10/11/2004
art mécanik
hurle
Eden Motel
xia

 

 

Intermède: Snowflake diaries
7ème frontière


Resolute Bay
   

Les chiens sont morts, que les hommes soient les animaux. Ils s’habillent déjà en peaux.

Ils sont arrivés sur des corbeaux de métal. Les mêmes hommes blancs avec leur cœur en pierre à savon pour laver plus blanc que blanc. Les mêmes hommes qui avaient tué les chiens, qui plantent des bases militaires et qui vendent les skidoos. Les mêmes hommes qui avaient mis des médailles au cou des Inuits avec un numéro. Des médailles de métal. Ils sont arrivés, ils ont parlé d’un coin plus loin que l’infini, plus loin que le paradis. L’extrême Arctique Canadien. Ils y avaient planté un drapeau sur ce coin de pays. Le leur. Et pour garder ce coin plus loin que loin, pour garder ce drapeau, pour garder des droits sur ce continent face à l’international qui allait se le diviser, ils avaient besoin de gens là-bas. Il fallait que quelqu’un aille y habiter. Ils ont pris des gens d’Inukjuak. Pourquoi pas. Inukjuak, ça veut dire Géant, mais les Inuks se sentaient tellement petits qu’ils n’ont rien dit. Les hommes blancs plus blancs que blancs les ont lancés au bout de leurs bras jusqu'à Resolute Bay, jusqu’à Grise Fjord. Là où la neige ne fond pas. Là où tout est plus blanc que blanc. Il y aura des animaux, c’est à peine s’ils n’ont pas dit qu’il ferait chaud. Nous étions en 1953. Les Inuits ont été déporté à 2000 kilomètres au nord du village d’Inukjuak, dans la région de l’Extrême Arctique. Ainsi le gouvernement gardait ses droits sur le cercle polaire.

Resolute Bay. Terre aride, vide, là où le vent est maître et où l’homme est petit comme un flocon. Ils les ont débarqués de leurs corbeaux de métal, les Inuits, les mêmes qui avaient médaille comme collier depuis qu’ils n’avaient plus de chiens. Une médaille avec un numéro pour numéroter les étoiles et les années à passer sur cette terre où personne n’a jamais vécu. Ils les ont débarqués sur ces cailloux où il ne fait pas chaud, où il n’y a pas de galet sur la grève, là où même les esprits des morts n’étaient jamais venu. Et ces hommes ont vécu là, sur ces côtes.

Là-bas, le soleil se couche en novembre pour ne se relever qu’en février. Là-bas, il fait froid.

Pendant 20 ans, personne n’est venu. On les a plantés comme des drapeaux et l’on a laissé le vent les battre. On les a laissés là, avec rien comme ami. Le grand rien, tel que seul le grand nord sait l’offrir. Rien. Juste le froid du métal au coup qui se glissait au cœur. Et la douleur qui glace les yeux. Qui donne envi de manger cru son ennemi. Qui définit l’ennemi. Ils ont 50 mots pour la neige et un nouveau pour la tristesse. Mais ils n’ont rien dit. Grise Fjord. Resolute Bay. La baie du dégoût. La baie qui repousse. La baie qui goûte la noirceur. Là où on apprend la peur.

En 1996, le gouvernement a dédommagé les déportés, mais on sait ce que c’est. Jamais il ne s’est excusé.

Eskimo, ça veut dire mangeur de viande cru, en Cree. Tout se mange du caribou, de la baleine, de l’oie des neiges. Mais le cœur des fonctionnaires est de pierre. Une mauvaise pierre à savon qu’on ne peut même pas graver, que l’on laisse dans le lichen. Ils sont froids. Ils ont envi de manger de la chair humaine, de la chair plus blanche que blanche. Cru.

 


motelmurders


<--
Debut des
Snowflakes
Diaries
<--

-->
Texte suivant
-->

<--
Debut des
Snowflakes Diaries
<--