20/08/2003
art mécanik
hurle
Eden Motel
xia

 


Noé assoiffé

   

I cry ice cubes

24h57

H2O. Water, wasser, vaisseau, eau, H2O.

L’eau qui coule, mes larmes qui forment un ruisseau, qui coulent, qui brisent la digue de ma retenue, le barrage de ma pudeur d’être un homme, d’être soldat de la vie quotidienne, homme des tranchées et des jours banales.

Le ruisseau de mes entrailles qui coule, qui fait son sillon dans les rides vulgaires de mon visage, dans la pierre de mes intentions, qui devient rivière par manque de tendresse, d’amour propre, qui défonce, qui irrigue mes appels à l’aide, qui me fait dire des mots enfouis, des paroles douces, humbles, vulnérables, sans défense, ni kung-fu, ni film de guerre, ni AK-47, ni lacrymogène, la rivière qui déborde, qui crève l’œil autoaccusateur, qui baisse les défenses, qui défonce ma gêne d’être faible, triste, dépourvue, ma gêne d’être un homme.

Je suis un homme.
Et toutes les rivières du monde s’enlacent en moi, constricteur. Elles coulent, découlent, dérapent, déchirent, déshydratent mon cœur trop gros qui éclate en sanglot de sang. Les rivières qui deviennent lacs, comme une tache de rouille à mon armure béton armé inoxydable certifiée, mon armure de soldat quotidien, de boucher des jours écoulés, d’assassin.

Le métal de mes entrailles oxyde, je suis un assassin humide.

Le lac de vase de mes mots non-dit fermente, coagule, kyste émotif, bombardement psychanalytiquement maladroit, arme chimique, lacrymogène, génération kérosène, nitroglycérine, sans mot, sans parole, ni repère, ni idéaux, le lac qui devient fleuve, H2O, water, wasser, eau, co2, jamais la même, jamais deux flocons pareils, jamais deux lieux du crime, ni deux coupables, ni même deux empreintes, deux formulaires ou deux modes d’emplois, jamais la même émotion, toujours refoulée, le fleuve qui déborde à son tour, universellement, unanimement, comme un trou au fond du bateau, S.O.S. au carré, 1 000 000 000 en Inde, 1 300 000 000 en Chine, le 6 milliardième né à Sarajevo du trop plein, de la haine en boîte, oxydée, jamais deux fois les mêmes pellicules, jamais la foudre deux fois à la même place, jamais deux accidents d’avions dans la même vie, ni dans la même mort, jamais les mêmes cellules, 7 ans au junkie de la vie pour se refaire les cellules de son corps de soldat malentendant, pour se refaire une santé mentale, une peau neuve, déminée, caméléon, kaléidoscope, imperméable.

La vie est une drogue forte, l’amour, une overdose.
Ice cold turkey.

Le fleuve qui devient bouteille à la mer, l’océan de mes peurs plus profond que l’univers, la bouche pleine d’algue, tout déborde, rien qui tient, partout des hommes qui implosent, partout des errants, des petits déluges portatifs, 40 mille ans de pluie, de recherche d’Atlantide, du cœur englouti, d’une peau douce, accueillante, d’une île déserte au creux de quelqu’un, vase communicatif, sable mouvant, où l’on puisse ranger notre surplus d’homme, de tristesse générique, génétique, de Noé jusqu’aux UFO, une plage douce, enlaçante, pour y lover la terre entière qui déborde, qui explose hélium, comme un œil trop plein, un cœur zeppelin, comme un raz-de-marée qui arrache les barrages Manic 6 000 000 000, comme un brise-glace qui coule, S.O.S. au cube, un pare brise dans les pupilles qui éclate en mini morceaux coupants, qui lacèrent la honte d’être un homme, qui devient petit garçon, qui pleure en public.

Une rivière qui déborde comme un homme qui pleure en public. Comme un homme qui pleure en public. S.O.S. au cube. Ne me lancez pas de pierres.

J’ai des barrages hydrauliques aux yeux.
J’y tire l’énergie pour sortir de mon lit.

 


motelmurders