24/03/2004
art mécanik
hurle
Eden Motel
xia

 

 

EDEN’S MOTEL
NO TRESPASSING

Roman en construction,
Speed limit 50 m/h

Chapitre 5 / 11ème partie.

Jellyfishes
    Sun burn, heart burn.

La peau de Wendy a la beauté des méduses. Sensuelle, ondulante, brûlante au 3e degré.

Après son travail de Croix-Rouge sur le carnage matrimonial du pitbull, elle est revenue dans ma chambre. Comme une oasis. Comme rien. Elle n'aurait jamais fait le client de la 666. Tout le monde avait entendu le départ skit-burn et les injures, et la détresse sans nom qu'on appelle par le nom d'une femme. Mais c'est elle qui a fait le ménage. C'est elle qui a nettoyé la fosse commune. C'est elle, avec son aspirateur Dirt Devil, qui redonne l'anonymat aux chambres malgré les crimes de guerres. Dirt Devil. From dust to dust. Maid, please do this room as soon as possible. Le sang tache.

Alors elle est venu me voir. Timide, elle a cogné et elle est entrée, dans le noir du réverbère. Elle a la clef, mais elle ne l'a pas utilisée. De toutes façon, je ne barre plus ma porte depuis longtemps.

  - Je peux entrer ? J'ai mal au coeur, les étoiles sont avalées par la brume et j'ai froid. J'ai trouvé un anneau de Sature qui me scie en deux.

Elle s'est déshabillée au 3e degré. Et j'ai fondu. Je suis un iceberg chaud dans ses bras. On s'est donné de l'oubli, de la tendresse, du désir humide. Un peu d'amour. Parce que la baise, ce n'est pas le réconfort, c'est l'illusion. Mais la bouche sur les yeux avec un regard qui sait parler, ça réchauffe l'antimatière. Pour se laver le coeur des mains tachés, du sang et des larmes sans goût. On s'est fait du bien. Comme une oasis. Comme rien. Je me suis perdu en elle, j'ai bu la vie de son sexe, nous avons joui nos problèmes et notre manque d'amour, elle a avalé ma solitude. Les courbes de sa peau, l'odeur de lavande de ses orgasmes, la salive sur mes angoisses, le plaisir de ses mamelons, la plaque tectonique de ses fesses, l'ampleur de mes fantasmes. Chaque pore a été pénétré, chaque courbe a été sucée, chaque mot a été susurré. L'eau salée désinfecte.

Nous nous sommes collés époxy. Nos dépouilles endormies étaient échouées sur mon lit, naufragées en manque d'amour sur un radeau en matelas capitonné. Le plafond n'existait plus. Les étoiles.

Au large, portées par la marée, des milliers de méduses invertébrées, multicolores et de toutes beautés, ont tranquillement encerclé les pétroliers immobiles. Elles ont caressé le métal dur des bateaux géants de leurs tentacules érotiques et dansants en remontant les vagues comme des bulles de chaire de femme. Leur ballet a fait frémir l'acier des cargos rouillés. Le métal est conducteur. Sous l'eau, les immenses hélices inoxydables ont résisté malgré tout à l'envi sexy de valser avec la multitude des ballerines marines si belles au 3e degré. Partout, les petites aurores boréales aquatiques et érotiques. En silence. Tranquillement. Des milliers. Partout. Des millions. Autour des cargos, dans les hélices, près des hublots, dans le souffle silencieux de la marée. Puis, sensuellement, vers la plage. Vers notre manque d'amour, à nous, les habitants mal adaptés d'un motel bon marché.

Moi, je rêvais. Je rêvais d'amour, de tendresse dans la marina épidermique des bras de Miss Univers. Mon manque d'amour, mon manque de caresse était aussi lourd que la flotte de cargos encerclée par les méduses brûlantes et de toutes beautés. J'étais moi-même encerclé par une méduse sublime. Mes rêves de pieuvres m'asphyxiaient le cerveau à l'encre noire et ma carence affective me rouillait comme le métal des épaves. Des bras impossibles. Le ventre de la plus belle méduse. Ma solitude au 3e degré. Tout ça laissait des souvenirs d'incendies. Des cloques. L'amour de nos jours a la confusion des fins du monde.

On ne devrait pas rester seul.

Les femmes sont belles. Voilà une bonne raison de rester en vie. Même si l'amour brûle. Même si les caresses ont la confusion des cataclysmes. Les nuits seules ont la noirceur de l'encre des pieuvres géantes. Les rêves de pieuvres sucent le cerveau et nous laisse naufragés, le matin, dans un lit désert, une île déserte, vidé comme un poisson blanc, mort, gonflé par l'eau salée. Odorant. Comme un requin sans tripe avec uniquement une double rangée de dents pour mordre. Les nuits seules donnent l'envie de mordre et nous laisse la blancheur des cadavres gonflés par l'eau des larmes refoulées.

Je suis un grand brûlé.

Comment aimer à l'heure avancée des agences de rencontres, des amours mis en boîtes vocales et des numéros sexy ? Comment s'y retrouver au milieu des danses contacts et des caresses de poteaux ?

Les rêves de pieuvres asphyxient. Sa peau a l'attrait des ressacs. Je coule en elle, sans air, avec l'ivresse des profondeurs.

  - J'ai envie de rester en ton ventre. D'y mourir. Le manque d'air rassure. Pour ressortir de tes bras, les paliers de décompressions sont de plus en plus long. Je coule, Wendy.
  - La vie est grande, mon amour d'une nuit. Et ta chambre n'est qu'une des chambres du motel. Notre motel n'est qu'une étape sur la côte de l'océan. L'océan recouvre 70 % de la terre qui n'est qu'une des 9 planètes du système solaire. Le soleil n'est même pas une grosse étoile. Il refroidit. Un jour, il mourra. Comme nos étreintes, comme ton amour naissant. Et le soleil n'est qu'une bulle de chaleur dans l'immensité froide d'un remous qu'est la galaxie. La galaxie est un petit remous dans l'immense courrant du temps qu'on appelle le Big Bang. Un remous. Un petit tourbillon dans le courant du temps. Toi et moi, on n'est que des molécules égarées. Rien de plus. Et la douleur ne nous rend pas plus important que le reste des monstres du temps.

J'ai besoin d'être aimé par le temps et l'univers en entier.

il n'y a qu'une sirène et c'est toi
ton lit est un rocher
où je me noie

 


motelmurders

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