10/09/2003
art mécanik
hurle
Eden Motel
xia

 

 

EDEN’S MOTEL
NO TRESPASSING

Roman en construction,
Speed limit 50 m/h

Chapitre 3 / 6ème partie

Le lit de la chambre 1
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Quand je me suis couché, le niveau d’alcool avait dépassé la ligne de flottaison et je tanguais tempête. Mon lit est devenu l’œil d’un cyclone qui creusait la mer jusqu’à ses entrailles, jusque-là où vivent les poissons nucléaires, ceux qui ne voient jamais la lumière. La mer, c’était moi. C’était moi que le cyclone creusait jusqu’à ses entrailles. Même le voilier dans son cadre était chaviré. Le naufrage était imminent. Le mal de mer. C’est de ne pas connaître d’où sort la vague qui est épeurant. De ne pas comprendre ce qui nous chavire.

J’étais dans l’œil du cyclone à discuter avec l’œil du cyclope. L’œil du cyclope est une pilule. Un somnifère. Je n’avais pas pris ni médicament ni aucune autre drogue avant de me coucher. Même pas un joint. Trois générations que je fumais pour dormir. Ce soir, rien. Juste l’alcool, le ressac, le verre mescalito ivre au fond de la bouteille et le soleil. Le soleil est une drogue forte,ok, de nos jours son simple regard liquéfie les peaux, ok. Mais avant de baisser les armes devant la fin de la journée, avant d’oublier ma condition d’homme, de mammifère confus et déboussolé, avant de fermer les yeux, la tête sur le peu d’affection que peut donner un oreiller, je n’avais pas pris de médicament. Je m’endors toujours dans les plaines arctiques cliniques des rêves somnifères. Et les yeux des cyclopes multicolores dans leurs petites boîtes aseptisés plastiques avec prescription, dosages et mise en garde, m’appelaient du même chant que les sirènes junkies du ressac. La mémoire du ressac et du goût salé du silence, des algues, négociait fort avec le cyclope et je n’y pouvais plus rien. Le cyclope a été plus fort que la sensualité succédanée des oreillers. Le cyclone ravageait mes entrailles. Je me suis levé dans la tempête, dans le raz-de-marée, guidé par l’attraction lunaire des capsules somnifères. J’ai nagé sur le tapis cors du roi, j’ai plongé du haut d’une vague de six étages dans la boîte à pilules, j’en ai attrapé deux en forme de bouées avec corne de brumes, une rouge bâbord, une verte tribord, je suis passé au milieu, j’ai avalé la rouge, l’œil du cyclope, et la verte, l’œil du cyclone, et je me suis échoué sur la plage déserte de mon lit mouillé. Tête-bêche, face au voilier échoué dans son filet bien encadré.

Je suis tombé endormi au bout de la terre, là où se saoulent les monstres et où le soleil vomit. Bien médicamenté, comme un dieu du XXIe siècle, engourdi par l’alcool à friction et les glaciers prescriptions. Le cyclope avait gagné. J’étais bien dépendant du comptoir des produits pharmaceutiques, comme l’ensemble de ma génération. Comme bien des gens depuis que les multinationales pushers de drogues légales sont à but lucratif. Nous serons tous déprimés, anti-dépressifs, stabilisé de la sérotonine, tant que la dépression se chiffrera à coup de milliards dans les coffres-forts et les chambres froides des pushers en sarrau. Je me suis laissé prendre par le filet de mes draps mouillés de sueurs toxines. J’étais Neandertal. J’avais la moiteur d’une algue bleue dans la bouche.

Je suis disparu dans les profondeurs sans lumière des sommeils sans rêve. Vers les poissons nucléaires. Silence capitonné. Ivresse des profondeurs. Once again. Tellement profond, tellement comateux que je n’ai pas entendu le S.O.S des mouettes face à la marée qui montait. Je n’ai même pas entendu l’impact désespéré d’une d’elles qui a pris ma fenêtre pour des perséides sur lesquelles on pouvait faire un vœu. Je n’ai rien entendu. Ni le vœu, ni le cou cassé de la mouette, ni le feu d’artifice de l’impact, ni les plumes retomber dans un fracas albinos et muet. Je n’ai même pas entendu la marée. Je ne l’aie même pas entendu entrer. Et je n’ai rien rêvé.

C’était ma deuxième nuit au motel. Je n’étais pas parti.

 


motelmurders

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