13/07/2005
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Intermède : les rumeurs du ramadan
20ème chronique


3 clous
   

La ilaha illa llah.

Voici le chapitre suivant du carnet de voyage réalisé cet automne entre le Liban, la Syrie et Montréal.

3 clous, La ilaha illa llah . Il n'y a qu'un dieu, dieu. Mais il y a trois religion. Le plus politique, le plus corrosif, c’est ça ? La religion ? Cette descente en enfer, cette illumination ? Ce vieux clou rouillé ? C’est pratique, la religion... La ilaha illa llah, il n’y a qu’un dieu, dieu. Il n’y a qu’un dictateur... Les gens d’ici, ce sont des dieux peu importe leur religion. Tous. Ce sont eux les crucifiés. Judaïsme, Chrétienté, Islam. Ici, tout respire le divin. Les ciels ont l’ampleur des paysages de la bible, et le soleil qui passe au travers les nuages a des doigts sublime qui pointe la terre. À regarder le ciel ici et le soleil se coucher, on veut croire. À regarder les bergers encore dans le désert de roche diriger leurs troupeaux, on s’y croirait à l’époque des prophètes et des miracles. À regarder les maisons dans certains villages, on jurerait qu’un saint va y sortir pour laver ses olives, pour parler aux oiseaux, pour se reposer à l’ombre. Tout ici a l’odeur des textes sacrés. Tous les paysages semblent sortis d’une carte postale du paradis. Les arbustes ici ont l’âge du déluge.

Au berceau des empires, des couronnes d’épines, des quarante jours dans le désert et des serpents qui parlent, Dieu reste et semble errer. Y a-t-il ici une source miraculeuse de sang ou d’eau bénite pour me laver ? Y a-t-il ici la réponse aux questions ? L’univers est-il silencieux ici aussi ?

Il y a dans les paysages d’ici, l’âme de St Siméon, stylite mystique, flagellé, affamé en haut de sa colonne pendant 37 ans à prier. Un jour, au début de la chrétienté, un mystique illuminé est monté en haut d’une colonne de 11 mètres et il y est resté là 37 ans. Et les ruines de l’Église de St Siméon irradient autre chose qu’une ruine de guerre. 37 ans... C’était l’époque des miracles. Flotte aussi autour, la mémoire folle des emmurés volontaires qui eux aussi voulaient se rapprocher de Dieu, qui se sont enfermés dans un trou avec comme seul ami, une petite ouverture vers le vent, vers la rosée, vers l’humanité. Malgré la panique et ma claustrophobie. Il y a dans ces montagnes, dans ces mots, au cœur de ce paysage, la possibilité d’incarner nos paradoxes, de les aimer.

Parler du Moyen-Orient sans parler de religion c’est comme goûter une olive qui n’aurait pas d’huile. Ici, chaque lopin de terre a été foulé par le sang et par le miracle. Un prophète par famille. Un martyr aussi. Un royaume par olive. À quand la paix ? La Sainte paix...

Si Dieu existe, il se cache dans la laine des moutons. Dans les nuages bibliques. Dans les déserts polyglottes. Dans les analphabètes, dans le noir des yeux voilés, au cœur du peuple, dans les vraies gens, de toutes les religions. Et à ce Dieu, j’ai envi de croire. Inch Allah, si je crois. C’est si pratique, si réconfortant… On n’est plus seul. Mais moi, je ne suis pas d’ici.

Chez moi, Dieu est mort. Allah lave son corps, ses stigmates au hammam. Et comme ils sont tout puissants, ils se parlent. Dans la brume blanche comme un nuage, ils parlent lentement. Ils parlent peu. Il fait chaud. L’air est lourd. La chaleur brûle les yeux. Le temps prend une pause. Il se lave au hammam.
Les dieux sont à poil, une petite serviette autour du ventre. Ils sont vieux, épuisés. Leur peau est molle.
La lumière passe par des trous au plafond. Elle passe en cône, comme des doigts.
L’eau coule, on l’entend percer le silence et la vapeur.
Sinon, rien.
Le silence.
Tout suinte.
L’humidité est comestible.
La vapeur blanchit tout.
L’eau coule et roucoule.
Il fait très chaud, le pas est pesant, les yeux se ferment.
La respiration brûle. Elle ralentit.
Le cerveau se repose.

Le temps est arrêté.
Le hammam est vide.

Et moi, je reste seul comme mon continent.

 


motelmurders

 


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