29/01/2003
art mécanik
hurle
motel murders
xia

 


EDEN’S MOTEL
NO TRESPASSING

Roman en construction,
Speed limit 50 m/h

2ème partie / Chapitre 2

Les chaises longues
    Un prix nobel pour les déjeuners continentaux.

On s’est mis à boire, Kaïn et moi. Après les deux œufs tournés, les petites tranches de tomates, les petites patates épicés, les cafés et le jus d’orange contre l’orage de ma presque noyade. Les déjeuners de restaurants d’autoroutes ont le réconfort des enfances heureuses. Ce sont des détails comme ça qui tiennent l’univers ensemble. Ensuite, après que l’ultra vieille dame ait ôté la bouée de sauvetage graisseuse de la table, Kaïn et moi, on s’est installé sur des chaises longues devant sa chambre. Et on s’est rapidement mis à boire. Faute du ressac, il y avait l’alcool. Moins définitif. Il s’est fait un drink post moderne, mélange de Prestone et de rhum blanc, et moi, je suis tombé au fond de la bouteille de mescal, peu à peu. Ma peau salée s’est collée au pétrole raffiné des tresses en plastique multicolore de la chaise longue. Et il a continué. Il parlait lentement, tendrement. Et quand ça semblait difficile à avaler, il faisait passer le tout de son liquide bleu néon. Il se resservait dans une pause faite de silence délicat. Il me resservait de ses mains pleines de bagues avec la complicité des compagnons de cellules. Dès fois, il me parlait du ressac et je lui contais brièvement un peu de mon vide. Il semblait comprendre. Tout ce qu’il disait, la manière qu’il faisait les choses, qu’il me resservait, tout étalait une sensibilité tellement anachronique avec son apparence qu’on aurait juré qu’il avait été postsynchronisé. Qu’un autre acteur doublait sa voie, ses paroles. Je lui ai dit, le plus doucement possible. Il m’a dit que c’était pour correspondre à la face du gars sur l’affiche Wanted Dead or Alive qu’il voyait lorsqu’il fermait les yeux. Il s’en voulait. Saül est apparut assis à côté de nous, le regard noir et blanc dans les pétroliers, les pieds dans le sable. Les mains dans le sable. Assis à côté de nous comme une mouette à qui on donne du pain. Son histoire fini, Kaïn s’est tu. Son regard à plonger lui aussi dans les pétroliers. Et je me suis endormi encore une fois, sur le plastique collant pétrole raffiné, tressé et multicolore de la chaise longue. L’alcool aidant, avec un zeste de soleil. Je n’avais pas pris de médicaments de la journée. J’ai dormi sans rêves. Juste avec le bruit du sable qui coulait sur le sablier des pieds blancs, gênés et muets de Saül. J’ai fais des rêves albinos.



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