06/10/2004
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Eden Motel
xia

 

 

Intermède: Snowflake diaries
2ème frontière


Wakeham Bay
   

5e village à l’ouest de la baie d’Ungava.

Wakeham Bay. Là où les routes sont mortes depuis longtemps, là où elles n’ont jamais eu le courage de monter, ni l’économie, là où les arbres n’ont jamais mis le pied, où les nouvelles maisons tremblent devant le vent de l’immensité et où les hommes ont le silence gêné de ceux qui côtoie l’éternité. Wakeham Bay, bouchée mangé par les esprits de la toundra, village créé autour des enfants kidnappés vers les écoles et des parents qui, pour rester près des petits, rassemblent pour la première fois leurs camps autour des mini clochers. Terre couverte d’os en été, et de linceul blanc en hiver, abstraction surréel du lichen coloré enseveli par les flocons. Terre de pierre, du silence d’avant, couvert de la rumeur des 4 roues de l’Inuk moderne qui porte des lunettes fumées. Les hommes ici ont 4 pneus comme jambes et ne peuvent plus traverser le village sans gazoline. Ici, la gazoline a beaucoup d’utilité, son odeur se fait sentir dans les jeux des adolescents. Père Dion, 50 ans dans le Nord, a perdu sa concession Honda, il ne vendait pas assez agressivement. 4 roues, 3 églises, full gospel Church, 3 nails, praise the White god with a wooden Back, no trees grow here, only crosses, gold dust on paper bible, holy warriors, bible readings, cheap plane tickets, holy greetings, cheap paradise, web mass, virtual preachers made in usa, spirits don’t roam the white wilderness anymore. White beluga skin sick, holy breast BPC milk, and halleluiah.

Ici, à l’école du village, il y a une fillette de 12 ans qui attend un bébé. Il y a un quota de 15 bélugas pour le village. Et une piscine chauffée.

Si l’histoire commence avec l’écriture, ici, l’age de pierre affûte encore les cœurs et la tradition orale sculpte la mémoire d’avant que les blancs viennent dire comment on vit. Peuple à l’alphabet hand made, plein de triangle et de cercle qui servent à rien, d’angle mathématique à une terre sans frontière, ronde comme la chair, vive comme l’œil du chasseur. Si l’age de pierre affûte encore les yeux, l’age du diesel enfume les nez. Tout pour s’étourdir. La colle, la gazoline, la vodka à 70 $ la bouteille si l’avion veut se poser, le hach oriental qui traverse le détroit de Béring, la neige vendue en petit sachet qui coûte la peau des animaux et l’ère glaciaire est recommencée, tout le monde est gelé.

Black, red and blueberries tellement chétif, un fruit par arbre, 8000 habitants au Nunavik, Inuit ça veut dire humanité. Mon shack est grand de 15 feuilles de plywood, l’ours polaire s’est installé au dépotoir, plus besoin de parcourir la banquise, l’odeur de la peur s’est glissée dans ses narines, la saveur des déchets. L’océan Arctique, celui qui se solidifie tous les ans, la terre d’ici, couverte d’os, de chiens noyés, de skidoos rouillés qui se décomposent près des cercueils à ciel ouverts. Peaux tannées sur le toit des camps, la marée des comptes et des factures monte, s’il faut garder trop longtemps la ligne pour conserver une priorité d’appel, je quitterai le village et j’irai vivre là où vous ne pourrez plus me recenser. Eskimo man needs to eat some meet. He knows how to live outside of your cities, no worries. Un milliard de lacs dont un d’eau usée, un milliard de baie dont une habitée. J’habite au bout de l’éternité, là où la rondeur de la terre s’aplatit. J’attends que la glace prenne et que mes souvenirs soient enneigés. Kangirsujuak. La très grande baie. Terre sculptée dans la pierre à savon avec le soleil coincé qui ne tourne pas rond et qui ne se couche jamais deux fois au même endroit. Ici, les saisons mastiquent le temps à leur façon. Les jours peuvent avoir trois mois, les vieillards ont quarante-cinq ans, le prochain avion se posera quand le temps le voudra. Ici, les maisons sont sur pilotis, la terre gelée n’accepte pas les fondations. Elles tremblent au vent parce qu’elle savent à quel point elles sont petites. Ici, les arbres ne sont jamais venu. Il y a un loup au bout de la plage. Il y a une meute dans le regard des chiens sans nom qu’on a jamais civilisés. Il y a encore au cou des Inuits le souvenir glacé de la médaille de métal que leur ont mis les fonctionnaires qui ne savent que compter les hommes. Ici, les chiens ont rougi la glace de la baie de leur sang. Alors on a mis des médailles aux hommes.

Kangisrujuaq. Petit flocon humble emprunté à la beauté où quelques hommes vivent entre la pierre et la modernité. À un continent de la ville. Les hommes ici vivent à un autre rythme. Ils n’ont pas le même alphabet que nous. Ils savent lire le vol des oies blanches, et l’épaisseur de la glace. Ils ont 50 mots pour la neige et aucun pour la malice. Ils parlent lentement et leurs jours difformes leurs donnent une autre vision du temps. Ils ont un congélateur où les chasseurs déposent leur chasse et où tous se servent. Gratuitement. Personne n’a faim aux frontières du monde. Ils mangent des festins simples, en groupe, à n’importe quelle heure, à terre, à côté de la table sur le prélart blanc du plancher de la cuisine. Ils mangent avec le ullu, de la viande congelée, trempée dans l’huile de béluga. De la viande cru.

Ils ne veulent pas partir. Ils ne veulent pas descendre vivre au sud. Ils ne veulent pas immigrer. La migration, ils l’ont dans le sang. Elle a ce goût de viande congelée que l’on mange cru, en communauté. Ils sont à l’extérieur du monde. Ici. À Kangirsujuaq.

 


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