12/11/2003
art mécanik
hurle
Eden Motel
xia

 

 

EDEN’S MOTEL
NO TRESPASSING

Roman en construction,
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Chapitre 4 / 6ème partie

Sous le chapeau de paille de la Sirène.
    Love me.

La journée passait. Chaude. Salée. Ensoleillée. Avec les nuages comme des Sundays.

  -  Assois-toi, jeune homme.

Saül avait encore la tristesse du death row dans les mains. La fin du monde est une chose du passé. Malentendant, mal-aimé. Universel. Il traînait sur la plage, fasciné par le perroquet de Paloma.

  - Assois-toi. Tu es triste. On t’a fait mal. On ne t’aime pas comme il se doit, jeune homme. Et c’est comme ça, la vie. Il n’y a qu’une personne qui peut t’aimer comme il se doit, c’est toi. Les autres sont trop occupés à vouloir être aimé par toi. Tu comprends ? Tout le monde veut que tu les aimes, tu savais ça ? Tu m’écoutes petit ?

Kaïn avait le cul en sang. C’est dégueulasse mais c’est comme ça. Les hommes ne devraient pas avoir le cul en sang. L’amour devrait être plus simple que d’avaler une auto volée. Ou même louée. De voir un homme, un géant presque, fier, frigidaire, se tenir prêt des murs, marcher à l’ombre restera toujours difficile à prendre. Lorsque Paloma parlait à Saül, son perroquet la fermait et déjà, c’était une amélioration sur notre niveau de vie à tous. Kaïn, le ventre au compresseur, s’est approché. En boitant, comme un cul-de-jatte qui a quelque chose qui ne lui appartient pas dans le cul. Il s’est couché maladroitement dans le sable, à côté de Saül. Saül qui faisait des châteaux de sable sur ses pieds pour ne pas mourir et qui utilisait ses orteils pour les détruire. Qui faisait semblant de ne pas écouter, tout en honte. Kaïn s’est couché comme une auto sur le dos, dans les pays minés. Une auto rouillée par le feu qui y a pris. Une auto de guerre. Comme à Srebrenica. Comme à Bayrût, à Bagdad, à Groznyï. Une auto sur le dos qui sert de parapluie pour les snipers alley, une auto qui sert de rempart aux nouvelles révolutions, au terrorisme. De sa corpulence, il protégeait Paloma et l’albinos. Saül devait même se protéger du soleil. Un traître, le soleil. Ça allait mal dans les troupes. J’ai cherché dans ma valise de médicament et j’ai pris quelques cachets. N’importe quel. Rechute.

  - Et si quelque chose cloche, si tu as mal, change le monde petit. Tes jours n’ont pas à être ceux d’un condamné. Si tes cordes vocales sont pourries, j’en suis désolé. Mais c’est à toi à trouver par où parler. Tu sais dessiner ? Je ne sais pas. Et si ta peau est blanche, ce n’est pas la blancheur du Javel, mais celle de la page blanche où tout reste à écrire. Tu sais écrire ?

Signe de tête. Non.

  - Mais tu vois que tu sais parler, pourtant. Écrire, je t’apprendrai. Je vais rester un moment. J’ai des choses à guérir, moi aussi. On a tous quelque chose à guérir, sur cette plage.

Et là, j’ai commencé à avancer sur le sable. Mais les marelles ne mènent pas toutes au ciel, et j’hésitais. Le sable des plages s’infiltre dans les paupières et y laisse des perles, je me suis dit. Alors, j’ai encore pensé à fuir. Un moment. Rechute.

  - Comme lui, qui se croit plus blessé parce qu’il ne comprend pas d’où vient la fin du monde. Et qui veut partir. Quel con. Il veut partir.

Elle parlait de moi. Ça fait du bien, des fois, de ce faire traiter de con. C’est ça, l’amitié.

  - Lui, qui veut quitter la tendresse de la mer pour la rudesse du béton. Qui ne sait même pas comment mettre du gaz dans son moteur, de l’eau dans son cœur. Les autos ne roulent pas sur les amphétamines. Où veut-il aller ? Là où la terre arrête ? Là où vivent les monstres ? Mais c’est nous, les monstres. Nos yeux sont des huîtres, petit. Le sable des plages s’infiltre dans les paupières et y laisse des perles. Nos mains sont des baobabs. Les racines y poussent à l’envers. Les lotus poussent dans la vase, en Orient. Les nénuphars sont tellement beaux qu’ils prennent 7 ans à pousser alors que les moustiques ne vivent qu’une soirée d’été. On ne sait pas vivre. Et toi, tu es un lotus blanc. Les roses blanches sont divines, petit.

Elle parle comme un nuage qui cache le plomb du soleil. Elle, toute strappé, comme une camisole de force au mauvais endroit. Je me suis assis à côté. Même le perroquet écoutait. Anachronique. Pédant.

  - Les poissons, un jour, sont sortis de l’eau. Tu imagines ? Les océans recouvrent 70 % de la terre, mais c’était trop petit, un d’entre eux a voulu voir plus haut. Dans le fond de l’eau, il y a des continents. Mais il est sorti. Les poissons ne peuvent pas marcher. Ils ne peuvent pas respirer l’oxygène de l’air, ils ne peuvent que respirer l’eau. Lui, il n’en a fait qu’a sa tête. Il est sorti. On lui avait dit depuis des millions d’années qu’il était un poisson. Non. Je suis un reptile. Un reptile ? Connaît pas. Je sais, ça n’existe pas encore. Et il est sorti. Il a marché. Lui qui n’avait pas de jambes. Il a marché. On peut tous être Lazare. Mais pour ça, il faut que le messie, ça soit nous aussi. Il a marché, le petit poisson. Il a inventé le reptile. Et il a tellement eu d’enfants que c’est ton grand-père, ce poisson. Alors toi aussi tu peux. C’est dans tes gènes.

