22/01/2003
art mécanik
hurle
motel murders
xia

 


EDEN’S MOTEL
NO TRESPASSING

Roman en construction,
Speed limit 50 m/h

2ème partie : LĠamour est un char volé.

La chambre 8
    Achetez-moi.

Kaïn's body shop
All you can eat

Chars volés, usagés, de l'année
Brand new used cars
Second hand love, Second hand sex, Second hand death

Open 24h sur 24

Allez, allez, faites comme chez vous, tout ce que vous voulez, je l’ai. Cadillac, Oldsmobile, Pontiac, Chrysler, whatever, en partie, en morceau, repeinturé, rénové, je l'ai. Kaïn, c’est moi. Je vends des vieux chars de l'année, brand new used cars, j'ai un bon prix pour ton rêve usagé. L'univers sur quatre roues, le bonheur au rétroviseur, sans freins, avec air climatisé, les sièges arrières défoncés, les condoms percés, tout ça, et bien plus encore. Dis-moi tes plus grands vœux, je te dis combien de km au gallon ça fait, pour tes illusions bidons.

J'ai tout vendu. Le bonheur à bas prix, kilométrage illimité, l'amour à un détaillant pelliculeux, la mer à un alcoolique, la mort à un nouveau-né.

J’ai même vendu mon cœur à l'heure.

Ma vie est un rêve seconde main. Un char loué. Je me suis fais avoir par la concurrence. La femme de ma vie était une auto sport de l'année, moi je suis une vieille minoune rouillée, un vieux cœur percé.             Achetez-moi.

J’y ai dis : pars pas my love. Ensemble on va descendre en Floride. Lentement. Je vais prendre les clefs de la Cadillac dorée, on va se coller sur le cuir rose du grand banc avant, tu pourras mettre tes si belles cuisses sur la sueur du similisuède. Je ne parlerais pas, je ne boirais pas, je vais juste rouler lentement, lentement. Va-t'en pas, please, va-t'en pas. Laisse-moi pas seul, au rancard. On va s'arrêter au drive-in, on va passer une commande à l'auto, on va prendre extra napkin, pis après, on va aller au cinéparc ! On va aller voir un film de char, avec poursuite et baise sur le banc arrière, back seat love… Ensuite, on va se faire un peu de parking, on va baisser la capote automatique, on va baiser sans capote si tu veux mon amour, on va faire des bébés sous les étoiles, comme un show de boucane, un skitburn sur mon corps, tes seins comme un volant sport, laisse-moi pas seul comme un mag de roue perdu, comme un muffler percé abandonné sur la chaussée. Mon amour est un char volé. Mon amour est un char volé.

Elle a pleuré en silence. Elle a changé le poste de la radio, ses doigts vernis metalflake sur les boutons chromés, pis elle m'a dit de peser sur le gaz. On est rentré au body shop. Je suis venu chercher une chambre au motel pour finir la soirée pendant qu'elle, elle remettait du vernis sur ses ongles d’orteils. Une chambre pour finir la soirée romantique, avec lit en cœur, miroirs et film de fesse. À la télé de la réception, c'était le grand prix, rediffusion. Ça été long. J'ai parlé avec le vieux extra vieux, il m'a raconté l'autoroute, sa construction au milieu de son verger, il y a eu une pub de Chrysler, le char de l'année payez l'année prochaine, pis je suis allé la chercher. Mon amour est un char volé.

Le garage était sombre, le moteur roulait. Elle avait partie la Cadillac, elle avait laissé rouler le moteur flambant neuf comme j'avais laissé rouler les années de notre amour sans m'en occuper. Elle avait laissé rouler les pistons bien huilés, un tuyau sur l'exace. La gueule du muffler qui gueulait le manque d'amour, le manque d'attention, de petits détails, de je t'aime simple, un peu parfumé, petit sapin air freshner sur sa dévotion. Le moteur marmonnait la solitude de la télé, du silence, des repas froids et des commis voyageurs lubrifiés. Elle a mis le tuyau dans la fenêtre, elle a fermé ses yeux si doux avec le massacra qui coule comme l'huile qui fuit, ses yeux si doux, qui aimait comme des phares brouillards. Et dans le brouillard des larmes désespoir des vies manquées, de la solitude usagée, même pas repeinturée, de la solitude bon marché et des vendeurs de rêves castrés, elle s'est endormie tranquillement comme une bonne suspension. Monoxyde de carbone. Aspirateur sur une maison vide et sur ma secrétaire jarretelle, écartée sur le bureau comme une femme de calendrier et mes mains noires, poisseuses qui caresse les fesses du mois de mars, ses fesses seconde mains, pendant qu'elle mon amour, mon char volé, elle attend devant un repas froid prestone, comme une crevaison, elle qui attend dans un garage sombre que sa vie se dégonfle, que sa vie coule par un trou dans la tank à gaz et que la panne d'essence éteigne la sparkplug de son cœur.

