10/08/2005
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Intermède : les rumeurs du ramadan
23ème chronique


Le droit de retour
   

One man down.

Voici le chapitre suivant du carnet de voyage réalisé cet automne entre le Liban, la Syrie et Montréal.

J’ai eu un empoisonnement de la peau à la jambe au retour. Je boite. 6 grammes d’antibiotiques intraveineux par jour. J’ai été amputé d’un lobe du cœur au retour. Je l’ai quittée. Elle n’est plus là. La Mukata est explosée, ne reste que la moitié de moi, help, transplant needed. Le croissant rouge ne peut plus rien pour moi, le Ramadan est fini, je suis de retour à Montréal, il a neigé sur Damas, sur Beyrouth et Alep aussi, il fait moins mille et j’ai froid. La ligne de tir, la rue Damas se situe entre mon hémisphère droit et mon gauche. J’y ai construit mon mur. J’y vois son affiche. Le prix du retour est trop cher. Mon lit est une frontière contestée, une terre minée, stop mine. Je cours, moi aussi, depuis 6 ans, depuis 26 ans, depuis toujours, je ne voulais que me cacher dans l’abri qui se trouve sous la mosquée de ses seins. 6 grammes d’antibiotiques intraveineux, ma jambe est réellement infectée, ce n’est même pas une métaphore. Mes errances aboutissent à un cul-de-sac. J’ai un cathéter gros comme un fusil dans le bras. Ma peau est empoisonnée, la sienne n’en est plus l’anti-venin. Je suis en salle d’urgence, j’habite un couloir, un corridor. Ma photo sera sur les murs des rues où j’ai fui. Mon bonheur est amputé, la rançon est trop chère. Je boite. 6 grammes d’antibiotiques. La vie est kamikaze, l’espoir est une putain. Je t’aime. Mais tu n’es plus là pour m’entendre.

Ce texte a été écrit à la suite d'une rencontre d’auteurs organisée par l'association Écritures Vagabondes, le Centre Culturel Français de Damas et d’Alep. Il a entre autres été rendu possible par le soutien financier du Conseil des arts du Canada, la fondation Beaumarchais, grâce aussi à l'engagement des artistes et des artisans qui compensent le sous financement des arts de l'État et grâce à la vocation inépuisable de Monique Blin. Un jour, quelqu’un écrira la vie de Monique. Il écrira l’histoire de quelqu’un qui aimait tellement les histoires et leurs humanités qu’elle a consacré sa vie à donner la vie à d’autres.

 


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Debut du carnet
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3ème Intermède
L'esplanade des Mosquées
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Debut du carnet
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