15/09/2004
art mécanik
hurle
Eden Motel
xia

 

 

EDEN’S MOTEL
NO TRESPASSING

Roman en construction,
Speed limit 50 m/h

Chapitre 6 / 23ème partie.

Poste 9
    Pick-up-the-phone.

Aux petites heures de la nuit, à la télé, il y a des dames pas assez jolies pour être aux postes déshabillés avec la musique et les femmes sexy, ou aux postes de détresse des agences de rencontres Pick-up-the-phone. Des dames qui lisent les étoiles comme un jeu pour enfant ou il faut suivre avec un crayon des points numérotés pour qu’apparaisse un dessin. Au poste 9. Je m’étais attardé quelque temps au poste 35 des demoiselles en bikinis radioactifs tellement petits, j’avais aussi erré chez les pornographes, poste 67, mais de savoir que je n’étais pas seul à me sentir seul ne me réconfortait pas du tout. Et puis, il y avait ces dames pas jolies du tout, qui lisaient dans les étoiles follow-the-dots. Wendy lit dans les étoiles. Elle sait le bout du monde, la température des trous noirs et le poids des planètes. Et surtout elle sait les lois de la gravité. Elle sait que l’univers est courbe et qu’il nous revient au visage comme un crachat en l’air. Ces dames au poste 9 ne parlaient pas ce langage. Elles promettaient comme des politiciens et avaient les mêmes mots vagues qui ne veulent rien dire et qui laisse à l’autre la place de se parler à lui-même. Des mots vagues qui s’écroulent sur eux-mêmes. Et je les ai écoutés, parce qu’elles mentaient plus que la terre qui n’est pas plate et qui tourne. Elles promettaient le bonheur. Et je me suis endormi quand Vénus s’enlignait avec Mars et que le soleil hésitait à sortir derrière les paquebots géants et enlignés. Bonne nuit.

Mais ça cogne. Je me réveille déjà. Le soleil vient de se décider. Il est coincé entre deux cargos tellement gros que la boule rouge est rouge de jalousie. Mes yeux sont rouges aussi. De jalousie aussi.

J’ouvre. Un homme trapu se tient droit, les cheveux en batailles, l’œil brillant, épuisé, la peau rouge de brûlures. C’est l’homme papillon de la chambre 7. Tout nu.

  - Bonjour
  - Euh, oui, bonjour...
  - J’aurais besoin d’un coup de main. Il m’est arrivé une chose...
  - Quoi ?
  - Une révolution. C’est difficile à dire, et je suis un peu fatigué.

Il me demande son aide, lui brûlé, tout nu, moi mal réveillé. Il a l’air épuisé, mais debout. Il a l’air d’un homme qui même assis est debout.

  - Qu’est-ce que je peux faire pour vous ?
  - Vous avez peut-être remarqué, mais le matin, je sors des vagues et je vais réserver une chambre.
  - Oui. Tout nu.
  - La nuit venue, je retourne dans l’eau, vers le large.
  - Vous vous promenez toujours tout nu ?
  - Non. Le soir, j’y vais tout habillé. Mon problème c’est que j’aimerais passer une nuit au motel. C’est que j’ai rencontré une demoiselle, j’aimerais me reposer une nuit à ses côtés... Vous semblez fatigué.
  - Vous aussi.
  - C’est vrai. J’aimerais que vous veniez avec moi, cette nuit.
  - Pardon ?
  - J’aimerais que vous veniez.
  - Dans la mer ?
  - Oui.
  - Et qu’est-ce que j’y gagnerais ?
  - Un ouragan vous a passé dessus, on dirait. Ça vous aiderait à faire le ménage de votre chambre. Wendy m’a dit que vous m’aideriez. Je sais que vous nagez bien. Je vous ai vu.
  - Wendy. C’est elle, votre raison ?
  - On a envi d’être heureux. Pas vous ?
  - Au-delà de la 7e vague, il y a le ressac qui nous appelle au fond.
  - Au-delà de la 7000e, il y a des raisons de vivre. Je viens vous chercher au couché du soleil. Mettez des vêtements jetables.

En disant cela, il a ouvert le ventilateur.

  - Vous devriez dormir un peu. La nage est longue.
  - Des vêtements jetables ?

Mais déjà, il remontait les chambres jusqu’à la 9. Et je l’ai vu, Wendy, lui ouvrir la porte 9 et le glisser clandestinement à l’intérieur de sa chambre parfumée. J’ai fermé le poste 9, et je me suis recouché en me disant que je ne voyais pas pourquoi j’aiderais celui qui dort dans des draps qui sentent bon alors que moi, mes draps sont poisseux, sales, froids et pleins de dauphins morts. Qu’est-ce qu’il me veut le nudiste ? C’est quoi sa psychose à lui ? C’est quoi le délire de faire du jogging nu ? Et qu’est-ce qu’elle lui trouve, Wendy, pour l’accueillir dans sa chambre ? Et qu’est-ce qu’il y trouve lui, à l’océan pour aller y travailler ? Qu’est-ce qu’il me veut le tout nu ? qu’est-ce qu’ils me veulent tous ? J’irai pas. Je n’irai nulle part. Mon ami est attaché à un arbre parce qu’il se shoot à l’absence mais, merde, on a le droit d’être triste, de se sentir vide sans qu’un pneu nous réduise le cœur en compote de pommes. L’absence, la solitude est une dépendance forte, user avec modération. Je n’irai pas dans ces vagues. Au-delà de la 7e, il y a le ressac et les sirènes qui nous attirent vers le fond. Je n’irai pas. Je resterai ici, et demain, au lever du soleil, je m’en irai de ce motel de fou. Il faut que je fuie. Que je m’enfuie d’ici.

J’étais fâché. Je me morfondais comme une victime bon marché. Au-dessus de moi, l’hélice d’un bateau m’hypnotisait. Le ventilateur. À chaque tour, il faisait un bruit de frottement : ship, ship, ship. Je me suis endormi.

Ship. Ship. Ship. Ship. Ship. Ship. Ship. Vessel.

 


motelmurders

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