17/12/2003
art mécanik
hurle
Eden Motel
xia

 

 

EDEN’S MOTEL
NO TRESPASSING

Roman en construction,
Speed limit 50 m/h

Chapitre 5 / 2ème partie.

La chambre 999
    No more dead seagulls in my swimming pool.

Le silence dans ma bouche détone comme une bombe. Tic-tac tic-tac. Avant c’était pire. Il pourrissait. Mais maintenant je m’entoure des mouettes, de leurs jacassements, de sons qui sont des fleurs sur la pierre tombale de ma langue. Encore souvent les mouettes s’affolent et s’arrachent la tête sur les fenêtres des chambres du motel. Alors moi j’ai ouvert les miennes mes connes de fenêtres. Parce que chaque fois qu’une s’écroule le coup cassé j’ai l’impression que c’est moi qui me suis fait avoir.

L’autre jour le silence pesait plus que l’injustice, plus que les claques et les coups de la réception tellement que j’allais avaler ma langue. L’autre jour je sentais le pipi de vieux. Mes poumons s‘époumonaient à en perdre les plumes et les mots que je disais pas couraient comme des poulets sans têtes. L’autre jour la tapisserie muette des chambres s’enroulait autour de ma gorge et bouchait ma peau sans pigment. Alors les mouettes se sont arrêtées quelques secondes de déconner dans le vent, insouciantes. Elle se sont posées sur le cadre de ma fenêtre. Peu à peu une à une elles sont entrées. Par là où elles se cassaient de cou de génération en génération. Sans se préoccuper de l’odeur. Ça prend du courage pour entrer chez les gens par la fenêtre. Surtout pour un oiseau. Pas juste une. Pas deux. Tous. Avec des poissons dans la bouche ou non. Avec de la vase sur les palmes ou non. Elles sont entrées elle se sont blotties dans mon lit double trop grand pour moi, moi qui disparaissais de l’intérieur. L’espace est silencieux lui aussi. Comme mon lit. C’est Wendy qui me l’a dit. Elle est jolie avec ses rêves d’étoiles. Des centaines de mouettes sur mes draps qui se rapprochent peu à peu de mes larmes étouffées. Elles se sont collées de leurs plumes waterproof tear proof. Elles m’ont donné un peu d’affection. Dans leurs yeux je suis parti au-dessus des 7 océans au-dessus des cargos immobiles et des voiliers. Elles ont mis leurs corps waterproof devant les balles que je me tirais. Elles m’ont donné de l’amour bulletproof. Elles ont mouillé la poudre de mes canons avec silencieux d’un peu d’eau salée, de coup de bec doux. Elles m’ont mis sous leurs ailes. Je me suis senti aimé.

Alors chez moi c’est chez eux. La chambre 999 va avoir 999 locataires. Elles vont faire leur nid de mon lit trop grand King size, moi qui suis un enfant qui ne peux entrer dans les manèges ambulants parce que ma tête se trouve encore dessous la ligne dessinée à la craie rouge sur le poteau. Mais ma grande roue à moi c’est leurs yeux, leurs vols. Avec elles je vais faire le tour de la mer. Et quand l’une d’elles meurt j’ai peur et je pleure. Et quand l’un d’entre moi meurt elles ont peur et elles pleurent.

Je mangerai plus de poulet. Je mangerai du poisson et de la chance. Et quand je me réveillerai le matin avant que le soleil aille travailler, des centaines d’yeux s’ouvriront avec moi et je partirai voler dans le ciel daltonien. Et quand j’aurai le cœur percé elles le colleront avec des plumes blanches de sang. L’eau glisse sur les plumes des oiseaux. C’est ma famille à moi.

 


motelmurders

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