Un nuage a tamisé le soleil.

Et il est arrivé quelque chose. Un coup d’état. Une révolution planétaire. La fin d’une ère glaciaire, de la bouffe dans un frigidaire. Une main parfumée s’est glissée dans la mienne. Lavande. Comme un baume. Comme un rêve. Wendy, du haut de sa beauté interstellaire était à côté de moi. Elle était venue, silencieuse, marchant sur les cumulus de ses seins si beaux et s’était accroupie à côté de moi. Pour écouter la demoiselle qui parlait comme le vent. Pour écouter les mots qui décoiffent sans qu’on s’en rende compte. Wendy ne m’avait même pas regardé. C’était normal, tout ça. Elle regardait Paloma qui regardait avec envi les voiliers qui dansaient lascivement entre les cargos immenses qui ne bougeaient pas. Immortels. Les dieux malpropres des Océans. Les Océans ont tous une majuscule. Les cargos ont tous les hanchent rouillés.

  - Les poissons sont sortis de l’eau, qu’elle a repris, après que j’ai absorbé la collision atomique d’une main manucurée entre mes doigts secs. Elle avait fait une pause tellurique. Le premier, personne ne le croyait, mais il est sorti. Il est devenu un diplodocus. Je sais que tu me comprends. Tu sais ce que c’est, un diplodocus. Son ancêtre était une petite algue bleue, un petit détail et lui, il était tellement grand qu’il lui fallait deux cerveaux. Comme les hommes, un dans la tête, un dans la queue.

J’ai fermé les yeux. La main dans la mienne me traduisait tout. Je n’étais plus malentendant. Un peu de tendresse sans promesse. Soyons honnêtes, le paradis a la forme douce d’une main sans reproche.

  - Toi aussi, tu peux être un dinosaure herbivore. Tu peux être un oiseau. Tu ne sais pas parler, tu ne sais pas bronzer, tu vois comme les poissons, en noir et blanc, mais tu sais que tu sais voler. Et c’est ça qui est important.



Silence. Les vagues qui chuchotent elles aussi. Qui essayent de murmurer leur admiration. Les mouettes qui se regroupent et qui écoutent. Autour de nous. Les cargos qui rapetissent d’humilité. Les nuages qui s’immobilisent. Les voiles qui n’osent plus frétiller.

  - Moi, il y a deux semaines, j’étais un homme. Un pâtissier. Je faisais des pâtisseries comme seule ma grand-mère savait les faire. Mais j’aimais. J’aime encore, c’est sûr, mais mieux. Pas autant qu’elle, la superbe ménagère qui sait aimer comme les étoiles, mais j’aimais. Les hommes et les femmes. Et je savais que je n’étais pas un homme, mais une femme. On m’avait dit tu es un homme, j’ai dit non. Personne ne voulait me croire, personne n’était mieux placé que moi. Je suis une femme, malgré le deuxième cerveau que j’ai entre les jambes. Alors, j’ai fait tellement de gâteaux, que je suis allé de l’autre côté du miroir, de moi-même et je suis devenue moi. Une femme. Là, je suis une sirène, mais les bandages vont tomber comme la mue des serpents et j’aurai un sexe de femme. J’ai toujours eu un cœur de femme, des ongles de femme, des mollets de femme. J’ai du silicone dans la poitrine, j’ai maintenant des seins de femme. J’ai un sexe qui saura bientôt irriguer le désert et dérouiller les séquoias. Je suis une femme. Et toi, petit, tu es un oiseau. Et lui, il croit être une auto, mais il est un romantique. Et l’autre qui s’endort, il croit être une équation chimique… Et elle, elle croît être l’univers en expansion… Et moi, je suis une sirène. Les gens écoutent mon chant. Mais je cache d’autres rochers que ceux sur lesquels coulent les mauvaises idées.

Et je me suis endormi dans une main en forme de lit.

  - Tu vois ça, petit ?

Et les yeux de Saül sont devenus des arcs-en-ciel avec des trésors aux extrémités. Paloma avait sorti un cerf-volant de sous sa chaise pétrole raffinée. Comme on sort un lapin multicolore d’un chapeau blanc. Elle en avait des choses sous son chapeau de paille, la sirène. Un gros cerf-volant multicolore. Et le perroquet s’est mis à crier. Merci ! Merci ! Et Saül a rugi sur l’oiseau de papier et s’est envolé sur la plage en courant sans regarder en arrière. Tout le monde avait chaud au cœur, même moi qui dormais dans une main en forme de lit. Une main en forme d’Atlas au féminin. Qui porte mon monde. Avec des caresses douces dans les cheveux. Tellement féminine, la main.

  - Avant, je m’appelais Paul. Paul, quel nom ennuyeux. Quel nom stupide. Anonyme. Je ne suis pas anonyme. Peut-être que c’est pour ça que j’ai changé de sexe. Pour changer de nom. Parce qu’il n’y a rien de plus mortel, de plus suicidaire que d’être anonyme.

Elle avait dit ça aux vagues. Plus personne n’écoutait. Tout le monde regardait le spectacle de magie sur la plage, le cerf-volant. L’enfant redevenu enfant pour un instant. Même moi, qui dormait, je regardais le spectacle de magie sans essayer de trouver les trucs des magiciens.

Le perroquet voulait tellement voler, il se tortillait sur son perchoir, dans tous les sens avec vacarme.

Il avait une chaîne en or autour de la patte.

(A) On windy days, hold the kite in one hand and the winder in the other hand. With the wind at your back, release the kite into the air and let out line as it climbs.

Tame my brain

Hijra society open your legs castrate everybody don't fall fly high every body dies.

 


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