02/06/2004
art mécanik
hurle
Eden Motel
xia

 

 

EDEN’S MOTEL
NO TRESPASSING

Roman en construction,
Speed limit 50 m/h

Chapitre 6 / 8ème partie.

Les étoiles
    THE GREATEST SHOW ON THIS SIDE OF HER SKIRT !

Le soir venu, on a élevé des barricades à la brume. On a fait un feu sur la plage, Paloma Martini dirigeant la résistance, Kaïn orgueilleux et moi faisant le travail. Et là, sur notre feu S.O.S., Paloma a fait de la truite. Et des patates au romarin. Elle avait l’air heureuse, Paloma. Givrée, mais heureuse. Ces yeux avaient le reflet de ceux de la truite.

Kaïn a mangé. Rien de métallique. Même pas l’aluminium des patates. Que le poisson, le citron, les patates et le beurre. En silence. Les yeux fixes. Forte, la Paloma. Il n’a pas mangé de laitue, il ne faudrait pas être prétentieux. Il ne me regardait pas vraiment, sans appuyer sur le fait qu’il ne me regardait pas vraiment. Le feu est comme les étoiles qui disparaissent à mesure que les télés grossissent. Il hypnotise. On était tous les trois à le regarder, à regarder en nous au poste cathodique de nos pensés. Wendy et Saül avaient été bouffés par le smog humide. Saül s’était endormi au coin d’une table du restaurant. Une fois réveillé, il était retourné à sa chambre en se frappant dans les fenêtres. Wendy avait disparu. Je l’avais croisé dans l’après-midi léthargique. Elle m’a souri sans souvenir. Et elle a continué.

À un moment, le menton plein de citron, Kaïn a ôté sa casquette et m’a dit quelque chose d’incompréhensible. Comme s’il n’avait pas parlé depuis des années, comme si sa langue était grosse, il a marmonné quelque chose. Et j’ai accepté. Ça devait être semblable à des excuses où des remerciements, je m’en fous, je ne lui ai pas fait répéter, je ne lui ai pas dit de se taire. Puis on a appelé mescalito à trois, Paloma, Kaïn et moi. On a volé sur le dos de mescalito, sous les étoiles qui tournent. Paloma nous parlait d’hommes, Kaïn avait le sourire un peu trop large. Moi, j’avais besoin d’eux.

Puis, sous les étoiles, Paloma a fait un truc de magie. Elle était couchée sur sa chaise longue pétrole raffiné, elle nous a ordonné de la regarder, et tambours, comme la magicienne qu’elle est, d’un geste sec et théâtral, elle a ôté la serviette de plage de sur ses jambes, et vlan ! Elles étaient là, ses jambes ! Sans bandelettes. Sans rien. La sirène avait terminé sa métamorphose de papillon, elle était femme, jambes compris. Femme. Belles jambes. Un peu baraqué, le mollet un peu costaud, mais épilées, huilées… Abracadabra ! THE GREATEST SHOW ON THIS SIDE OF HER SKIRT ! Ses jambes, elles remontaient sinusoïdalement vers sa jupe, courte sa jupe, vers le coup d’état qui y était (à peine) caché. Bravo Paloma. Hasta siempre comandante. Hasta la revolución siempre. Paloma est la personne la plus révolutionnaire que j’ai rencontré. Et là où sa révolution surclasse les luttes de classes et les guerres, c’est qu’elle, sa révolution, elle marche. Et elle ne demande rien à personne.

Elle s’est levée avec des allures de flamants roses, et elle nous a fait une parade de mode. Hésitante, tendre de maladresse. Applaudissements. Sifflets lubriques, rires… Même le feu applaudissait. On a fêté la victoire de la femme sur les lois de la nature. Que les femmes dirigent le monde. Elles l’ont sauvée tant de fois.

Il y a tellement d’étoiles dans le ciel. Et on est tellement de con ici bas. On s’est couché dans le sable qui est aussi peuplé que le ciel. On s’est couché dans le silence qui est seul, lui, et on a essayé de le peupler. La brume était partie peu à peu. N’en restait que dans nos yeux.

 


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