07/05/2003
art mécanik
hurle
motel murders
xia

 

 

EDEN’S MOTEL
NO TRESPASSING

Roman en construction,
Speed limit 50 m/h

3ème partie : Chapitre 4

Le sable
    Êtes-vous heureux ?

Le sable colle. À ma peau blanche. Les grains sont des pigments chimiques qui ne se sont pas mélangés. Dans mes narines. Sur mes lèvres, dans mes lèvres, dans ma bouche inactive. Dans ma bouche inutile. Du sable. Les vagues vont et viennent devant moi, noire avec du blanc sur la commissure des lèvres, dans la lune ébouillantée, odorante, comme un souvenir des algues, des méduses sensuelles, des poissons morts, comme le chant que j’aimerais chanter. Comme la mousse dans le chaudron des homards. Les vagues vont et viennent en moi, dans ma tête qui se repose, abrutie dans le sable mouillé, les algues blanches vin sec, le regard qui tourne au rythme des vagues. Je suis bien. Je sais que c’est exceptionnel, mais je suis heureux. C’est la première fois que je mange du homard. C’est la première fois que je n’ai pas envie de parler. Kaïn et Jhon parlaient, me parlaient d’une manière qui me laissait toujours le droit de ne pas répondre. Si je ne répondais pas, ce n’est pas parce que je suis muet, mais parce qu’ils semblaient déjà avoir compris ce que j’avais à dire et qu’ils respectaient ce côté là de moi. Comme si ne pas parler était simplement un trait de personnalité. Alors, au lieu de répondre, je me resservais de vin blanc. Rapidement, le vin est devenu chaud. Eux, ils buvaient du rouge, et même quand la soirée s’est avancée prudemment, ils ont changé pour du rhum et du coke. Ils disaient Cuba Libre et j’ai eu l’impression d’être cubain. J’ai eu l’impression qu’ils parlaient de moi. J’ai dix ans. Et même si j’ai dix ans, ils ne m’ont jamais reproché le fait de boire, ils ne m’ont jamais parlé comme si mon cerveau avait manqué d’oxygène à la naissance. Être une enfant ne semblait pas être un handicap. Ils m’ont dit que le vin blanc c’était meilleur froid, mais ils l’ont dit en attendant mon point de vue. Et je me suis resservi. Puis ensuite, ils n’en ont plus reparlé. Et quand ils se servaient, si mon verre était vide, ils le remplissaient. J’ai bu du blanc parce que je sentais un sentiment de famille. Je me suis bu. Le blanc, c’est moi. C’est mes mouettes. Et maintenant ma tête tourne comme la marée. Comme la marée en pleine canicule. Trop chaude. C’est la terre qui s’est mise à tourner plus vite. Le bonheur aurait-il un effet sur la rotation des planètes ? Wendy pourrait me répondre. Mais je n’écouterais pas, je regarderais. Le blanc, c’est meilleur froid. Mais moi, je suis heureux. Je ne suis plus capable de bouger, je me suis écroulé entre la longue route qui mène de la nappe rouge et blanche de la chambre 1 à mon lit de plume. Je ne bouge pas. Je regarde la marée qui monte et qui entre dans ma bouche ouverte. Qui monte et qui descends dans chacune des vagues. Comme une vie dans une journée. Si chaque vie est incluse dans chaque journée, j’ai vécu une belle vie. Je vie une belle journée.


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