14/04/2004
art mécanik
hurle
Eden Motel
xia

 

 

EDEN’S MOTEL
NO TRESPASSING

Roman en construction,
Speed limit 50 m/h

Chapitre 6 : Cargo kiss

 
HIGH TIDES
 
AM 8H 51
  PM 8H 57  

Les deux running shoes
    En 1999, Michael Eisner, P.D.G. de Disney, gagnait 9793 dollars US l’heure. Pour la même heure, ses employés haïtiens gagnaient 28 cent.
When you wish upon a star.

Avoir la peau brûlée des deux côtés et se réveiller nu, échoué dans des draps propres, dans le lit parfumé d’une étrangère qui vient de nous sauver la vie, ça donne l’envie de changer comme on change le monde.

J’ai passé ma vie entre la révolte et l’envie d’être heureux.

La révolte. Ne plus être capable de regarder le monde dans les yeux sans sentir la vague venir. Avoir les poings fermés pour cause de décès, avoir le dos courbé de rage devant ce qui n’est jamais dit. Avoir la lucidité du suicide. Avoir envie de faire la cuisine à quelqu’un, crier la nuit dans son sommeil, pleurer du béton, se durcir comme la politique, ne plus rien croire, ne faire confiance à personne, même pas en ses sens, même pas en ses causes, même pas en son sentiment d’injustice.

La révolte. Comme un fruit tendre. Qui risque de pourrir. Les fruits ont des gènes d’insectes, mais le tiers du monde crève encore de faim et les enfants doivent manger des sauterelles avant d’aller travailler. Les molécules sont modifiées, mais rien ne change. Les enfants meurent encore sur les côtes sèches de la malnutrition, pendant que les semences du riz modifié sont propriétés des compagnies chimiques et privées. Les femmes perdent les morceaux de leur humanité dans les mers du silicone, et leur image est elle aussi génétiquement modifiée, mutant de mode et de magazine lustrés. Les fillettes ont les décolletés des stars pornos, des menstruations à 6 ans et l’envie insatiable de vomir chaque repas. Elles n’entendent pas les ventres creux à l’autre extrémité de la chaîne alimentaire. Le mensonge, la perte de sens, la mort maquillée, le vide qui engouffre tout, 0 kelvin, la confusion et la solitude exponentielle. Les ménagères de banlieue ont la tête dans le four. Elles attendent les effets du gaz sur la solitude et la perte de sens. Elles attendent les gaz à effet de serre pour être serré dans des bras chauds. Absent. Alors, la tête dans le four. La tristesse est épidémique. Et les médicaments sont propriétés des mêmes compagnies chimiques et privées.

La révolte. Comme un trou noir. Une étoile au bout de son souffle. Passer sa vie à espérer un jour réussir à les voir, les étoiles, derrière le voile lourd des smogs. Espérer savoir les discerner des satellites. Faire le tournant de l’individualisme ostracisant, se battre pour rester humain quand nos femmes et nos aliments sont modifiés, quand l’air est lourd de plomb et que les anges ont du plomb dans l’aile, vouloir croire en dieu, vouloir croire qu’il est quelque part là-bas, dans les étoiles pour pouvoir les regarder et lui en vouloir à mort.

Savoir que certain avale les petites économies comme d’autres, des pilules et ne pas pouvoir avaler. Voir les pays se faire digérer en toute démocratie et vomir à l’idée qu’il y a définitivement pleins de gens et de dirigeants qui envahissent notre cul parce qu’on se penche. Avoir de a peine de mort à se redresser après qu’ils aient fait leurs sales besogne par en arrière, avoir honte de marcher la tête haute et se demander qui parle lorsqu’on ouvre la bouche.

Espérer être encore un homme demain, non pas un produit pharmaceutique. Souhaiter ne pas être rappelé pour défaut de fabrication, classifié comme une auto. Savoir que nos gènes seront bientôt des délateurs incorporés. Voir son meilleur ami se pendre et se manquer. Se suicider à coup de télé, de drogues douces, de rêves usagés, espérer voir enfin quelqu’un dans son miroir, ne plus se reconnaître dans la crème à raser. Espérer encore être un homme à la fin de la journée.

Passer sa vie entre la révolte et l’envie d’être heureux, se réveiller vide, épuisé, sur le bord des larmes, et ouvrir les yeux dans ceux d’une femme.
Comme une réponse.
Quand la révolte brûle, qu’elle décapite.
Voir de sa tête de décapité, une femme s’occuper de nous.
Avoir la peau qui fend, brûlée par les mille et une cigarettes des chambres de torture ou brûlée par les caresses sans promesses des jellyfishes incontestablement jolis, et voir une femme nous regarder sans rien demander.
Voir une femme nous regarder au levé de la journée donne envie de choisir entre la révolution et l’envie d’être heureux.
Je veux faire la révolution du bonheur.
Malgré ma peau qui crie lorsque l’air la fend.

Je sens la brûlure de mon visage se fendre. Je suis en train de sourire à une jolie demoiselle qui me regarde. Je la reconnais. C’est la demoiselle qui fait le ménage. J’ai toujours été trop en colère pour lui demander son nom. Pour la regarder. La douleur me donne le vertige. Je perds la carte. En toute chaleur. Et je retourne osciller entre la vie et la mort. Entre la révolution et l’envie d’être heureux.

Je veux faire la révolution du bonheur. Mais je ne sais pas comment.

A/C
PHOQUE DE 6 T’AIME

 


motelmurders

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