21/12/2005
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Eden Motel
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Film film

 

 

L'esplanade des Mosquées
17ème pierre de lancée


Le café amer
   

Et le goût des cerises.

Leila : Est-ce que c’est vrai que vos soldats n’ont plus ni rire, ni jeunesse ? Qu’ils se saoulent dans leurs bulldozers avant de raser les maisons? Qu’ils pissent dans leurs culottes la nuit après leur première mission et qu’ils appellent leurs mères dans leur sommeil après avoir envahi ? Qu’ils s’assourdissent de musique dans leurs blindés pour étouffer le son des obus ? Le cri des petits ?
Qu’ils s’accrochent aux couleurs des coquelicots, des cerises pour ne pas voir la couleur du sang chaud ?

Est-ce que c’est vrai qu’ils vont boire la mer ? Et que nous, on boit la mort ? On la déguste, paraît-il, nos mères sont fières, paraît-il... Comme si on pouvait être fier de voir son utérus devenir de métal, se faire percer par une balle...

La mort a le goût ocre de notre quotidien.

Tous les soirs, tes soldats font des cauchemars. Nous on ne rêve à rien. On regarde en haut de la montagne. On a juste à regarder en haut de la montage… On a quelqu’un à blâmer. Tant que vous serez là, on aura quelqu’un à blâmer. Même pour nos prisons, nos traîtres, notre corruption.

Tant que vous serez là, on saura qui pointer du doigt.

Les tanks sont des jouets. Le sang, du vin proscrit. Et dans les films bons marchés, chaque soldat mort est un des vôtres. Nos enfants ne vous ont vu qu’en uniforme.

Le petit Amr, frère d’Alaa : Regarde maman, des Juifs à la télé !

Leila : Peu importe qui. S’ils sont en uniforme, ils sont juifs. Les Bosniaques sont juifs, les Américains sont juifs, les casques bleus sont juifs, Rambo est juif. Ils font tous partis de l’armé la mieux entraînée aux monde. Ils naissent avec un casque et vont à l’école dans des autobus anti-balles.

La vie est une émission noir et blanc et la télé explose sans son.

L’amour ne peut pas exister quand il n’y a pas de place pour respirer. Alors rien n’a de sens. La mémoire ne suffit plus. On veut vivre aujourd’hui. La mort nous guette. Elle est au bout de la rue, au check point, dans nos lits la nuit quand vous entrez dans nos villes complètement saouls, sans rire ni jeunesse, en pissant dans vos culottes, en appelant maman, les chars envahis de musique antidouleur, le regard des conducteurs noyé dans le rouge des fleurs.
Alors, tout le monde tue.
Alors, tout le monde tue.

Fares : Je n’ai plus d’espoir. Le café aura toujours le même goût, les bombes, toujours le même son. Les murs se rapprochent, les filles se voilent, elles voilent leur futur. Alors, il n’y a plus de courbe pour dévier les balles, plus de peau pour apprendre la douceur, juste la musique forte, le reflet des coquelicots et des cerises.

De l’huile d’olive coule des jambes de la Palestine.
Elle est mature, elle menstrue. Elle est enceinte d’explosifs.
Je caresse le métal. Infection. Virus. Microbe. Plaie. Rat. Mouche.
Dialogue avec une mouche.

BE MY COLOR TV
BE MY ENEMY

 


motelmurders

 


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