Pas de dépanneuse. Pas de pneu de rechange. Le spidomètre à zéro. L'aiguille de la geauge à gaz coincée dans le rouge.

J’y parlais d'une job de body... je voulais lui refaire les seins, lui shiner les mags, huiler son moteur pour qu'elle tourne comme un rêve de princesse, je voulais qu'elle soit belle comme un carburateur. Je voulais qu'on prenne l'autoroute et qu'on roule jusqu'au bonheur.

Mais non. Face à face avec moi-même à 200 miles à l’heure. Perte totale.

Je suis revenu au motel avec la Cadillac, en roulant en dessous de la limite de vitesse. Le vieux très vieux de la réception c'est avéré être une vieille très vieille et j'ai apprécié la délicatesse. C'était mieux comme ça. Les femmes, la mienne, la morte et la vieille ont pu s'entendre, se comprendre. Moi, ça a l'air que j'avais manqué la sortie. Le corbillard est arrivé après l'ambulance. Le cortège est parti sans moi, sur un crissement de pneu. Moi, j'ai pas suivi, j'ai pas pris mon auto pour les suivre, je ne tolère plus l'odeur du gaz. L'amour, ça n'a pas de pneu de rechange. Dorénavant, je marche. Mais je ne marche pas beaucoup, je n'ai nul part où aller. C'est que ce jour là, j'ai pris le champ. J'ai glissé sur la plaque de glace de mon cœur égoïste pis j'ai pris le champ. J'ai pris aussi une chambre au motel, avec stationnement. Numéro 8 comme les 8 cylindres de l'assassin qu'est ma Cadillac. Numéro 8. Avec stationnement. J'y ai parqué le meurtrier. J'ai avalé la clef. Ensuite, j'ai arraché le bouton chromé de la radio qui avait été titillé par ses doigts bleus metalflake et lui aussi je l'ai avalé. Machinalement. Après, je suis passé aux poignées de la fenêtre. Inconsciemment, ça m'a donné une idée. J'ai concassé les miroirs, très fin. Je les ai bus sur glace. Pis j'ai pissé du sang. Alors j'ai décidé d'y aller méthodiquement pour être sur de passer au travers toutes les pièces de l'auto. Et je continue. Au début je ne comprenais pas ce que je faisais. Mais quand j'ai démonté le volant sport qui dirigeait ma vie, qui me conduisait et que je l'ai découpé en mini morceaux, minutieusement, j'ai vu où le highway m'amenait et j'ai pesé sur le gaz. Peu à peu, mois après mois, j'ai mangé les pneus quatre saisons, les phares, la carrosserie, tranquillement pour ne pas être trop malade, pour pouvoir atteindre la fin de l'autoroute, pour être sur de manger le moteur usagé.

Ma vie aura été un char loué, une minoune avec des fausses plaques, mais ce sera mon corps la cour à scrap. Ce sera moi qui concasserai l'auto rouillé de notre mort en cube compact. Et je finirai par le muffler. Le co2 est un poison, je le sais. Je ne laverai pas le tuyau d'échappement qui a recueilli son dernier souffle. Et là où mon amour, mon char volé, est morte d'une job trop forte de body shop, par les pores de sa peau si douce et si parfumée, moi, moi qui aie trop parlé, moi qui aie vendu ma vie sur des fausses garanties, moi qui aie vendu les vertus de l'air climatisé et bien, ma mort, je la mangerai. Ce sera mon dernier rest area.

Et la vie après la mort sera suprême sans plomb.

Love is on sale

The extra old man : No vacancy.
The out of fuel driver : Are you sure ?
The extra old man who happens to be a extra old woman : People stay here long you know ! Look at him… Almost a year, he's been here. He’s eating his Cadillac.
The out of fuel driver : What ?
The extra old woman : Almost a year ! You don't understand English ? Almost a year !
The out of fuel driver : What do you mean, he eats his…
The extra old woman who might be a extra old man: Witch part don't you understand, almost or year buddy ? Now move on, we don't need no freaks it this motel.

BODYSHOP

Brains are body shops for the eyes.
Don’t let your breasts explode
No helium breasts
No Valium skins
No lithium sex

No uranium love



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