15/01/2003
art mécanik
hurle
motel murders
xia

 


EDEN’S MOTEL
NO TRESPASSING

Roman en construction,
Speed limit 50 m/h

1er partie / Chapitre 10

Une des 4 tables quadrillées rouge et blanc.
    C’est au choix. La vie s’est fait quadriller par mégarde comme une nappe de fast food restaurant.


J’aimerais avoir la force de marcher sur l’eau, de me changer en un autre dans une cabine téléphonique sale. J’aimerais savoir prendre le poids du monde en une poignée de main, pouvoir soulager Atlas qui s’épuise en chacun, j’aimerais prendre quelqu’un dans mes bras comme une assurance vie, que tu t’y sentes au chaud avec mousse isolante et confort d’hiver, j’aimerais avoir le cœur de l’homme fort, avoir le courage de la femme à barbe, et savoir attendre sans rien espérer. J’aimerais savoir t’aimer, savoir m’aimer. Savoir ce qu’est un homme à l’époque des lignes érotiques, de la rape dope et des agences de rencontre. À l’époque monoparentale des pensions alimentaires et des vibrateurs multifonctions. Avoir des médailles à cacher, des olives à partager, être fier d’avoir passé l’hiver et rendre quelqu’un fier d’être à mes côtés. Je ne suis pas multifonctions. I am not a phone booth superhero. J’ai la tête sur le billot de n’être que moi. J’aimerais savoir être viril comme un char volé, et doux comme une promesse tenue. J’aimerais savoir élever tes enfants, te vider la tête par le sexe, te faire jouir bruyamment tes problèmes et faire la vaisselle en partant. J’aimerais te rencontrer et savoir quoi dire sans avoir à parler. J’aimerais te rencontrer. J’aimerais avoir la solidité des grands espaces, la profondeur des icebergs, ne pas douter et savoir marcher tranquillement, savoir m’asseoir, savoir écouter. J’aimerais connaître le bout de l’autoroute qui sillonne en moi et l’avoir dépassée. J’aimerais voir le grand canyon dans mes yeux et savoir nager. J’aimerais trouver la bouteille où dort mon génie et la frotter, la réconforter, la partager.

Mais je ne suis qu’une bouteille à la mer. Une bouteille de mescal. Et le vers au fond me ronge psychotrope. J’ai bu le fond de mon verre et je cherche à déchiffrer le message que je dois graver. Je me suis vu avec des pilules et des glaçons, au fond d’une bouteille, dans la vase, au fond de l’océan. Les bouteilles sont des bouées crevées. Je me suis surpris à répondre à l’appel du ressac. Je ne veux pas écouter les lignes ouvertes aux poignets. Je ne veux pas booster les statistiques aux stéroïdes. J’ai envie d’aimer la vie.

Nous nous sommes attablés des deux côtés d’une nappe quadrillée rouge et blanc. L’homme dauphin qui m’a sorti de l’eau et moi. Dans la pénombre du petit restaurant du motel 4 tables, le petit restaurant du motel. Celui que j’ai pris pour le vieillard de la réception me semble aujourd’hui être une femme, tout aussi vieille, mais une femme. Et elle n’a plus de soluté dans le bras. Elle marche lentement vers la cuisine en emportant ma commande. Deux œufs tournés avec des patates, un café et un grand verre de jus d’orange. Mon dauphin ne prend rien. C’est un grand homme, avec casquette de concessionnaire et flotte de bagues en or aux doigts. En camisole et chienne de travailleur. Il sourit d’un sourire maigre mais franc. Il a le regard de celui qui a vu. Il m’a vu m’éloigner, m’explique-t-il d’un ton monotone. Comme s’il me comprenait. Il m’a sauvé la vie. Mais ne veut rien déjeuner. Même si c’est moi qui paye. Il est écrit sur sa casquette rouge Kaïn Silicone Body Shop. All you can eat. Pourtant, il ne veut pas déjeuner. Il m’explique. Il commence tranquillement son histoire.

 


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