03/12/2003
art mécanik
hurle
Eden Motel
xia

 

 

EDEN’S MOTEL
NO TRESPASSING

Roman en construction,
Speed limit 50 m/h

Chapitre 4 / 9ème partie

La chambre 9.
    Miss Univers cherche Monsieur tout le monde

Une femme nue sous un tablier repasse des billets de banque sur une planche à repasser.

Wendy Windex : J’aimerais bien être Miss Univers. Je suis très belle, mais je suis seule. Et j’ai l’impression que ma solitude explose de plus en plus en beauté, en sensualité. Mes yeux mouillés font fondre les hommes et ils pleurent pour moi. Les nuits que je passe seule sous les étoiles sont des fruits pourris. Les rêves seuls sont des drosophiles de laboratoire. La solitude est un génocide sans accord implicite, tout meurt en moi ces nuits-là.

Parfois, je rêve. Je rêve que le monde entier partage mon lit. Les Bosniaques, les Irakiens, les Rwandais, les Tchétchènes, 1 000 000 000 d’Indiens, 1 300 000 000 de Chinois, les hommes, les femmes, les gais, les lesbiennes, les transsexuels, les she-males, les travestis, les jardiniers, les soldats, les trisomiques, les lépreux, les juges et les riches, les myopes et les autistes. Tout le monde. Sans sélection naturelle. Avec tendresse. Alors je deviens l’univers en expansion, j’éclate de bonheur. J’ai, suite à ces rêves, un orgasme cosmique, un choc tellurique qui fait fondre les ères glaciaires de mon lit vide. Mes draps deviennent des fleuves qui vont irriguer la mer de la Tranquillité. Mes doigts sont des quasars liquides, mon sexe a la beauté de la nébuleuse de l’hippocampe, et mes seins sont des planètes habitables qui portent la vie et que je caresse comme les nuages, comme l’atmosphère. Un homme ne me suffit pas. Mon manque d’amour est un trou noir où il fait froid. À chaque fois que j’embrasse quelqu’un de précis, je me rappelle les galaxies peuplés qui ne m’aiment pas et j’implose en un silence de supernova. Alors, j’engrange l’amour de cet homme pour les hivers nucléaires et je lui donne l’amour qui revient au monde entier. J’aime comme une planète habitée. Parfois, les hommes deviennent fous. Je suis désolé.

J’aime bien les étoiles. Je suis astrophysicienne. Je comprends la loi de l’attraction des masses, la string theory, le microcosme et le macrocosme. J’ai découvert la théorie de la solitude des masses, du trou noir affectif, de l’isolement, et du refroidissement des corps. Et je connais l’effet d’un string. Je les connais bien, les étoiles, mais elles sont loin, elles réchauffent peu. Elles sont seules dans la foule, à des années lumières de tout contact et ça me désespère. Alors je fais des ménages en appliquant ma version du string theory. Je passe la balayeuse en string, je lave les planchers nue sous mon tablier. Chaque fois que je fais le ménage, je me donne en entier. Je suis l’univers. J’époussette l’âme. J’offre la tendresse avec le détergeant. Je fais l’amour aux hommes et quand ils s‘endorment rassasiés, je fais le ménage du peu de leur vie que j’ai accès, leur chambre, leur portefeuille. Puis je me sauve. Je ne suis pas missionnaire. Je fais ça pour moi. Je manque d’amour, c’est le succédané le plus efficace que j’ai trouvé. Avant, je me prostituais. Mais ce n’était pas un don de soi, mais une vente, un achat. L’argent embrouillait tout. J’ai voulu faire les clients gratuitement, mais les autres filles m’ont expliqué calmement, tendrement que ce n’était pas bon pour leurs affaires et qu’elles avaient des enfants à nourrir, qu’elles comprenaient le manque d’amour comme un trou noir, mais qu’elles aimaient mieux que j’arrête. On s’entendait bien, elles et moi. Trop bien pour que je puisse continuer. Mais, il fait froid dans un trou noir. –273 degrés Celsius. Tellement froid que les électrons se collent sur l’atome. Alors la matière disparaît et ne reste que le froid. C’est comme ça en moi. Je ne suis pas un phantasme, ni une cause pointée du doigt par les féministes, ni une révolution. Je suis une femme trop intelligente pour satisfaire le manque que je ressens avec des pilules ou des téléromans. Je suis belle, mais seule et je ne sais pas me contenter d’un amour au goût de la comète de Halley. Jugez-moi, si vous voulez, vous aurez la stupidité de l’illusion. Les étoiles brillent au passé à des années lumières de moi.

Je n’ai qu’une vie.

Un motel, c’est facile. J’entre en contact avec les pensionnaires, je fais leur chambre. Et je suis belle. Le reste n’est que complicité, tendresse aveugle et échange de service. Les clients me traitent bien. Certains veulent me marier. C’est embêtant. Mais moi, je ne fais pas ça pour eux, je fais ça pour moi, alors je les laisse. Et je passe faire le lit de la chambre suivante. Il est dur de vivre d’amour et d’eau de Javel. Je crois que je suis belle comme d’autres sont obèses, par gourmandise. J’aimerais bien être Miss Univers pour être aimé unanimement. Je m’appelle Wendy Windex, je ne suis pas une poupée gonflable. Je souffre du manque d’amour universel, avec un peu plus de lucidité. Les clients avec qui je baise, je les choisis. À la différence que moi, je les choisis tous. Je m’appelle Wendy Windex. Je repasse les dollars et j’époussette les cœurs. J’ai la clé de toutes les chambres. Laquelle est la vôtre ?

 

 

 

xxx


 

 


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