. S’y couche. Et se transforme en papillon.

 


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