29/11/2006
art mécanik
hurle
Eden Motel
xia
Film film

 

 

EDEN’S MOTEL
NO TRESPASSING

Roman en construction,
Speed limit 50 m/h

TROISIÈME PARTIE
Chapitre 9 / 4

La semaine dernière à l’émission…

Un motel. Des chambres occupées par des échoués de l’Amérique, des marginaux en quête de bonheur et de sens. Un enfant albinos et muet qui abrite une jeune mariée en fuite dans sa chambre transformée en pigeonnier pour les mouettes. Une transsexuelle en convalescence abreuvée d’hormone et de martini. Une ménagère miss Univers qui se tape les chambres et les clients. Deux frères et sœurs jumeaux haineux plus vieux que vieux derrière la réception. Un concessionnaire junkie d’amour, attaché à un pommier pour ne pas qu’il puisse continuer à manger l’auto dans laquelle sa femme s’est tuée. Un révolté qui plonge dans les vagues tout habillé à chaque soir et qui en ressort nu à chaque matin. Et un paumé, moi, qui le suit pour la première fois dans les vagues vers les immenses cargos stationnés au large à perpétuité.

Pour le début du roman sur Le Cabinet, appuyez ici.

Le rideau de la chambre 9


Saul : Wendy. Wendy peut m’aider. Elle, elle a du savon. C’est une bonne idée, je cogne à sa porte, j’entre, je vais vers son carrosse de ménage, je prends le savon et elle ne pose pas de question. C’est un bon plan. C’est le seul que j’ai, c’est con d’être un garçon. C’est con de ne pas savoir parler.

J’arrive devant sa porte. La fenêtre est ouverte, le rideau se balade au vent et le vent transporte des sons que je ne devrais pas entendre, qui m’empêchent de cogner, mais qui m’empêchent aussi de partir. Je ne bouge pas. Les sons sont doux. Wendy n’est pas seule, ça s’est sûr. Habituellement, quand elle fait la chambre des clients, c’est dans le lit des clients qu’elle la fait, jamais chez elle.

Puis le voyeur de vent soulève le rideau comme on soulève la jupe d’une demoiselle, et je les vois. Le tout nu est tout nu. Wendy est sur lui. Les seins offerts. Leurs yeux sont fermés. Les miens sont grand ouverts. Wendy s’étend sur le tout nu, elle-même toute nue, et ses seins se moulent à son ventre à lui, et ses fesses montent et descendent, et ils s’embrassent, le lit travaille fort, les mains baladent, les fesses de Wendy, le dos de Wendy, sa langue, tout ça est très beau. Très beau. Les seins font des courbes et se balancent comme ils vont et ils viennent. À un moment dans le corps de Wendy, ce n’est plus le dos, c’est les fesses, et ce moment-là est creux, on veut y mettre notre nez, notre bouche, c’est comme le côté du sein, on veut dormir là. Wendy se relève en gémissant, ouvre les yeux sur son amoureux, les mains de l’homme enveloppent la poitrine de la jolie, elle respire plus vite, elle se balance plus vite, elle est à genoux sur lui, et le vent abandonne le rideau qui se ferme.

Je pense à Maria Magdalena, elle est très belle elle aussi, différente, moins belle probablement que Wendy, mais je réalise là, face au fesses de la ménagère que de voir Wendy nue comme tout, moi qui en ai rêvé presque toutes les nuits, ça me gêne. Je ne sais pas pourquoi, j’ai tellement eu envie de ce moment-là, mais j’ai l’impression que je la trahis, elle qui est dans ma chambre. Je suis quand même pas capable de quitter les deux amoureux des yeux. Le rideau se relève un instant comme ils se retournent et que je vois tout entre les jambes de Wendy, et là, j’ai envie d’exploser tellement c’est beau. C’est tellement beau que je m’en vais. Maria Magdalena … Je repars. Du savon. C’est ça, je cherche du savon.

Je suis plus vieux qu’avant. Et j’ai vu Wendy toute nue. Jamais je n’aurais cru voir Wendy toute nue. Elle est belle. Mais je crois que je trouve Maria Magdalena encore plus jolie, même si je sais que Maria Magdalena est moins jolie.

Derrière la cuisine, il y a les sous-marins. Et dans un des sous-marins, il y a du savon qui rend la vaisselle plus blanche que blanche… Ne pas lever le rideau. Aller dans la remise. Il y a du savon, dans la remise. C’est une bonne idée.

 


motelmurders

 


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