21/06/2006
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Film film

 

 

L'esplanade des Mosquées
38ème pierre de lancée


Bethléem.
   

La synagogue de Rachel.

Hier. Ville sainte. Une étable, un petit, trois rois, des animaux et des bergers. Et les étoiles. Un homme, sa femme et leur amour. La naissance d’une religion en plein recensement, en pleine comptabilité des hommes. Joyeux Noël…

Aujourd’hui. Ville malsaine. Naissance de la violence, encerclée par dix colonies, emmuré dans la mort, dans le gris du ciment et des joues malades.

Un enfant trop vieux joue au journaliste. Le sujet est gros. La rue principale est coincée, emmurée, volée. La rue principale, le chemin Yerushalahim, Hébron ou Al-Quods, Al Khalil dépendant du versant du mur… Snippers. Camouflage. Maisons réquisitionnées. Couvre-feu. Hummers, tanks et bulldozers. La rue principale, murée, occupée, snipper’s alley coincée entre le ciment et le béton armé de la réalité. Le sujet est gros. L’enfant, trop vieux.

Il veut filmer. Nouvelle caméra, le sujet est gros, l’enfant vieux, la rue murée, et au pied du cimetière, la mosquée de Rachel, rasée. Le mur qui s’étire, qui pousse, haut, long, hydre à plusieurs têtes, partout le mur, les habitants qui découvrent ses tentacules à chaque matin, le mur qui pousse comme la gangrène, la vérole, la peste, à chaque matin un coin de plus, une maison de moins, une rue de coupée. Aujourd’hui, un terrain vague est emmuré, un vague terrain acheté, réquisitionné, extradé, une nouvelle tourelle, un soldat énervé, trop jeune, le soldat.

Un terrain vague où pousse un reste d’oliviers, une ruine enracinée, une plaie avec des feuilles poussiéreuses, on va construire une synagogue.

Entre les murs, la rue principale, le cimetière, et les restes d’oliviers, entre les habitants et les politiques, entre l’humanité et l’occupation, on construit une synagogue. Il n’y a plus un juif à Bethléem. Mais il y aura une synagogue. C’est que Rachel se repose sous la poussière, près de la rue principale et de la mosquée rasée.

Le mur. Les tourelles. Un nouveau mur tous les matins. Cette semaine, un carré muré, un terrain vague, une ruine d’olivier encadrée de ciment. Des mots de ciment, les vagues de la peur qui s’écroulent entre les 10 colonies… Le sujet est gros. Les oliviers coupés, le mur, haut, la peur puissante, les pierres volantes. Et l’espoir ? Allez savoir. Ici comme ailleurs, les pierres volent. Chaque jour les enfants les lancent. Une espèce de jeu, là où la rue du camp est le seul lieu pour l’enfance. Là où le mur est à 10 mètres de l’école des filles, l où son ombre entre dans les fenêtres des classes, là où les lacrymogènes s’échappent dans les salles de cours. Les pierres volent. Un jeu pour les soldats aussi, qu’est-ce qu’une pierre contre un mur de 600 Km de longs, contre une tourelle blindée et un soldat m-16 ? Contre les Ray Ban nullement bon marchés, contre Uzi made in Holy Land ? In Eretz Israël ?

Tous les jours. Le jeu est là. Le sujet, gros, la pierre légère, l’enfant trop vieux, le soldat trop jeune, la balle trop lourde, la caméra neuve, l’enfant avance, entre ses amis qui sortent de l’école parce que l’école est ouverte aujourd’hui, Allah Akbar, Dieu est grand, le mur aussi, les pierres légères, la tourelle, le jeu, le sujet, l’enfant et sa caméra, zoom-in, la caméra neuve, le soldat de ciment avec son endoctrinement bulldozer, une synagogue en rêve dans le coin de l’œil, derrière ses lunettes fumées, les enfants jouent, les pierres retombent ridicules, le soldat joue, il appuie sur la détente, le jeu continue au ralenti, la caméra enregistre pour la première fois, la balle siffle, la caméra explose, la tête s’éteint, noir.

Le documentaire sauve des vies. Sans la caméra, la tête explosait. N’y a qu’une cicatrice et un cadavre de reportage. Le jeu est fini. Aujourd’hui, à Bethléem, l’enfant vieux est un adulte, la caméra est enterrée au cimetière, au pied du mur, à l’ombre de la future synagogue. Le soldat ne sait même pas ce qu’il s’est passé. Il est rentré chez-lui.Peut-être a-t-il fini ses trois ans de service militaire, peut-être travaille-t-il à l’aéroport, à fouiller les gens pour un salaire d’étudiant avant d’aller faire son big trip d’un an en Amérique du sud, ou en Inde, ou ailleurs avant de revenir pour aller à l’université. L’histoire est finie ? La synagogue sera construite. Le mur achevé. La rue oubliée. Les colonies grossissent. Le mur s’étire. Le check point est fermé. Et l’enfance impossible. Pourquoi naître ?

L’histoire est finie ? Non. Elle n’a jamais commencé.

 


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Debut de L'esplanade des Mosquées
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