08/11/2006
art mécanik
hurle
Eden Motel
xia
Film film

 

 

EDEN’S MOTEL
NO TRESPASSING

Roman en construction,
Speed limit 50 m/h

TROISIÈME PARTIE
Chapitre 9 : Cargo kisses

La semaine dernière à l’émission…

Un motel. Des chambres occupées par des échoués de l’Amérique, des marginaux en quête de bonheur et de sens. Un enfant albinos et muet qui abrite une jeune mariée en fuite dans sa chambre transformée en pigeonnier pour les mouettes. Une transsexuelle en convalescence abreuvée d’hormone et de martini. Une ménagère miss Univers qui se tape les chambres et les clients. Deux frères et sœurs jumeaux haineux plus vieux que vieux derrière la réception. Un concessionnaire junkie d’amour, attaché à un pommier pour ne pas qu’il puisse continuer à manger l’auto dans laquelle sa femme s’est tuée. Un révolté qui plonge dans les vagues tout habillé à chaque soir et qui en ressort nu à chaque matin. Et un paumé, moi, qui le suit pour la première fois dans les vagues vers les immenses cargos stationnés au large à perpétuité.

Pour le début du roman sur Le Cabinet, appuyez ici.

 

HIGH TIDES
AM 11H 13      PM 11H 18

Barachois
    Welcome to Amnesia

 

 

 

Moi : La mer a retiré ses eaux de la plage montrant son ventre plein d’algues. Plein de flaques. Je la vois, la plage, elle approche. Le soleil se lève. Dès fois, je ferme les yeux en nageant, ça me donne l’impression de dormir…

 

 

Plus que 7 vagues… Je suis déjà venu ici, j’ai déjà surfé avec l’idée de la 7e vague… Combien de jours que je suis au motel ? Je ne sais plus. Combien d’année depuis que je suis allé sur ce cargo? Des milliers. J’ai mille ans.

 

 

Puis le miracle se produit : mon pied touche le fond au moment même où la panne d’essence frappe mes bras. Out of fuel à un Km du motel. Les pieds dans le sable, je me traîne vers la côte. Un grand pas pour l’homme que je suis. Adam est debout, les pieds enfoncés dans le sable vaseux de la marée basse. Je m’écroule sur les coquillages concassés, ils entrent doucement dans mon dos, dans mes fesses, et je jure que je pourrais m’endormir à l’instant comme un fakir. Je ferme les yeux le dos dans la vague. Les deux clandestins arrivent en même temps que moi. Elle pleure, les mains enfoncées dans le sable et les coquillages brisés. Son mari l’aide à se relever. Elle sent le sable, on dirait qu’elle va le goûter… Elle s’en couvre le visage et pleure encore plus fort. Les larmes font des tranchés dans le masque de sable qui lui sert de visage. Mais Adam ne leur laisse pas le temps.

  - Welcome to America. Tout ce qu’on vous a dit sur l’Amérique peut être vrai tout comme totalement faux. Il est possible de devenir riche, de changer de nom et de finir gouverneur de la Californie, mais sachez qu’il est aussi possible de devenir junkie, de vendre son nom au coin d’un stationnement sale et de crever dans une boîte en carton sous le métro de New-York. En général, les gens deviennent simplement anonymes. Bonne chance. Bienvenue en anonymat.

Alors ils nous couvrent de remerciements, d’yeux mouillés et de poignées de mains ensablées. Puis elle se tourne vers moi, me regarde tendrement, et dépose alors délicatement sur mes lèvres un baiser pudique, humidifiée par ses larmes. Humble salaire de ma traversée. Son mari observe sans broncher. Ils sont en vie. Ils ne sont pas dans un laogai, un camp de travail de l’Armée Populaire de Chine. Ils ne sont plus dans un container, ni dans le ventre de la mer. Ils sont humains. Ils naissent dans les bras d’un futur de misère, mais d’un futur quand même. Bonne chance.

Adam les faits traverser l’autoroute et ils s’enfoncent dans le continent sans regarder en arrière.

Et nous, on se met à jogger vers la réception. J’ai encore le goût salé sur mes lèvres. Le goût de l’espoir.

 


motelmurders

 


<--
Debut du roman
<--

-->
Texte suivant
-->

<--
Debut du roman
<--