26/02/2003
art mécanik
hurle
motel murders
xia

 


EDEN’S MOTEL
NO TRESPASSING

Roman en construction,
Speed limit 50 m/h

3ème partie : Seagulls don’t drive.

La bouche de Saül.
    Dead seagull in a swimming pool full of rum.
White wine for the blind.


La 4ème place restera vide. On a bien fait de manger le dernier homard, la chambre 1 et moi, parce que Wendy ne viendra pas. La carapace du homard est grise sur la nappe à carreau grise et blanche. Elle me l’a dit Wendy, qu’elle ne viendrait pas. Elle me parle des fois, parce qu’elle sait que je ne dirai rien. Je ne parlerai pas sous la torture. Tout le monde parle sous la torture sauf les muets. Moi, en plus, Wendy, elle dit que je suis un ange. Et que c’est pour ça que je suis tout blanc. Sauf les yeux, qui sont rouge laboratoire. J’ai souvent eu l’impression d’être une expérience, un cobaye. Une évidence, même. Mes yeux rouges mais je les vois gris, moi. J’aimerais bien savoir voler comme les mouettes. Elles sont belles les mouettes. Wendy ne viendra pas, parce que Kaïn ne veut pas qu’elle fasse son ménage. Il aime une morte. Ou une auto, je n’ai pas bien compris. Mais je sais qu’il ne mange pas de homard. Les mouettes font des sons qui reposent, comme de la couleur dans mes oreilles. Wendy, elle veut nettoyer les chambres. Les chambres et les clients. Kaïn lui a dit qu’il ferait son ménage seul. Que Kaïn ne veut pas d’elle, ça la rend triste, Wendy. Elle est très belle Wendy. Mais elle a trop d’amour à donner. Elle ne fait pas le ménage de ma chambre non plus. Elle dit que je suis trop jeune. Elle est gentille Wendy Windex, avec son rouge à lèvre rouge, elle, tout en courbe et en seins, moi qui suis trop jeune. Elle dit que je suis un ange. Elle aimerait bien que tout le monde l’aime. Moi, je l’aime. Et j’aimerais bien la voir nue. Je ne suis pas une mouette. Je ne sais pas voler. Mais je sais faire l’avion. Je crie en silence. Le silence dans ma bouche détone comme une bombe. Tic tac tic tac. Il ne faut pas qu’il pourrisse, le silence, alors je fais l’avion sur la plage, la bouche ouverte, dans le sable humide, le ventre plein de vin blanc et de homard gris. Je rêve de voir le monde de haut. Je suis encore plus petit que j’en ai l’air. Je n’existe presque pas. Ma tête tourne comme un manège. Des fois les manèges ambulants s’arrêtent au motel. Je ne peux pas monter parce que ma tête se trouve encore en dessous de la ligne dessinée à la craie blanche sur le poteau. Je suis trop petit. Ma grande roue à moi, c’est le regard des mouettes. Je fais l’avion la bouche ouverte en criant du vide, et le vent humidifie le silence. Et ça tourne. Ça tourne. Je vomis du gris sur le gris du sable de la plage. Et je pleure. D’espoir. Over and out. Il fait noir dans le noir et blanc de mes yeux. Le manège n’est pas reparti. Over and out. J’ai du sable dans la bouche. Au coin des yeux aussi.



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