18/12/2002
art mécanik
hurle
motel murders
xia

 


EDEN’S MOTEL
NO TRESPASSING

Roman en construction,
Speed limit 50 m/h

1er partie / Chapitre 8

Le ressac
    La vie est un rêve de pieuvre à l’encre noire.


J’avance sur le sable paresseux de soleil, et je me lance dans les vagues. L’océan est plus grand que moi. Le sel entre dans mes oreilles. Mes lèvres goûtent le poisson et les algues. Les vagues s’écroulent et les mouettes me regardent comme un gros poisson hors prix. Avec appétit. Elles me semblent honnêtes, les mouettes. Debout dans l’eau, les pieds dans le sable, avec les menés qui me mordillent les genoux. Et je me sens comme un cure-dent dans l’océan, comme une arête mal avalée. L’océan m’avale de sa salive salée, les vagues s’écroulent. Je nage vers les cargos au loin, tranquillement. Ballotté par les ondes des vagues, et je sens mes pensés qui ralentissent à mesure que mon corps travaille, qu’il s’oublie. Je me saoule de franchir les vagues une à une. Le ressac fait son travail de ressac et m’attire au large. Il m’invite à venir me coucher dans les algues. À oublier. Même le soleil s’y couche le soir, me dit-il. Les cargos m’attirent comme une promesse de vacance, la mer murmure, me chante une chanson douce, un rêve de mort. Je laisse sur la plage ma mémoire, mes envies de me changer en quelqu’un d’autre dans une cabine téléphonique sale, mes envies de costumes héroïques sous mon linge normal. Je laisse au loin mes besoins d’étoiles collées dans le livre de ma vie, les besoins de réussites, je laisse mes rêves d’olives et de Martinis flambés à la flamme olympique de mes performances, j’oublie le gouffre de mes limites, je plonge plus loin dans l’oubli, je laisse sur la plage ma mémoire, je remonte en moi, j’accepte l’attraction lunaire, la pulsion de la mort, je redeviens primaire, primate, mammifère, reptile, poisson, je ne suis qu’une algue bleue, portée par le courant, attirée vers le large, vers l’immensité, je suis l’océan Pacifique, les cargos sont si petits sur mon ventre à mesure que j’avance vers le cœur de la mer. Je laisse ma mémoire sur la plage. Le ressac me tient lieu d’amoureuse, l’attraction lunaire fait de la mer mon amoureuse, le ressac m’appelle, m’envoûte et les cargos qui ouvrent les bras, le ressac qui me vole le cœur tranquillement, qui me transporte, la mer, le ressac que j’écoute, que je veux croire, qui me prend par le courant, par la main et qui m’invite à dormir au fond avec les méduses, les raies Mantas, les jellyfishes si jolie au troisième degré, le ressac qui m’invite à dormir dans l’encre noire des calmars géants, moi qui a des rêves de pieuvres, le ressac qui m’invite à aller dormir dans l’encre rouge du soleil, le soleil qui lui aussi écoute le chant des sirènes, l’appel du ressac, le réconfort de la vase, le réconfort de ne plus être seul, petit, perdu. La mer. Les vagues. L’attraction lunaire. L’attraction des mammifères, ma mémoire que je laisse sur la plage, mon vide qui se rempli d’eau saline, comme des larmes, les vagues, le ressac qui appelle, qui invite, qui ordonne de se lover dans le sang bleu et salé de son ventre, le soleil qui disparaît dans le bleu de la mer, et les bulles entre lui et moi. Et la berceuse des sirènes comme tout devient trouble.

Prends-moi la main. Ferme-moi les yeux. Berce-moi comme le début des temps. Je ne suis qu’une algue bleue dans le bleu de tes yeux. Lave le sillon de mes larmes de ton sel, lave les rides de mes angoisses de ton sel, nourris-moi d’eau, d’algues, de rêves et de mort. Change ma vie, appelle-moi quand tu jouis, pleure ma mort, ouvre les jambes, avale-moi doucement, prends-moi, avale-moi doucement, noie-moi. Vole-moi l’air que je respire sans savoir pourquoi. Moi, qui ne veut pas mourir.

Le silence capitonné.

Les bulles. Des milliards de yeux qui regardent un homme au repos, en apesanteur dans le silence.

 


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