13/12/2006
art mécanik
hurle
Eden Motel
xia
Film film

 

 

EDEN’S MOTEL
NO TRESPASSING

Roman en construction,
Speed limit 50 m/h

TROISIÈME PARTIE
Chapitre 9 / 5

La semaine dernière à l’émission…

Un motel. Des chambres occupées par des échoués de l’Amérique, des marginaux en quête de bonheur et de sens. Un enfant albinos et muet qui abrite une jeune mariée en fuite dans sa chambre transformée en pigeonnier pour les mouettes. Une transsexuelle en convalescence abreuvée d’hormone et de martini. Une ménagère miss Univers qui se tape les chambres et les clients. Deux frères et sœurs jumeaux haineux plus vieux que vieux derrière la réception. Un concessionnaire junkie d’amour, attaché à un pommier pour ne pas qu’il puisse continuer à manger l’auto dans laquelle sa femme s’est tuée. Un révolté qui plonge dans les vagues tout habillé à chaque soir et qui en ressort nu à chaque matin. Et un paumé, moi, qui le suit pour la première fois dans les vagues vers les immenses cargos stationnés au large à perpétuité.

Pour le début du roman sur Le Cabinet, appuyez ici.

Les lames Mac 3 de Gillette
    Les ventes annuelles de Wal-Mart atteignent 120 fois le PIB annuel d’Haïti.

Moi : J’entre épuisé dans ma chambre. Je me surprends dans le miroir de la toilette. Je suis cerné, mal rasé… Je sors ma pioche, mes lames Mac 3 de Gillette et ma bombe de crème sans émission de CFC. Pendant que j’étends la crème sur mon visage, je me mets à penser au type mort avec sa moustache. La vieillesse peut être un petit holocauste privé. Je ne sais pas son nom. Il est mort seul. Dans un monde de 6 milliards habitants, pas un qui ne sache son nom. La solitude est la Gestapo de l'âme, le S.S. de la santé mentale. Moi aussi, je pourrais bien finir comme ça. On a tous un petit Auschwitz qui sommeille en nous, un tapis rouge qui coule vers l’horreur d’être vieux seul, de mourir seul. On a tous un lit qui nous attend, vert, étranger, numéroté, dans le fond d’un container sans nom ni identité.

Les rêves partent, les autres partent, l'amour part, les amis sont morts, les enfants nous ont oublié, la dignité s’immole au feu des repas froid pris seul. Le courage de se battre baisse les bras et capitule. L'envie de vivre part avec les muscles, les dents et les cheveux. La raison lève le camp face à la surpopulation des souvenirs infectés.

Quand le vide est plein du manque et qu'on meurt plus profond à chaque heure, la vie devient un camp de concentration privé tous services compris, tous sévices, toute horreur inclue. L'humiliation, la faim, la torture inhumaine. Quand l'extrémité de nos jours est un holocauste privé, personnalisé, partout, dans les hospices dépotoirs de nos banlieues industrialisées et terrifiées ou dans les camps de réfugiés des 7 tiers-mondes, dans toutes les métropoles arides et anonymes, la vieillesse devient un pays sous-développé, une purification ethnique à l'échelle individuelle, un preview d’une mort violente vécu au ralenti. On meurt seul.

Et la solitude is made in America.

Je ne peux pas faire semblant que ce n’est pas arrivé. Je n’ai pas le courage de me raser et de me coucher comme si je ne me souvenais pas de lui, comme si je savais son nom. Je range ma pioche, mes lames Mac 3 de Gillette et ma bombe de crème sans émission de CFC dans ma trousse de toilette, je me brosse les dents et je me couche sur mon lit. Je ferme les yeux. Non. Ce n’est pas suffisant. Je me relève, j’ouvre la trousse de toilette, je prends ma pioche, mes lames Mac 3 de Gillette et ma bombe de crème sans émission de CFC et je jette le tout dans la poubelle. Je ne me raserai plus jamais avec des lames Mac 3 de Gillette et une bombe de crème sans émission de CFC. Je vais retourner ce soir et je prendrai une pioche, une lame et un blaireau du cargo et dorénavant, je ne me raserai plus jamais qu’à l’ancienne. Même si la lame écorche plus comme ça et que le sang coulera toujours un peu. Et je vais faire attention à ceux que j’aime avant de mourir seul.

Il est 10 heure. Check out time, terminé.

J’allume le ventilateur, je ferme les rideaux, je me roule un joint et je me couche.

 


motelmurders

 


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