17/08/2005
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Film film

 

 

L'esplanade des Mosquées
1ère pierre de lancée


La rue Suq El-Lahamin
   

Le silence des boucheries.

Al-Quods. Yerusholayim. Jérusalem. Trois noms. Trois religions. Trois lieux saints. Le Mur des Lamentations, ultime lieu saint du judaïsme, mur mitoyen de la mosquée al-Aqsa, troisième haut lieu de l’Islam, à moins d’un kilomètre du Saint Sépulcre, là où le Christ a été crucifié. Une tension de la proximité. Trop de pression. On enfonce le même clou dans le bois de la croix. Y règne le silence. Le silence de l’étranglé.

Un silence de pierre. Derrière les sourires, derrière l’anonymat des yeux fatigués. Aucune affiche, aucun chant, que le silence. Dans les quartiers biens délimités, des cloches, un appel à la prière, ou des lamentations. Sinon, rien. Le vacarme des ventes le jour, ok, mais la nuit, rien. Le vide. Il n’y a que les caméras qui tourne sans son. Jérusalem a un tissu imbibé de sang enfoncé dans la gorge. Elle ne respire même plus de peur de réveiller les monstres. Et ses rues se couchent avec le soleil. Elles sont vides pour le passage des fantômes. Aucune affiche, aucun martyr, que des ombres. Des caméras et des soldats. Même les trois hammams ont été démolis. La ville appartient au cinéma muet des caméras de surveillance qui ne perdent pas un coin de rue. Pas une place publique où le privé ne soit violé. Où le silence tourne.

Et la nuit, dans la rue Suq El-Lahamin, ne flotte que l’odeur des boucheries. Et cette odeur murmure des histoires non-dites qui ne demandent qu’à hurler.

À Jérusalem, le cimetière musulman fait face au cimetière juif. Et au pied du Dôme du Roc, les arbres sont morts. Les pierres étant le langage le plus télévisuel, la mosquée al-Aqsa en a pris le nom, le symbole, le Dôme du Roc. C’est le Dôme de cette résolution. C’est ici que Sharon traversa le Styx. C’est ici qu’il pilla l’esplanade des mosquées. C’est ici que la 2e Intifada commença. L’Intifada al-Aqsa.

Et la nuit, dans la rue Suq El-Lahamin, il n’y a que l’odeur des boucheries. Et les caméras de surveillance. Le silence.

C’est moi Jérusalem, la difforme, moi qui aie trois ventricules à mon cœur. Je suis construite sur un mur. Ne reste de mon passé que ça. Un mur. Et la Via Dolorosa, le mensonge de la douleur. Je suis construite sur une mine antipersonnel. Et comme ces mines n’explosent que lorsqu’on y ôte le pied, personne ne veut bouger. Tout le monde se regarde. Les frères se haïssent.

En silence.

Mais le silence le plus dur, le plus lourd, celui qui rend fou, qui frappe et qui crève les yeux, celui qui assassine l’espoir à coup de missile, c’est le silence international. Le silence d’une télé sans son. Celui des caméras de surveillance qui capte, mais qui ne dit rien.

Et la nuit, dans la rue Suq El-Lahamin, il n’y a que l’odeur des boucheries.

THEY SEND FEAR BY PLANES NOW
AIR MAIL
PASSENGERS BOARDING FOR MUNICH ARE
REQUESTED TO REMOVE THEIR SHOES

OLYMPIC GAMES
Nobody win

 


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