26/05/2004
art mécanik
hurle
Eden Motel
xia

 

 

EDEN’S MOTEL
NO TRESPASSING

Roman en construction,
Speed limit 50 m/h

Chapitre 6 / 7ème partie.

L’enveloppe
    Please come back and stay with us again soon.

J’ai été sauvé par quelqu’un d’autre. On ne peut pas toujours vivre seul. Elle m’a sorti de l’eau, m’a amené à sa chambre parfumée Dirt Devil, Lysol et mains Palmolive. Elle m’a sortie de l’haleine de la marée comme j’ai sorti, il y a quelque temps, le petit albinos qui sentait l’urine et le vomi bon marché. Elle m’a sorti comme un enfant. Je n’avais pas été enfant depuis tellement longtemps. Ça m’a fendu. Elle m’a couché dans des draps propres comme j’avais couché le gamin sans lendemain. En silence, elle m’a sauvé la vie. Moi qui change de nom toutes les nuits. Merci.

Le soleil va bientôt aller se coucher. Et moi, je dois aller travailler. Même si j’ai la peau des grands brûlés, ils ne peuvent pas attendre. Alors je me lève. Je pense aux tortures cigarettes, je ne parlerai pas. Ma peau reste sur le drap comme une empreinte digitale, comme la preuve de mon crime perpétuel, et je pleure par mes gales des larmes de pus jaune. Je sers les dents. L’eau de la mer me désinfectera. Je n’ai presque plus de poils sur le corps. Mes articulations ont l’enflure des machines gouvernementales. Et elle n’est plus là.

Une enveloppe sur le comptoir pour le pourboire. Wendy. Écrit en grosses lettres de jeune écolière. Elle s’appelle Wendy.

Dans sa chambre, il y a plein de truc qu’il n’a pas dans la mienne. Sans m’en rendre compte, je me mets à fouiller. J’ouvre un tiroir, le premier, et je meurs. Des petites culottes, des soutiens-gorge, avec l’odeur à rendre fou un pingouin. Je ferme le tiroir avant de couler dans ses culottes sexy.

J’en ouvre un autre. Une bible. Gideon’s bible. Je le referme. Je fouille des yeux. Je déshabille sa chambre.

Sur le comptoir, des crayons avec écrit dessus Eden’s Motel. Des petits carnets de notes. Eden’s Motel. Fouiller illégalement dans la chambre d’une demoiselle à peine entrevue, avec les détails si féminins, et l’odeur qui traîne partout, ça laisse des traces au cœur, des traces de 18 roues. Ça piétine les révolutions d’un coup de parfum à la rose. Ça ouvre le cœur.

Je prends un des crayons du motel et j’écris sur le carnet du motel un mot à la ménagère du motel.

« Merci Mademoiselle Wendy. Je dois partir. Je ne sais plus ce que je dois, je suis un peu déboussolé, mais je vous dois quelque chose. Et je vous remercie. Merci. »

Et je glisse cette prison, ce délit de fuite dans l’enveloppe rose.

Et je sors, la peau écorchée vif, les narines parfumées de son odeur, déconcentré de la douleur. Un peu somnambule, je vais signer le registre poussiéreux de la réception. Les 7 pots de marinades avec les serpents sont sur la télé allumée, sans son. J’écris un nouveau nom. Une nouvelle nationalité. Chambre 7. Les vêtements usagés que j’enfile dans ma chambre colle sur le pus de mes plaies mais personne ne se plaindra. Nu pied, sans mes souliers, habillé usagé, avec un nouveau nom, je retourne dans les vagues travailler. Et la douleur. Partout la douleur, à chaque brasse. Mais aussi le souvenir. L’odeur est le sens de la mémoire.

Pourtant les choses sont différentes. Je me suis enchaîné à une lettre. J’ai refermé la porte d’une prison sur moi, volontairement. J’habite une enveloppe rose. C’est moi, je m’en rends compte qui à été glissé dans cette trappe de papier. Comme une bouteille à la mer. Comme un con. Et comme les vagues se cassent sur ma gueule, comme le sel et l’iode dissolvaient ma peau, l’envie de pleurer m’éclabousse aussi. J’ai des lits d’eau à pleurer aussi grand que l’océan. Dur constat pour un dur sans peau. Mais je me retiens et je continue à nager vers les pétroliers.

Je franchis la 7e vague et je vais changer le monde, les yeux pleins de sels, en silence.

Heated swimming pool

 


motelmurders

-->
Texte suivant
-->

<--
Debut du roman
<--