08/01/2003
art mécanik
hurle
motel murders
xia

 


EDEN’S MOTEL
NO TRESPASSING

Roman en construction,
Speed limit 50 m/h

1er partie / Chapitre 9

Le fond humide d’une chaloupe
    Le vieil homme et la mer est mort seul, saoul, dans un hospice pour vieux.

Les bulles. Des milliards de yeux qui regardent un homme qui meurt, en apesanteur, dans le silence.

Une main me sort de l’eau. Une main comme un dauphin, comme un chagrin. Elle me tire hors de l’eau difficilement. « C’est le ressac » j’entends. Et je vomis le vide remplis d’eau, mes poumons sont des centrales hydrauliques et le barrage cède, je vomis, je tousse, je suis loin de la plage, sans souvenirs, la face dans le fond visqueux d’une chaloupe et je n’arrive pas à respirer. Peu à peu, je m’abandonne, je remplis la chaloupe de mon vide gluant, je tousse encore, l’eau me sort des yeux, l’eau sort en feu, je brûle, je me consume de l’intérieur, j’implose comme je cherche l’air, ma gorge s’arrache, mes narines, mes sinus qui éclatent, je me vide, je suis un poisson vidé qui s’écoule, qui s’écroule dans le fond humide de la chaloupe, entre les filets, entre les rames et les hameçons. « C’est le ressac » j’entends. « Le ressac. Juste le ressac. Ne le prend pas personnel. » Je suis un requin vidé sans dents. Blanc. Dans le fond humide d’une chaloupe pleine d’hameçons et de filets. Je veux vivre. J’ai le cerveau dans le formol. J’ai le cœur dans le formol et de l’azote liquide dans les poumons. Je suis une éponge de manque d’amour.

Je reprends mon souffle. J’arrête peu à peu de paniquer. L’air tant appelé se fait un chemin difficile et douloureux. Mes yeux sont collés, mes cheveux sont pleins de vomi médicamenté. Je respire enfin un peu. Le ressac s’en va. Je crache, je morve, mes larmes se mélangent au sel de la mer qui me sort des yeux. La salive coule de mes lèvres comme un filet de pêcheur. Je me tourne sur le dos, dans les filets et les hameçons. Je m’endors. Le soleil me lèche, me sèche avec compassion. Sait ce que c’est. Doit sortir tous les matins du chant des sirènes. Je m’endors le cœur dans un cimetière à baleine. Je suis un vaisseau fantôme qui ne fait peur à personne. Mais je ne le sais pas. Je ne sais rien. Je dors au soleil. Comme un vacancier.

Même la mort mérite des vacances au soleil.

 


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