23/04/2003
art mécanik
hurle
motel murders
xia

 

 

EDEN’S MOTEL
NO TRESPASSING

Roman en construction,
Speed limit 50 m/h

3ème partie : Chapitre 2

La chambre 2
    Miss univers cherche monsieur tout le monde.

Wendy Windex : J’aimerais bien être Miss Univers. Je suis très belle, mais je suis seule. Et j’ai l’impression que ma solitude explose de plus en plus en beauté, en sensualité. Mes yeux mouillés font fondre les hommes et ils pleurent pour moi. Les nuits que je passe seule sous les étoiles sont des crimes contre l’humanité. La solitude est un génocide sans accord implicite, tout meurt en moi ces nuits-là.

Des fois, je rêve. Je rêve que le monde entier partage mon lit. Les Indiens, les Yougoslaves, les Rwandais, les Chinois, 1 000 000 000 d’Indiens, 1 300 000 000 de Chinois, les hommes, les femmes, les gais, les lesbiennes, les trisomiques, tout le monde sans sélection naturelle, avec tendresse. Alors, je deviens l’univers en expansion. J’éclate de bonheur. J’ai, suite à ces rêves un orgasme cosmique. Mes draps sont des fleuves qui vont irriguer la mer de la Tranquillité, mes doigts sont des turbines sur les chutes douces de mon sexe et mes seins sont des planètes habitables, qui portent la vie et que je caresse comme les nuages, comme l’atmosphère. Je suis l’univers et j’ai une raison d’être. On m’aime. Un homme ne me suffit pas. Mon manque d’amour est trop profond. Je suis trop seul. À chaque fois que j’embrasse quelqu’un de précis, je me rappelle le désert plein des autres qui ne m’aime pas et je me meurs. J’engrange l’amour que cet homme me donne et je lui donne l’amour qui revient au monde entier. Des fois, il devient fou.

Je connais bien les étoiles. Je suis astrophysicienne. Je comprends la loi de l’attraction des masses, la string theory, le microcosme et le macrocosme. J’ai découvert la théorie de la solitude des masses, du trou noir affectif, de l’isolement, et du refroidissement des corps. Mais les étoiles sont loin, elles réchauffent peu. Elles sont seules dans la foule, à des années lumières de tout contact et ça me désespère. Alors je fais des ménages en appliquant ma version de la string theory. Je passe la balayeuse en string. Et chaque fois que je fais le ménage, je me donne en entier. Je suis l’univers. J’époussette l’âme. J’offre la tendresse avec le détergeant. Je fais l’amour aux hommes et quand ils s‘endorment rassasiés, je fais le ménage du peu de leur vie que j’ai accès, leur chambre, leur portefeuille. Puis je me sauve. Je ne suis pas missionnaire. Je le fais pour moi. Je manque d’amour, c’est le succédané le plus efficace que j’ai trouvé. Avant, je me suis prostituée. Mais ce n’était pas un don de soi, mais une vente, un achat. L’argent embrouillait tout. J’ai voulu faire les clients gratuitement, mais les autres filles m’ont expliqué calmement, tendrement que ce n’était pas bon pour leurs affaires et qu’elles avaient des enfants à nourrir, qu’elles comprenaient le manque d’amour comme une aiguille dans le coude, mais qu’elles aimaient mieux que j’arrête. On s’entendait bien, elles et moi. Trop bien pour que je puisse continuer.

Un motel, c’est facile. J’entre en contact avec les pensionnaires, je fais leur chambre. Et je suis belle. Le reste n’est que complicité, échange de service. Les clients me traitent bien. Certain veulent me marier. C’est embêtant. Mais moi, je ne fais pas ça pour eux, je fais ça pour moi, alors je les laisse. Et je passe faire le lit de la chambre suivante. Il est dur de vivre d’amour et d’eau de Javel. Et je crois que je suis belle comme d’autres sont obèses, par gourmandise. J’aimerais bien être Miss Univers pour être aimé unanimement. Je m’appelle Wendy Windex, je ne suis pas une poupée gonflable. Je souffre du manque d’amour universel, avec un peu plus de lucidité. Les clients avec qui je baise, je les choisis. À la différence que moi, je les choisis tous. Je m’appelle Wendy Windex. Je repasse les dollars et j’époussette les cœurs. Enchantée.



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