20/04/2005
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Intermède : les rumeurs du ramadan
10ème chronique


Damas
   

Souria vient du mot sourire.

Voici le chapitre suivant du carnet de voyage réalisé cet automne entre le Liban, la Syrie et Montréal.

Damas. Chams. Chams veut dire soleil et c’est par ce nom que les Damascènes parlent de leur ville. Un soleil qui se lève à l’est des guerres chirurgicales pour se coucher à l’ouest des prophètes. Bâb el Chams. La porte du soleil. Chams veut aussi dire grain de beauté, grain de beauté de l’orient, nombril du désert, diamant poussiéreux qui scintille la nuit. Ici, les étoiles font partie de la capitale. Ce sont les maisons des collines qui grimpent au bout des rues et qui font de cette ville un écrin. Et la nuit, Chams brille. 7 portes aux villes fortifiées du Moyen-Orient, 7 portes qui mènent au firmament. Une vers l’amitié, une vers la beauté, une vers le mysticisme, une autre vers la poésie, une vers le soleil et une dernière vers soi. Welcome to Damascus, to Chams. To the sun. Marhaba.

Qu’est-ce qui pousse les gens à être si souriant en Syrie ? Souria vient-il du mot sourire ? Nous sommes au centre du cyclone, dans l’œil du monstre, au milieu des guerres… L’Irak est là à côté, mais jamais on n’entend les cris, jamais on ne sent l’odeur du feu, jamais on ne voit les mouches, jamais les gens posent sur nous ce regard qui tue. Ici, les gens sont beaux. L’eau de l’Euphrate est claire. Les femmes voilées donnent envie de rêver. Elles ont un mystère, une démarche à talon haut qui réveille l’imagination. Qu’y a-t-il sous les 7 voiles ? Pourquoi les gens sont-ils si doux ? Toujours à se dire Habibi, mon amour... Ici les plats de la vie sont cuisinés de détails qui font l’humanité. L’odeur des mets du Moyen-Orient traverse les frontières, les rancunes et les religions. C’est ça, la vraie richesse, et c’est moi, le tiers-monde, avec ma solitude, mes repas froids, mes boîtes vocales et mes ambitions.

Les rues ici ont les labyrinthes de la beauté. Leurs mystères restent voilés comme les femmes. Et l’on devine que derrière les portes, les femmes soulèvent leurs tchadors et qu’elles dévoilent les dunes de leur corps, l’oasis de leurs seins et le mirage de leur féminité ensablé dans la lingerie coquine et les talons coquets. Les 7 voiles de ces Salomé noires me font perdre la tête. Dans les rues, les portes invitent au phantasme et le chaos rappelle la confusion du désir. Les rues ici ont les courbes sensuelles et l’odeur du rêve. Il faut s’y perdre pour y trouver les plus belles mosquées, les rondeurs les mieux cachées, la plus grande humanité. Les femmes n’ont que leurs yeux pour envoûter, que leurs paupières pour hypnotiser. Ça change de la porno ou de la publicité. Et l’on se perd dans le khôl, dans les talons hauts, dans le balancement qui fait flotter les voiles. On redéfinit le phantasme à l’oriental. Que c’est paradoxal.

 

Save mothers from martyrdom

 


motelmurders

 


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