29/06/2005
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Intermède : les rumeurs du ramadan
18ème chronique


Bâb al Neirab
   

Made in No man’s land

Voici le chapitre suivant du carnet de voyage réalisé cet automne entre le Liban, la Syrie et Montréal.

Bâb al Neirab, de l’autre côté du cimetière d’avions, de l’autre côté de la base militaire, là où il n’y a plus de taxi. 17 000 Palestiniens sur 600 mètres par 200. Là où l’on construit des appartements made in Canada, entre la surpopulation, les autographes et les affiches de martyrs. Des appartements made in Canada, comme un diachylon sur une amputation, comme du mercurochrome sur une greffe de coeur. UNRWA. Médecins sans frontières et sans pouvoir. À calfeutrer l’oubli des dirigeants dans les ruelles aux égouts à ciel ouvert. À crier l’oubli.

  - J’aimerais bien voir ma photo sur un mur. Être martyr, aimé, photographié. Mais sans mourir. Sur le mur, je saurai où j’habite. Et je pourrai marcher moi aussi sur l’esplanade des mosquées, elle est peinte entre deux portraits. En attendant, j’erre.

J’erre à Bâb Al Neirab, là où les gens pourraient avoir travail, identité, là où les gens refusent le confort et veulent renter chez eux. Rentrer dans la mémoire. Dans les camps, nous ne sommes plus en Syrie, ni au Liban. Et pas encore en Palestine, où sommes-nous ? Il y a un peuple qui a sa photo sur les murs avec celles des autres martyrs.

Ils me parlent du droit au retour des réfugiés. Ils sont 3.5 à 4.5 millions en exile. Ils sont 4.5 millions dans les territoires occupés. Déjà d’après certain, Gaza serait l’endroit où la densité de population serait la plus élevée au monde. Au monde. 60 000 sur 2 Km carré. S’il y a le droit au retour, où vont aller les réfugiés ? Comme partout ailleurs, devant leurs télés.

Bassem est acteur dans un téléroman, c’est là que je le comprends. Ils sont 300 autour de lui, à vouloir un autographe… Sign me an autograph, everybody wants to be a movie star, tout le monde veut sa chance à Star Académie, même ici aux frontières de l’humanité, ni Liban, ni Syrie, ni Palestine. Ni cimetière d’avion militaire. Nulle part. Surtout pas dans les livres. Je suis à la limite du tolérés, du tolérable, en bordure de la civilisation, en marge de l’histoire.

  - Je viens d’où ? C’est où cette place qu’ils appellent Terre Promise, sur les murs du camp ? Sous une affiche de martyr ? Dans un téléroman ? Dans les promesses de l’OLP ? Du Hamas ? Dans l’obligation de se souvenir ? Se souvenir de quoi ? Où vais-je aller ? Qui suis-je ? Une réponse à un questionnaire ? Non. Voilà ma réponse.
  - Signe-moi un autographe pour que je sache qui je veux être... Donne-moi un nom. Et une place pour rêver.

Qu’est-ce qui pousse un adolescent à s’habiller de bombes et à tuer au nom de la vie ?

Les enfants qui souffrent de traumatismes :
De 6 à 11 ans :
Symptômes : Comprennent l’irréversibilité des pertes dues au traumatisme, se sentent responsables et coupables, ont des comportements agressifs et des excès de colères. Évitent de parler de l’événement ou deviennent obsédés par ses détails.
Intervention : Écoutez et tolérez la répétition du récit de l’événement. Respectez leurs peurs, et expliquez qu’il n’est pas enfantin mais normal de revenir à des habitudes humiliantes (comme de mouiller son lit) après une expérience traumatisante. Rassurez les qu’après un certain temps tout redeviendra normal. Maintenez une routine régulière pour les repas et l’heure du coucher.

Journal HAMODIA, The weekly newspaper of Torah Jewry,
10 novembre 2004.

Tout le monde veut sa chance à Star Académie
Fishbowl TV off

 


motelmurders

 


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