18/02/2004
art mécanik
hurle
Eden Motel
xia

 

 

EDEN’S MOTEL
NO TRESPASSING

Roman en construction,
Speed limit 50 m/h

Chapitre 5 / 8ème partie.

Heart shaped nest
    Le cœur est un organe sanglant.

Elle ouvre la porte. Lucky Strike et Jack Daniels. Le Jack Daniels est un alcool de motard et d’adolescent. De la pisse de pieuvre avec une bonne campagne de publicité. Elle entre dans le silence inconscient. Elle est blanche comme sa robe de mariée, off-white, déchirée. Elle voit son homme, son fardeau, couché dans des draps noyés d’eau, de shampoing, de sang dilué et d’urine. La pisse de la peur. La main qui s’égoutte comme un égout par un doigt amputé. La peur est contagieuse.

La chambre est trop petite pour recueillir le dégoût qu’elle a de cet homme. Il est là, crucifié sur un lit d’eau. Le raz-de-marée a arraché les fondations de leur mariage. Et c’est bien. Elle se déshabille. Son corps doux, barely legal, sacrifié sur l’autel de l’égoïsme. Un jour, elle espère, son corps appendra l’amour. Un jour, elle aura un orgasme. Le calibre 33 en dessous de l’oreiller comme un doigt de métal qui pointe la mer. Elle le prend. Vise le bull’s-eye. Le doigt qui caresse l’idée. Mais non. Mieux. Elle met son linge à lui. Ses jeans sales, sa camisole usée. Elle enfile le fusil dans la ceinture de cuir. Ensuite, lentement, elle prend le reste de ses vêtements de mâle dominant, de pisseur de territoire, d’enculeur de nuit de noces, elle met le tout dans une des valises et ne laisse que la robe poisseuse. Les miroirs sont sales.

Elle sort avec la valise, avance dans le sable, se plante les pieds dans les vagues éclairées par le réverbère, remonte les jeans trop grands, avance dans l’eau de vaisselle des vagues et lance la valise vers les pétroliers. La valise s’ouvre dans un geste libérateur et le linge s’envole comme des mouettes analphabètes. Les vagues récupèrent tout, la valise coule, le linge se tord dans les remous, plus rien ne reste. Que le souvenir d’un homme nu qui perd son sang d’un doigt accusateur. Qu’une paire de caleçon blanc qui coule vers les algues, dans le noir, comme un drapeau blanc naufragé. Il n’y aura pas de cesser le feu entre eux. Le mariage est terminé avant la fin du voyage de noce. Adieu. Tu perds beaucoup plus que ton sang.

Elle revient vers le lit d’eau. Vers l’envi de castrer. L’odeur de la peur est forte. Elle prend les valises pleines de dollars et ne laisse qu’un billet de cent, roulé sur le miroir en cœur. US dollar. Et elle sort en allumant la télé. La valse des sexes cathodiques brise le silence inconscient et les gémissements de plaisir télécommandé couvrent le bruit des gouttes de sang qui tombent sur le plancher. Le métal froid de l’arme la rassure un peu. La peur est contagieuse. Le vide. Elle ne sait pas où aller.

À l’extrémité du motel il y a une chambre avec des fenêtres sans moustiquaire. Elle y entre. Pleins de mouettes cessent de chanter les forfaits soleils et la regardent. La chambre est remplie de plumes, de brindilles, de mouettes aux pattes palmées, aux cris de palmiers. Une chambre abandonnée, se dit-elle. Comme elle. Un lit recouvert de duvet. Un lit comme un immense nid. Elle s’y couche sous le regard invitant des goélands. En boulle. Elle ferme les yeux. Et inonde le lit de sa marée retenue. Avec hoquet. Crampes. Tremblement. Raz-de-marée. Elle s’endort en rond dans le lit tendre d’un préadolescent, un oreiller comme amant. Sous l’oreiller, sa main reste prise, captive du fusil noir.

Elle dort des rêves de jeune fille.

 


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