28/09/2005
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L'esplanade des Mosquées
7ème pierre de lancée


Maksun
   

200 check points en territoires Palestiniens
890 « obstacles militaires »

Qalandia Check point. Entre Ramallah et Jérusalem. Fermé. On y construit un mur, entre le territoire occupé et la colonie à l’est de la ville Sainte. Une colonie qui grossit. Qui va couper la Cisjordanie en deux.

Owara check point, entrée Sud de Naplouse sur le chemin vers Ramallah. Fermé. Check point Betiba, entrée Nord, seul autre check point entre Naplouse et le reste du monde, fermé. Naplouse est fermée pour rénovation. Surda check point, sur la route de Ramallah vers l’Université Bir Zeit, fermé. Check point… Check point… Ambulant ou permanent, ils sont partout.

Check point, en hébreux : maksun. C’est par ce nom que les Palestiniens parlent des barrages où leurs femmes accouchent, où leurs pères sont dégradés, où leurs mères sont harassées. Maksun. Il y en a 200 dans les territoires occupés. Là où l’humeur du soldat est reine, où le soleil est un ennemi. Où la poussière se glisse dans les yeux quand les soldats trient les femmes et décident de mettre à gauche celles qui leur plaisent et à droites, les autres. Où pour un baiser, une femme peut passer. Où la bouche du soldat est une serrure et la langue de la Palestinienne, une clef.

Premier effet des Intifadas. Les check points sont fermés. Des milliers d’hommes travaillaient en Israël. Bouclés. Avec eux l’argent pour les familles, les souliers des enfants et les livres, l’argent pour les aubergines. Le père d’un enfant cancéreux refusé de passage, il n’a pas 40 ans. Cataractes refoulés, cardio déficients refoulés, paralysés refoulés, médecins aussi. Légumes, fruits, pièces de moteurs, bouclés, pourtant seuls les moteurs peuvent supporter la chaleur de l’attente dans le soleil poussiéreux avec comme seule issu, la bonne humeur du soldat. Employés humanitaires, observateurs, journalistes, artistes, refusés. Restez dehors, on n’entre pas, restez chez vous, fermentez, le check point est fermé. Désolé. Life is complicated. Life is complicated. Désolé. Accouchez ici, accouchez où vous voulez, mais circulez, le check point est fermé.

Checkpoint Erez. Mother of all checkpoints. Long corridor entre Gaza et le reste de l’Univers. Fermé. Depuis 2000, on ne sort plus. Les camions s’ils sont chanceux, feront du cul à cul. Ils s’enlignent sur un camion de l’intérieur et là, on vide tout. On transporte tout de l’autre côté. Si on est chanceux. Sinon, on attend, on espère. Les tomates pourrissent, les aubergines… Et le camion repart avec ses dettes et sa puanteur.

Checkpoint Erez. Fermé. 1 200 000 prisonniers qui n’entrent pas et ne sortent pas sauf au soluté, passage intraveineux pour garder une société dans le scoma, pour la contrôler par dépendance. Check point Erez, unique trou dans le bras de cet immense junkie qu’est la bande de Gaza. Aiguille contaminé par où le virus doit passer, par où la morphine coule goûte à goûte, permis à permis. La drogue coule. La dépendance est forte. Les Gaziotes n’ont nulle part où travailler. Les gens se présentent au barrage. Avec ou sans permis. Il n’y a qu’un Dieu au check point et il est juif. Il a un casque. Des lunettes fumées dispendieuses. Un gilet bulletproof tear proof. Un M16 et 7 chargeurs. 50 ans d’histoire et une immense propagande pour qu’il soit convaincu que les vieillards sont des terroristes, que les enfants et les mères le sont aussi. Le soldat sait à peine se raser. Il a peur, mais porte des verres fumés. Il ne sait pas l’arabe, mais les mendiants de permis périmés parlent l’hébreux, ils l’ont appris en prison, alors Dieu les fait attendre. Maksun. Il n’y a qu’un Dieu au check point et il est juif. Dès fois, il est de bonne humeur. Dès fois non. Et notre vie, notre liberté se joue à ce moment-là. Dans l’humeur qu’il y a derrière ces lunettes noires. Les femmes accouchent au barrage, les vieillards meurent sous le soleil du barrage, les pères sont humiliés au barrage. Les enfants explosent au barrage. Les vieux et les jeunes regardent le temps se faire ensevelir par le désert et ne devenir que poussière. Il est impossible à un homme de moins de 40 ans d’avoir un permis, qu’il reste dans sa prison, dans son salon à regarder le marc du café monter trois fois, à regarder sa vie déborder et se gaspiller sur le four de l’impuissance. Sur le feu de la colère.

Abou : Ma femme accouche demain. Le permis, nous le recevrons après-demain. Il a expiré hier. Laisse-nous passer.
Erez : Tous les hommes, avancez.
Oum : Laisse-nous passer.
Erez : À genoux
Abou : Laisse-nous passer.
Erez : Montrez vos ventres.
Oum : Laisse-nous passer.
Erez : Les hommes mentent. Ils ne portent pas d’enfants dans leur ventre.
Abou : Laisse-nous passer.
Erez : Qu’ils s’en retournent chez eux, avec leurs femmes. Que le sexe de leurs femmes soit le premier check point de ces enfants et qu’il soit difficile à passer. Et que la poussière infecte la plaie.
Oum : Laisse-nous passer.
Erez : Reculez. I can kill you. I can kill you. Death is the last checkpoint.

Il y a si peu de lettres, si peu de différence entre attente et attentat. You are killing us. But we can kill you too. That you know.

PARADISE, ITEM NO: B119
80 VIRGINS WAITING
FINAL DEPARTURE

Il y a si peu de lettres, si peu de différence entre attente et attentat.

 


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