19/04/2006
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L'esplanade des Mosquées
30ème pierre de lancée


Le paysage
   

All buses have protective shielding against gun shot

Il m’a fallu moins d’une heure pour me louer une auto. Elle a une plaque d’immatriculation jaune. Je peux aller partout. Israël, Cisjordanie, les autoroutes fraîchement pavées des colons, les colonies... Pas Gaza naturellement, il ne faudrait pas exagérer, ni être prétentieux, what you are doing is not important enough... Life is complicated.

Les Palestiniens eux, ont des plaques vertes sur leurs véhicules. Elles sont interdites sur les autoroutes fraîchement construites. Les Hummers surveillent. Une heure pour régler les détails de location. 1 heure pour obtenir une plaque jaune. À l’aéroport Ben Gurion, si l’on peut prouver hors de tout doute qu’on est juif de mère, il faut environ une heure pour devenir citoyen d’Israël. J’ai été bloqué 4h aux douanes de l’aéroport. Il y a 1 million de Palestiniens résidents en terre Israélienne, dont 85 % n’ont toujours pas leur citoyenneté. Depuis 4 générations.

Après le désert du Néguev et les mirages érotiques, je suis allé sur ces routes interdites. Voir les colons. Et leurs colonies. Les autobus des colons sont tous protégés par des vitres anti-balles.

Les Palestiniens ne sont pas aveugles. Ils voient en haut de la montagne. Ils voient de l’autre côté du mur. Et le gazon de l’autre côté est réellement plus vert. Les toits des colonies sont en bardeau d’argile… C’est le seul bienfait du mur, cacher maladroitement l’abondance de celui qui vampirise. Les maisons suisses. Le panorama. Le paysage violé. Les villes et les villages millénaires ont toujours épousés le creux des valons. C’est là que la terre est la plus douce, que les hanches des montagnes sont les plus fertiles. Et autour des villages, il y a toujours eu des valons chaud comme de la peau de fiancée, les oliviers protègent les caresses des villageois du regard des rois. Les oliviers voilent l’amour de ces paysans pour leur terre.

Les oliviers sont castrés, coupés. Le paysage est stérile. Il est recouvert d’une couche de ciment de 8 mètres de haut. De furoncles aux toits de bardeau. De routes vicieuses que seuls ceux qui méprisent ont droit de prendre. 120 colonies en Cisjordanie, 250 000 colons. Les voitures des colons sont propres. On les lave à l’eau. Et leurs autobus ont des vitres pare-balles. C’est qu’ils sont là par mission. Et que chaque jour qu’ils mangent est pour les habitants des valons une agression. Entre les oliviers, l’homme dont la femme a été violée de pierres dont les champs et les cimetières ont été lacérés de routes et de colonies aux bardeaux barbelés, l’homme épuisé de voir son champ, sa fiancé se faire dénuder par le ciment de l’autre, par le vol, l’homme ne pleure plus. Il rage. Il voit la blancheur des murs de ses ennemis. Les mêmes qui descendent la nuit pour narguer ceux qui ont tout perdu, même la vue de la montagne. L’homme se souvient de ses amours entre les sillons, de l’odeur des feuilles d’oliviers sur la peau en sueur de sa femme. Maintenant, il sait qu’ils sont là. En haut. Avec leurs jumelles. Et leurs carabines hautes précisions. Et leurs barrages. Leurs autobus pare-balles. Il sait que leur territoire s’arrête à la porté de leurs M16. Il voit la blancheur des murs, de l’argent blanchi. Il voit le propriétaire du Bulldozer. Même la licence de leur voiture est propre. Jaune pour ceux qui ont droit de rouler sur les voies rapides. Vertes pour ceux dont on ne se préoccupe pas. Vert pour les autres. Comme un blason. Un écusson sur la chemise. Comme une étoile ? Et le mur sert de voile à l’impudeur.

Ils arrachent les oliviers. Et ça m’arrache le cœur. Les cimetières d’oliviers poussent dans la mémoire des grands-pères. Les petits-enfants en récoltent des olives au goût de sang. Tous ceux qui voient une menace en les oliviers de cette terre devraient la quitter sans regarder en arrière.

Qu’est-ce qu’ils font là ?

Isaak, 16 ans, accent de Boston : C’est Dieu qui nous a donné la terre. Les autres, ceux qui vivaient là avant, ceux qui sont descendus des hommes qui ont planté les oliviers ? Ils peuvent rester. Mais nous, on veut la terre. Il y en a comme moi, qui croient que c’est notre devoir. Notre religion. Peu importe que l’ONU déclare ces colonies illégales. Peu importe que le FMI déplore l’impact économique et que les 4 conventions de Genève soient ignorées. Peu importe la cour internationale de justice... Dieu est au-dessus des hommes et des traités. Nous on veut la terre. Dieu nous l’a donné, c’est notre devoir de la prendre. Elle est à nous. Erezt Israël, le Grand Israël.

Le jour de mon départ de l’état démocratique d’Israël, c’était la fête sainte juive de Pourim. Des colons venus des colonies qui entourent Ramallah sont descendus vers les villages aux creux des sillons. Et ils ont lancé des pierres aux Palestiniens. Des soldats Hummer et Ray-Ban sont arrivés.

  - Come on, boys, on essaye de faire un processus de paix... Faut pas lancer des pierres sur les autochtones...
  - Laissez-nous...
  - Non. Faut pas...
  - Nazis. Vous êtes des nazis...

Itzhak Rabin a été assassiné par un Juif. Ahmed Yassine et Abdelaziz Al-Rantissi aussi. Et le tunnel sous la mosquée al-Aqsa, bourré d’explosifs par des radicaux juifs, boom, la mosquée, le symbole, le troisième haut lieu de l’Islam...

Mais ce sont les Palestiniens, les fanatiques religieux.

 


motelmurders

 


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