14/07/2004
art mécanik
hurle
Eden Motel
xia

 

 

EDEN’S MOTEL
NO TRESPASSING

Roman en construction,
Speed limit 50 m/h

Chapitre 6 / 14ème partie.

Les poissons rouges en bocaux
    La théorie de l’évolution

Les mouettes sont des animaux marins, des hippocampes déguisés en éclaireurs amphibiens. Elles survolent l’océan, douaniers des flots et surveillent les poissons pour qu’ils restent dans l’eau. Les barrières de coraux et les plages sont les douanes camouflées. Pour que poissons ne sortent plus de l’eau, pour qu’ils ne suffoquent plus sur le sable, pour qu’ils n’apprennent plus à marcher.

Pour que personne ne reparte les lois de l’évolution. Pour qu’il n’y ait pas une nouvelle race d’hommes.

La nature apprend de ses erreurs.

Mais la plupart des plages sont désertes, les mouettes sont en ville, elles prennent les piscines de banlieue pour des océans en boîte. La corruption. Elles prennent les dépotoirs pour des paradis et font de la concurrence aux pays sous-développés et aux enfants des bidonvilles noyés dans les vidanges. Il y a des lois contre les monopoles. Et même si elles ont été éradiquées de la déontologie des Grosses Compagnies, la pauvreté reste une affaire démocratique.

Il y a une mouette morte dans une piscine hors terre. Extraterrestre emprisonnée par le gazon et le chlore. Adam a volé la côte de l’océan pour en faire une femme, les mouettes guettent son retour.

Les hommes gardent les poissons dans des bocaux comme des ancêtres encadrés. La vie n’a pas si changé. On est resté pré-aquatique. Chacun cherche son bocal, on ouvre la bouche sans vraiment dire quelque chose, on attend dans le rouge du sang ambiant la main du sous-traitant. On tourne en rond. On est tous des poissons, gavés à heure précise. Nos ancêtres, on les mange avec du beurre, de l’huile, un peu de coriandre et de citron.

La pêche miraculeuse est un crime contre l’humanité. La nature apprend de ses erreurs. Les poissons ne sortiront plus de l’eau.

Mais il y a un homme qui en sort, et c’est un exploit. Il est nu comme un filet de flétan. Il veut apprendre de ses erreurs. Il vient de vivre une nuit arctique de six mois qu’on appelle la douleur. Les yeux troubles, il avance nu pied sur la plage. Il trébuche dans les trous de crabes et se relève le corps poudré de sable. Les gales gavées de grains. Il est sorti devant le motel, malgré le risque d’être vu. Le jogging, ce matin était au-dessus de ses forces. Il y a des limites au second souffle. Il avance vers la réception, saoul de douleur. Le sel désinfecte, mais il mange les gales, ses plaies sont à vif et le vent est un amant vicieux. La porte guillotine se referme, le vieux soluté est là. Il signe le registre, nouveau nom, nouvelle nationalité. Chambre 7. Mais, au lieu d’aller dans la chambre 7, il prend le plus gros risque de sa vie d’anonyme révolté, il se trompe et entre dans la 9. Il s’écroule dans le port parfumé d’un lit occupé. Dans une odeur de lavande. Il prend le risque du bonheur.

Elle ne dormait pas.

 


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