10/01/2007
art mécanik
hurle
Eden Motel
xia
Film film

 

 

EDEN’S MOTEL
NO TRESPASSING

Roman en construction,
Speed limit 50 m/h

TROISIÈME PARTIE
Chapitre 9 / 6

La semaine dernière à l’émission…

Un motel. Des chambres occupées par des échoués de l’Amérique, des marginaux en quête de bonheur et de sens. Un enfant albinos et muet qui abrite une jeune mariée en fuite dans sa chambre transformée en pigeonnier pour les mouettes. Une transsexuelle en convalescence abreuvée d’hormone et de martini. Une ménagère miss Univers qui se tape les chambres et les clients. Deux frères et sœurs jumeaux haineux plus vieux que vieux derrière la réception. Un concessionnaire junkie d’amour, attaché à un pommier pour ne pas qu’il puisse continuer à manger l’auto dans laquelle sa femme s’est tuée. Un révolté qui plonge dans les vagues tout habillé à chaque soir et qui en ressort nu à chaque matin. Et un paumé, moi, qui le suit pour la première fois dans les vagues vers les immenses cargos stationnés au large à perpétuité.

Pour le début du roman sur Le Cabinet, appuyez ici.

Les sous-marins
    Chaque jour, 30 millions d’Américains prennent des antidépresseurs. 10 % de la population.

Saül : Il y a le restaurant et ses quatre tables. Quand je rentre, je vois rien, le restaurant est noyé dans le n’intérieur, alors je reste là, et je ferme les yeux fort, je les frotte… Et je recommence à voir tranquillement. Et j’avance. Je dois trouver du savon avant que les vieux ne me trouvent. En arrière du restaurant, il y a la cuisine avec son huile, son four et ses couteaux. Puis, derrière la cuisine, il y a trois sous-marins un à côté de l’autre. Trois grosses portes avec des grandes poignés en métal qu’on tire et qui fait clonc et qui ouvrent l’écoutille de métal. Et quand on ouvre, c’est gros comme ma chambre, mais pas de fenêtre, juste la grosse porte, un plancher blanc en tuile lisse, les murs pareils, et des étagères. Au centre, c’est le Frigidaire. Et là, quand la porte du sous-marin s’ouvre il fait froid. L’écoutille, quand on tire dessus, le verrou s’ouvre, ça fait clonc et dedans, il y a tout, le poisson qui n’est pas en conserve et qu’il faut manger aujourd’hui, les légumes, la viande et pleins de choses. À gauche, c’est le congélateur, c’est pareil, un autre sous-marin, sauf que lui, après l’écoutille et le clonc, il y a même de la fumée qui sort quand on ouvre le sas, tellement il fait froid. Ce sous-marin-là, il est plus profond, il est au fond de la mer et au fond de la mer, il fait tellement froid que les poissons portent leur lumière sur leur front comme des extraterrestres. Et là, il y a le reste. Les crevettes congelées, les poissons congelés, les crabes, les homards, les moules… Et le jus d’orange concentré avec pulpe, congelé, lui aussi.

Et du côté droit du Frigidaire, il y a une troisième écoutille. Avant c’était un autre Frigidaire mais aujourd’hui, il ne marche pas. La même écoutille, le même mécanisme en métal, le même clonc… Mais dedans, il ne fait pas froid, c’est un Frigidaire retraité, plus besoin de deux Frigidaire, pas assez de clients, moi, j’ai jamais connu le deuxième Frigidaire avec le froid dedans et pourtant, moi je suis ici depuis plus que je me souviens. Le deuxième frigidaire, c’est la remise. La vadrouille, les balais, le petit balai, et le long, celui qui est presque aussi large que moi et le tout petit que j’utilise pour mettre la poussière dans le porte poussière. Il y a aussi le thon en conserve, le saumon, les harengs, le maquereau, tout en conserve. Il y a plein de choses, les pâtes, le riz, les petits pois, le maïs, et toutes les autres conserves. Et il y a le savon.

Moi, j’aime pas entrer dans les sous-marins. J’ai peur que la porte ferme et que je sois coincé dedans et que le sous-marin parte sous l’eau mais qu’il n’y ait pas assez d’air… La lumière s’ouvre quand on ouvre la porte. Et j’ai essayé de regarder une fois, pour voir quand elle s’éteint, et elle s’éteint quand on referme la porte et qu’un petit bout qui dépasse sur le côté de la porte enfonce un bouton dans le cadre de la porte et là, la lumière s’éteint. À l’intérieur sur la porte, il y a pas tout le mécanisme de métal de l’écoutille, il y a juste une grosse poignée plate, grosse comme la main, mais plate comme un coquillage. Et quand on pousse dessus, ça pousse le mécanisme de l’autre côté et ça ouvre la porte. Mais j’ai pas essayé, j’ai peur que le sous-marin parte et que je sois seul dedans. Parce qu’il fait noir quand la porte se ferme.

J’ai bien regardé. Personne dans la cuisine. Personne dans le restaurant. J’aime pas ça le jour, on sait jamais où sont les deux vieux dégueulasses. Lui, il marche avec ses pantoufles et ça fait aucun bruit. Et les portes font toujours clonc… Il y a l’odeur, mais c’est pas toujours facile à comprendre une odeur.

Je dois m’occuper de Maria Magdalena…Je vais prendre du savon, mais ensuite, je vais prendre du pain aussi, je crois. Avec les conserves qui restent, on va pouvoir tremper un peu de pain dans le jus et ça, c’est bon.

Il est écrit « Whiter than White » sur la boîte de savon. Ça veut dire plus blanc que blanc. Je le sais, moi aussi je suis plus blanc que blanc. Le sceau de savon est beaucoup trop gros. Pas pensé à ça. Je sors du sous-marin qui descend le moins profond, et je vais dans la cuisine chercher une tasse ou un verre ou quelque chose dans quoi je vais mettre un peu de savon, parce que moi, j’ai un plan. J’ai faim aussi.

 


motelmurders

 


<--
Debut du roman
<--

-->
Texte suivant
-->

<--
Debut du roman
<--