10/12/2003
art mécanik
hurle
Eden Motel
xia

 

 

EDEN’S MOTEL
NO TRESPASSING

Roman en construction,
Speed limit 50 m/h

Chapitre 5 : Heart shaped beds.

Le Calendrier Snap-on de la réception.
    Pet of the year play-off.

Derrière le comptoir de la réception, il y a sept pots Masson dans lesquels marinent 7 serpents. À côté des pots Kundalini, sur le mur ensoleillé, se tient une série de femmes toutes moins vêtue les unes que les autres. Ce sont les fières représentantes des mois de l’année. Une par mois. Elles portent à elles seules le poids des jours. Même celle du mois de février à l’air heureuse, malgré le taux de suicide. Elle a des petits (très petits) bonnets de lutins sur les seins. C’est vrai qu’elle donne des raisons à la vie avec ses courbes Photoshop. Elle a le teint d’un vendeur d’auto usagée, bronzé même en hiver. Le soleil a terni tous ses beaux pigments d’un regard délavé, bleu, unifié par la décoloration. Mais elle garde le sourire, avec l’orgueil d’avoir un boulot difficile, mais surtout essentiel : celui de porter le temps qui passe. Une belle par mois. Chacune avec son lot de jours. Comme une boîte de pilules pour vieux. Ces pilules épidermiques sont sensuelles et leur efficacité est supérieure à l’ordre des pharmaciens, c’est prouvé scientifiquement. Chacun de ces remèdes centerfold a sa pleine lune, sa série de jours fériés, ces dimanches matin pour baiser. Tout ça, encadré d’un sourire trois X. Celle du mois de mai succède tranquillement à celle du mois d’avril. Cette nouvelle est sur les ailes d’un avion de la dernière guerre, avec comme seule tenue de combat, un casque d’aviateur et des lunettes devant des yeux pudiques. Rien d’autre. Une paire de sein à faire oublier le napalm et le défoliant. Une paire de jambe à convertir les dogmes politiques, à assouplir les idéologies. Et un sexe humide à y engouffrer les heures creuses, les heures où le mal de vivre se débat. Vive le temps. Et vive les calendriers osés.

Les jours tombent comme des vêtements excités sur le plancher.

Paloma a le regard perdu dans les cargos. Ses bandages s’enlèvent peu à peu comme une jupe qui se lève au ralenti. Elle suit des yeux les voiles blanches des voiliers qui sirotent entre les pétroliers figés. La liberté du vent les pousse, ils sont beaux à voir. Ils tanguent et font de chaque vague un chef d’œuvre. Chaque bourrasque est un concerto privé. Paloma rêve de tisser un Spinnaker de ses bandages. On voit très bien que l’immobilité pèse. La transsexuelle se sent devenir cargo alors qu’elle est si belle qu’elle est faite pour des voiles ou des ailes. Alors les martinis coulent. Ils ont des petites vagues, mais personne ne peut y surfer. Les pépins d’olives ne font pas de bond comme les galets lorsqu’elle les crache cavalièrement jusqu’à l’écume de la mer. Courageuse, la sirène clouée. Elle attend sur une chaise longue, sur une chaise roulante aux allures de chaise électrique. Mais elle sait qu’un jour, elle embarquera et que ses rides se creuseront par le sel, le vent et le soleil. Les rides des marins sont des rides de jeunesses.

Saül est rouge parce que le soleil a une maille à son bas de dentelle et que les rayons qui s’y échappent ne font plus que la photosynthèse, ils font aussi le cancer. Et les insolations. Le voir si rouge alarme un peu mais personne ne dit rien. C’est qu’il rajeunit lui aussi. Il est retenu sur terre par un petit fil au bout duquel un cerf-volant mirobolant danse tellement loin qu’il faut des yeux d’enfants pour le voir. Saül vieillit à l’envers lorsque le cerf-volant vole. Et on se demande qui tient qui, le cerf-volant dans le ciel ou le groom sur la plage. Ses orteils sont colées de sable salé. C’est fou comment un détail de papier au bout d’un lacet allongé peut prolonger la vie. C’est fou. Ce sont les détails qui font fleurir les existences. Le groom albinos réapprend lentement l’enfance.

Lorsqu’il n’est pas à 500 mètres, multicolore, Saül joue avec le perroquet. Il a un nom, maintenant, c’est le petit qui lui a donné. Il s’appelle Souvlaki. Le groom est venu avec un menu et il a pointé. Depuis, les deux rient. Souvlaki envoie des insultes à tout le monde, mais les plus profondes, il les murmures. C’est pour les vieux. Quand ils apparaissent, surtout lui, le soluté bleu fluo Pfitzner, Saül panique. Et le perroquet devient méchant. Il se pend par les serres, la tête à l’envers, tortillé. Et il insulte dans sa barbe gribouillée. Mais on sait quand ils arrivent, les vieux, à cause du vent. L’odeur. Alors, on monte aux barricades et le petit Gavroche se cache. On tient pour lui son cerf-volant.

Kaïn ne va pas très bien. J’ai essayé de lui parler. Il décortiquait le radiateur avec son chalumeau. Je lui ai parlé de se mettre au régime en quelque sorte, de refuser le ressac, de vomir dans le fond de la chaloupe, d’aller pécher ensemble, mais rien y fait.

  - Lorsqu’elle était vivante, je l’aimais pas assez. Maintenant qu’elle est morte, je l’aime le plus que je peux. Je l’ai tué, tu sais. Je l’ai tué.
  - On a tous tué quelqu’un, je lui réponds.
  - Sauf elle. Sauf elle.
  - Elle est en train de te tuer…
  - Je te remercie. J’ai rien fais de vrai dans ma vie, je veux faire ça.

Et ça, ça me cloue. Ça me crucifie. Je ne sais pas quoi dire. Le droit sacré des peuples a disposer d’eux même. Et peut-être un sentiment d’identification à la Hollywood. Alors, j’essaye de l’aider et je me beurre les mains d’huile à moteur.

Wendy écrit un truc sur l’antimatière. Incroyable. Et elle embellit. Encore plus incroyable. Elle n’est pas revenue dans ma chambre. C’est comme ça. Lorsqu’il y a des nouveaux clients, elle est joyeuse. Sinon, elle est mélancolique. Dans les deux cas, sa peau parfume nos rêves à tous. Kaïn, moi, Saül, Paloma, même. Et il y a toujours ce nouveau client dans le hamac de la 7, un thermos fumant à ses côtés. Mais il ne reste jamais la nuit, et Wendy ne travaille vraiment bien que la nuit. Quand on se regarde, elle et moi, j’ai toujours l’impression d’être quelqu’un de spécial. D’être unique. Et ça, c’est mieux que tout. Elle reviendra peut-être un jour.

En attendant, je manque d’amour.

En attendant, j’essaye d’aider. Je tiens les cerfs-volants, je sers les martinis, j’allume les chalumeaux, je relis les thèses et les antithèses. J’essaye de vivre par procuration. Somnifères, antidépresseurs, amphétamines, XTC, MDMA, Somnonal, Prozac, Zolof, Paxil, même les vitamines Flintstones. Hashish aussi. Trop. Rhum, mescal, tequila, Corona, grappa, n’importe quoi. De beaux cocktails. Mais en dedans, je me sens mieux. Mes valises pleines de médicaments se vident de médicaments. Alors, je les remplis de coquillages. C’est beau les coquillages. Je me drogue seul et je ramasse les coquillages. Je fais aussi des châteaux. Je deviens gaga. Vive les vacances.

 


motelmurders

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